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La Vie immobilière N° 2Paru le samedi 11 août 2007 à 00h00

A céder prestigieux hôtel particulier...,,


En vendant très cher de beaux immeubles, l'Etat fait preuve d'une « saine » gestion des deniers publics, mais qui éloigne les classes moyennes des centres-villes.

Près de 1,6 milliard d'euros en trois ans. C'est le joli pactole que doit engranger l'Etat à la suite de la vente de certains fleurons de son parc immobilier. Après 630 millions d'euros en 2005, le premier propriétaire de France s'apprête à encaisser 430 millions cette année et 500 millions en 2007. « Vend prestigieux hôtel particulier xviiie, inscrit à l'Inventaire des monuments historiques, rue Saint-Dominique à Paris... » Dans la capitale mais aussi en régions, comme au Cap-d'Ail avec la cession des belles villas Lumière et l'Escapade, ou à Lille avec un immeuble « de caractère » rue Gombert, le service des Domaines, rebaptisé France Domaine, a adopté les méthodes du privé. Annonces alléchantes qui font l'objet de pleines pages de pub dans les grands quotidiens nationaux, site Internet avec photos panoramiques en couleurs*, le ministère de l'Economie et des Finances, qui gère les propriétés de la République, ne lésine pas sur les moyens pour attirer le chaland. L'objectif est de rentabiliser un patrimoine de vieilles pierres évalué à quelque 38 milliards d'euros, ce qui laisse, même après la vente de quelques bijoux de famille, une réserve presque inépuisable de mètres carrés. Pas de quoi pleurer sur ces palais nationaux en moins dans un pays où ils sont si nombreux. Depuis le début de l'année, environ deux cents opérations de ce type ont été réalisées dans toute la France, une offre étudiée pour ne pas casser le marché et profiter des prix élevés.

Comme ces ventes se font au plus offrant, c'est bon pour le contribuable, même si ces recettes restent dérisoires par rapport à une dette de mille milliards d'euros. Comme elles se font à prix d'or, elles attisent la flambée des prix, ce qui est mauvais pour les accédants à la propriété. Certes, les municipalités peuvent acheter les biens vendus par l'Etat jusqu'à 35 % moins cher que l'estimation initiale, pour en faire notamment des logements sociaux. En 2005, Paris a ainsi acheté neuf immeubles pour un montant de 65 millions d'euros, ce qui devrait permettre la création de centaines de logements à prix réduit face à une liste d'attente de plus de... 100 000 ménages.

Un petit geste, surtout que la municipalité vend aussi ses propres actifs au plus offrant : 118 millions en 2005, 120 millions en 2006. Les recettes étant supérieures aux dépenses, c'est une nouvelle fois bon pour le contribuable. Mais c'est toujours mauvais pour l'accédant à la propriété. Avec un effet pervers supplémentaire : la municipalité ne pouvant plus transformer elle-même en logements pour les plus démunis les immeubles qu'elle a vendus, elle exige dorénavant des promoteurs qui construisent ou restructurent des bâtiments de plus de 1 000 mètres carrés de réserver au moins 25 % des surfaces à des logements sociaux. Ces appartements seront cédés à des tarifs préférentiels aux offices HLM, qui les loueront ensuite à des tarifs également préférentiels. La différence - à raison de quelques centaines d'euros, voire plus, par mètre carré - sera bien entendu répercutée sur les acheteurs au marché libre des autres résidences, qui vont payer le prix fort pour financer sans le savoir la politique de la ville. Voilà pourquoi, si vous n'êtes ni très riche ni très pauvre, vous ne pouvez plus vous loger en centre-ville

*www.minefi.gouv.fr/cessions

Françoise Rey

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