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Avis d'expertsAvis d'expertsmercredi 16 mars 2016 à 14h30

BCE vs Comité de Bâle : les banques incitées à prêter mais jusqu'à quand ?


Sandrine Allonier

Biographie Responsable des Relations banques pour Vousfinancer.com, diplômée d’un DEA et d’une maîtrise d’Économie Internationale de l’Université Paris IX-Dauphine, Sandrine Allonier a débuté sa carrière en 2005 comme journaliste économique avant de devenir responsable des études économiques et porte-parole de ...Lire la suite

Lors de sa réunion du 10 mars, la Banque centrale européenne a déployé un arsenal de mesures inédites en abaissant notamment son principal taux directeur à 0 % et son taux de facilité de dépôts à – 0,40 % afin d’inciter les banques à prêter davantage. Toutefois l’impact de cette politique pourrait être affaibli par les recommandations du Comité de Bâle actuellement à l’étude qui, en renchérissant le cout du crédit pour les banques, risqueraient d’en restreindre la distribution.

Des mesures théoriquement positives mais qui pourraient peser sur la rentabilité des banques

Alors qu’on ne s’y attendait pas, la BCE a abaissé jeudi 10 mars son principal taux directeur de 0,05 point à 0 %, un niveau jamais atteint, et de 0,10 point son taux de dépôts - déjà négatif depuis juin 2014 - afin d’inciter les banques à prêter au lieu de placer leurs liquidités au sein de l’Institution. La BCE a également annoncé le renforcement son programme de rachat d’actifs le portant à 80 milliards par mois. En prenant ce type de mesures non conventionnelles, Mario Draghi, président de la BCE, montre ainsi l’étendue de ses pouvoirs et sa volonté d’agir face au risque de déflation dans la zone euro. Toutefois, cet arsenal pourrait avoir des effets négatifs sur le long terme en pesant sur la rentabilité des banques. En effet, si dans un contexte de taux très bas les banques parviennent à dégager des marges convenables via le crédit en refinançant les prêts qu'elles accordent à des taux nuls, elles ont de plus en plus de mal à gagner de l'argent avec les liquidités de leurs clients qu'elles replacent. En effet, afin d’équilibrer leur bilan et de répondre aux contraintes de fonds propres qu’on leur impose, elles ont un besoin croissant de capter de l’épargne sur laquelle elles ne peuvent évidemment pas répercuter la baisse des taux et des rendements qu’elles subissent. Elles rémunèrent donc l’épargne à des taux qui, même s’ils semblent très peu élevés, pèsent sur leur rentabilité.

Vers un durcissement des normes prudentielles qui pourrait affaiblir les mesures de la BCE

En outre, si les mesures exceptionnelles prises par la BCE devraient théoriquement inciter les banques à prêter davantage, l’impact de celles-ci pourrait être affaibli par les recommandations du Comité de Bale. Cette instance de régulation du système bancaire international en imposant de nouvelles contraintes aux banques pourrait réduire leurs marges de manœuvre en matière de distribution de crédits. En effet, le Comité de Bale souhaiterait contraindre les banques à renforcer leurs fonds propres pour limiter les risques liés à l'octroi des prêts les plus "tendus" - c’est-à-dire avec peu ou pas d’apport - ce qui augmenterait le coût de ces crédits pour les banques, les incitant à en réduire la distribution. L’impact de la politique de la BCE, malgré ces mesures exceptionnelles, pourrait donc être contrebalancé par ces recommandations qui vont, à l’inverse, dans le sens d’une dégradation de la distribution de crédit. En outre, ce contexte de taux de refinancement très bas relance le débat sur la possible disparition du modèle de distribution français à taux fixes. Le Comité de Bâle préconise en effet une distribution de crédit à taux variables afin de transférer le risque de remontée des taux à l’emprunteur et non plus aux seules banques. Or compte tenu de l’aversion des Français pour les prêts à taux variables, la distribution de crédit serait là encore fortement impactée... Ainsi, malgré des taux de refinancement nuls, les banques doivent actuellement résoudre une équation compliquée : prêter davantage mais avec des contraintes prudentielles qui pourraient être renforcées, capter davantage d’épargne à un coût relativement élevé et maintenir une rentabilité garantissant la pérennité de leur activité tout en restant compétitives… Et contre cela, Super Mario n’a pas de pouvoirs…

Sandrine Allonier
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