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Avis d'expertsAvis d'expertsmardi 16 août 2016 à 17h47

Digitalisation des services immobiliers: disruption et avenir des professions


Henry Buzy-Cazaux

Biographie Henry Buzy-Cazaux préside l'Institut du Management des Services Immobiliers, l'un des principaux établissements de formation initiale et continue pour les métiers de l'immobilier, qu'il a fondé. Il a préalablement présidé l'Ecole supérieure des professions immobilières. Il est aussi l'un des créateu ...Lire la suite

S'est tenu le week-end dernier en marge du Festival des Vieilles charrues de Carhaix dans le Finistère le Web West Festival. La manifestation, organisé depuis trois ans par un acteur de premier plan de l'informatique immobilière, réunit la fine fleurs du numérique...et quelques figures moins remarquables, dont était cette année l'auteur de cette tribune. C'est ainsi que la manifestation accueillait pour cette édition Pierre Kosciusko Morizet, fondateur de Priceminister, en guest star, aux côtés de quelques autres vedettes de l'univers digital.

Un focus était fait cette année sur le lien entre numérique et immobilier. La table ronde, avec ERA, ORPI et Popliday's, plateforme à destination des professionnels de la location de vacances, avec le regard de l'Institut du Management des Services Immobiliers, a dégagé deux idées maîtresses. D'abord, alors qu'ils avaient accumulé un retard indéniable, les agents immobiliers et les administrateurs de biens se réveillent. Ils sont aujourd'hui actifs pour moderniser leurs pratiques en digitalisant les process de bout en bout, jusqu'à dématérialiser les process, jusqu'à recourir à la signature électronique à valeur probante. Les enseignes les plus traditionnelles développent aujourd'hui des solutions propres ou sous-traitent à des starts up de talent, pour certaines présentes lors de ce festival. Les deux grands réseaux nationaux que sont ORPI et ERA en ont témoigné preuves à l'appui.

Bref, les agents immobiliers et les gestionnaires sont en train bel et bien de transfigurer leur métier et ne méritent déjà plus le regard condescendant qu'on portait sur eux. En outre, de nouveaux entrants arrivent avec la logique numérique chevillée au corps. Ce sont les réseaux d'agents commerciaux indépendants ou encore les plateformes de gestion en ligne. Enfin, les professionnels du droit proches de l'immobilier, notaires et a avocats, très désireux de se diversifier vers la transaction et la gestion, ont compris que les outils numériques pouvaient leur faciliter grandement l'accès à la compétence commerciale, en les dotant d'une force de frappe immédiate.

Intéressant de constater même que les agents immobiliers ont réalisé que des solutions Internet pouvaient leur faire regagner des terrains perdus, comme les locations de vacances. Le fondateur de Poplidays, solution de commercialisation des locations consolidant les sites les plus puissants, a attesté qu'en trois années de promotion de son produit près d'un tiers des agents immobiliers concernés avaient franchi le pas et adopté cet outil de place.

Mais c'est le second enseignement du débat immobilier du West Web Festival qui prévaut: les acteurs professionnels de l'immobilier ne doivent pas passer au numérique pour passer au numérique. Il leur faut mener une réflexion téléologique, c'est-à-dire s'interroger sur la fin, sur les objectifs de ces évolutions. D'une phrase, presqu'étrange au pays de la technologie, Catherine Barba, l'une des oratrices du Festival, a apporté la réponse: "le digital doit créer de l'affect."

Eh oui: l'enjeu est d'épaissir le lien entre l'agence immobilière ou le cabinet de gestion et le client, par tous moyens utiles. L'exploitation des data? Elle ne sert qu'à mieux connaître le client pour mieux le servir. Le relations dématérialisées? Elle visent la transparence et l'instantanéité de l'information, pour fonder ou refonder la confiance entre professionnel immobilier et particulier. Les transmissions digitales? Elles sont plus sûres, plus rapides et sans coût par rapport au papier. Tout cela ressortit-il à l'affect? Oui finalement, parce que le client ne peut voir dans ces services à valeur ajoutée que plus de considération, et qu'au fond c'est bien de ne pas en apporter assez qu'on fait grief aux agents immobiliers et aux gestionnaires.

Désormais le recours au numérique n'est plus un critère clivant entre les anciens et les modernes. Certes, le degré de conscience est variable chez les professionnels immobiliers, mais rares sont aujourd'hui ceux qui nient le miracle marketing que constitue le digital. Précisément, deux précautions impératives pour que la mutation numérique des agents immobiliers et des administrateurs de biens aille à marches forcées: ne plus les désigner dans les discours comme inaptes à une modernisation déjà à l'œuvre, et confondre la fin et les moyens. Non, le digital ne change pas les métiers, ce qui mettrait hors jeu l'essentiel de la communauté professionnelle, mais les dote de moyens nouveaux et par voie de conséquence d'atouts commerciaux formidables. Tous ceux qui le comprennent non seulement vont échapper au risque d'ubérisation, c'est-à-dire au péril d'envahisseurs venus de l'extérieur, mais vont renforcer leurs positions commerciales. Ces agents immobiliers et ces administrateurs de biens, devenus digitaux, vont gagner des parts de marché sur leurs confrères moins réactifs et moins lucides. Ils vont aussi faire augmenter le taux de pénétration des professionnels: les particuliers sont plus démunis que les professionnels face à l'usage du numérique. Le numérique redistribue les cartes, sans changer les règles du jeu.

Henry Buzy-Cazaux
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