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La Vie immobilière N° 2Paru le samedi 11 août 2007 à 00h00

Ces maisons que les Anglais convoitent


Les compagnies aériennes à bas prix ont revitalisé l'immobilier dans des régions auparavant isolées. Une aubaine espérée par d'autres villes de province.

Ryanair, Easyjet, Flybe, Buzz... Les lignes aériennes pas chères ont attiré une nouvelle catégorie d'acheteurs en France : les étrangers, souvent européens, britanniques en particulier, sont arrivés en masse dans les villes moyennes. Selon l'Insee, les Anglais sont plus de 100 000 à résider en France, dont 5 000 en Dordogne et 7 500 dans le Limousin. Et ils seraient un demi-million à posséder une résidence de vacances... Car ils sont venus pour acheter des vieilles pierres. Pour plusieurs raisons : les prix de l'immobilier, plus accessibles qu'en Angleterre, le climat et un système de santé qui leur permet de voir un spécialiste en moins d'une semaine... Résultat : la forte augmentation de la demande s'est traduite par une hausse conséquente des prix. Un phénomène qui se reproduit à chaque nouvelle desserte. Quatre zones en particulier - l'Aude, le Limousin, la Dordogne et l'Aveyron - bénéficient de cet effet low-cost. D'autres sont candidates.

Régions déjà desservies premier bilan

Aude, la pionnière

L'arrivée de Ryanair à Carcassonne a fait exploser la demande. Normal quand un aller-retour Londres coûte moins de 40 euros ! « En 2001, les Anglais ont d'abord acheté dans les environs de la ville et dans l'arrière-pays, explique Me Jacques Laffon, président de la chambre des notaires de l'Aude. Puis ils se sont intéressés à la frange du littoral, vers Narbonne, avec de l'immobilier plus récent. » Les prix ont grimpé de 20 à 25 % par an à partir de 2001, jusqu'à atteindre un pic en 2003-2004, puis stagner, voire baisser. Une habitation à rénover à Lézignan se négocie autour de 140 000 euros aujourd'hui, contre 160 000 il y a deux ans. Car les clients n'hésitent pas à chercher leur bonheur un peu plus loin. Les Anglais ont découvert l'Ariège et les Pyrénées-Orientales, où les biens sont plus abordables. « Cette phase risque de durer un ou deux ans, avant qu'une nouvelle vague d'arrivants provoque un retour à la hausse sur Carcassonne », estime Me Jacques Laffon.

Limousin, les chambres d'hôte

L'effet low-cost a joué dans la Haute-Vienne, la Creuse et le nord de la Corrèze », indique René Labrousse, président de la Fnaim du Limousin. En 2002, selon la chambre des notaires, mille ventes ont été réalisées en faveur d'étrangers qui rentabilisent leurs investissements en multipliant les chambres d'hôte. « Le sud de la Corrèze avait déjà connu cela il y a plus de dix ans, à un tarif pourtant élevé, avec la liaison Londres-Brive, poursuit-il. Les prix ont presque quintuplé, atteignant un niveau tel qu'ils stagnent aujourd'hui. » A Peyrilhac, une fermette à rénover de 200 m2 avec une grange coûte plus de 130 000 euros. Les Anglais se dirigent aujourd'hui vers la Charente et le nord de la Creuse. Les prix y sont raisonnables : une ferme à restaurer de 100 m2, avec une grange de 80 m2, sur 5 000 m2 de terrain, se négocie entre 80 000 et 100 000 euros.

Dordogne, le goût du foie gras

Les vallées de la région sont plébiscitées par les Britanniques aisés depuis plus de vingt ans. Les prix y étaient déjà élevés. « Les low-cost à Bergerac ont permis à des personnes au budget plus modeste - moins de 100 000 euros - de venir s'installer ici », rapporte Wilfrid Paul, de Century 21 Immobilier 24. Leur arrivée n'a pas provoqué d'explosion du marché. Une fermette de qualité avec un terrain de un hectare se négocie autour de 2 000 euros le mètre carré. « Depuis un an et demi, le marché s'est stabilisé, poursuit Wilfrid Paul. Ce qui est nouveau, c'est l'intérêt porté aux terrains constructibles, au neuf et aux immeubles en ville. »

Aveyron, la pierre rouge

A Rodez, entre 2001 et 2003, le phénomène low-cost a provoqué une hausse de 50 % du prix des biens initialement inférieurs à 75 000 euros, comme des maisons en ruine de 100 m2. Aujourd'hui, une belle grange restaurée coûte 150 000 euros. Mais depuis un an les prix stagnent, car la demande se réduit. « Le marché offre plus de maisons rénovées que de biens à restaurer, explique un notaire aveyronnais. Mais avec la réforme de la PAC qui se profile, de nombreux agriculteurs se posent la question de la reconversion. D'ici quelques années, l'offre immobilière pourrait s'étoffer à nouveau avec l'arrivée de corps de ferme. » Ce qui ne manquerait pas de relancer l'intérêt pour cette région très prisée outre-Manche.

Nouvelles liaisons les paris à jouer

Les compagnies aériennes à bas prix, dont le succès ne se dément pas, continuent d'explorer le territoire français. Plus de quarante aéroports participaient en mai au Salon French Connect, à Marseille, qui les met en relation avec les compagnies aériennes. De nouvelles possibilités sont à découvrir pour profiter de l'effet low-cost.

Nouvelles ouvertures : Pau, Cherbourg et Deauville

Pau a noué d'excellentes relations avec Transavia, vers Amsterdam, et Ryanair, vers Londres. Le développement des lignes devrait continuer, et la hausse des prix de l'immobilier se poursuivre à un bon rythme, même si la région paloise est déjà chère : une maison de 75 m2 à Arbus coûte environ 150 000 euros.

En Normandie, un vol régulier entre Southampton et Cherbourg a été inauguré en mai et une liaison Londres-Deauville commencerait en février 2007. Toute la zone devrait en profiter car on peut y trouver des maisons anciennes à rénover de 100 m2 pour moins de 110 000 euros. D'ailleurs, quelques Britanniques sont déjà arrivés dans la Mayenne.

Pistes à explorer : l'Alsace, la Lorraine et la Bourgogne

Le plus fort potentiel se trouve en Alsace et en Lorraine, malgré un climat qui a priori n'attire pas les Britanniques. L'aéroport de Metz-Nancy est un candidat sérieux à l'ouverture de lignes à bas prix. « Il n'y a pas de low-cost à Strasbourg, et les seuls aéroports concurrents sont à l'étranger, en Allemagne par exemple. De plus, avec l'arrivée du TGV Est, Air France va supprimer ses liaisons avec Paris », précise Thomas Gonon, fondateur d'Actulowcost.com. En ligne de mire : les Vosges, où il reste des maisons à restaurer pour des prix encore modestes (moins de 80 000 euros), à deux pas des stations de ski.

A Dijon, une liaison vers Londres a été fermée en 2003 et une pétition, pour l'instant sans succès, circule pour demander sa réouverture. Pourtant, la ville ne souffre pas de la proximité d'aéroports concurrents. La Bourgogne reste donc une région à surveiller, particulièrement les départements du Morvan et de la Nièvre.

Néanmoins, il ne faut pas oublier que l'activité des compagnies aériennes low-cost est saisonnière : une ligne ouverte pour l'été (d'avril à octobre) peut être fermée pour l'hiver, et une liaison jugée pas assez rentable sera coupée sans état d'âme. Une fois la ligne low-cost ouverte, il est prudent, avant d'investir, d'attendre quelques mois pour voir si la tendance se confirme. Au risque toutefois de rater le coche

Jean-Marie Benoists.

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