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La Vie immobilière N° 13Paru le samedi 1 décembre 2007 à 00h00

Chambres d'hôtes et assiette quercynoise


Philippe a construit lui-même un mas dans le Quercy il y a trois ans. Une nouvelle vie.

J'aime voir du monde, être en contact avec les gens », s'enthousiasme Philippe Hugonenc. Depuis trois ans, ce quinquagénaire exploite avec sa femme, Patricia, cinq chambres d'hôtes au coeur du Quercy, dans le petit village de Vers, à 15 kilomètres au nord-est de Cahors. Et le couple compte déjà quelques habitués parmi ses hôtes, comme ce jeune retraité venu fêter la fin de sa carrière en famille le mois dernier. Ou cet ancien pâtissier marseillais qui n'hésite pas à passer en cuisine pour concocter quelques douceurs durant ses séjours ! « La plupart de nos clients ne vont jamais à l'hôtel, où ils ont l'impression de n'être qu'un numéro de chambre. Ici, ils se sentent chez eux. Il nous arrive de discuter le soir sur la terrasse jusqu'à une heure du matin », confie Philippe. En bref, le bonheur est dans le pré... version Midi-Pyrénées. Mais pour en arriver là, il a fallu s'accrocher.

1996

Au chômage à 39 ans

Electronicien en région parisienne, Philippe est licencié à l'âge de 39 ans. Epaulé par son épouse, il décide de repartir sur de nouvelles bases, avec leurs deux garçons de 12 et 16 ans. Il est originaire de Cahors, Patricia, de Montauban. Le retour au pays est une évidence. Adieu Paris : la famille pose ses valises à Fontanes, près de Lalbenque, le pays de la truffe. Ils y font l'acquisition d'une maison pour 500 000 francs (76 224 euros) grâce au fruit de la revente de leur pavillon du Val-d'Oise. Là, Philippe se met à son compte en tant qu'artisan. « Plomberie, électricité, petite maçonnerie... j'exerçais dans tout le département du Lot », se rappelle-t-il. Mais Philippe aspire à autre chose : il supporte mal la mauvaise humeur des clients contrariés par une fuite d'eau ou une fenêtre qui grince.

2001

Changement de cap

Des amis tenant des chambres d'hôtes dans la région lui vantent les mérites de cette activité. Mieux : ils avouent refuser du monde ! Il n'en faut pas plus pour convaincre Philippe, qui prend contact avec les Gîtes de France. « Je voulais absolument être affilié : c'est un gage de qualité pour les clients, car des contrôles sont effectués. » Il souhaite offrir un standing de qualité. Objectif : trois épis (les chambres d'hôtes sont notées de 1 à 5 épis). En conséquence, il devra proposer des chambres de 20 m2 avec salle de bains et WC indépendants. Le choix du lieu ne fait pas débat : ce sera Vers, où Patricia travaille en tant que guichetière à La Poste. Le couple y déniche un terrain de deux hectares pour 30 000 euros, un peu en dehors du village pour plus de tranquillité.

2002

Construction de la maison

Entre l'élaboration du projet et l'obtention du permis de construire, il faut patienter un an. Philippe veut bâtir sa maison de ses mains. « Certains m'ont pris pour un fou ! Ils pensaient que je n'arriverais pas au bout. Il est vrai que je ne me rendais pas compte de l'envergure de la tâche », raconte-t-il. Il sera aidé dans sa fastidieuse entreprise par ses fils, son père, ses oncles, et d'autres membres de la famille. Philippe réalise les plans et établit les devis, mais, la surface de la maison étant supérieure à 170 m2, il doit recourir à un architecte, moyennant 4 000 euros. « Il voulait réduire la taille des pièces, alors que j'avais besoin d'espace ! On a fini par se mettre d'accord, et il m'a même donné de bons conseils », admet Philippe. Commence alors un chantier de deux ans pour construire une maison en « L » de 265 m2 avec cinq chambres d'hôtes et deux terrasses. La famille occupe 125 m2 à titre privé.

Pour financer le projet, le couple vend pour 118 900 euros la maison de Fontanes et sollicite deux emprunts. Le premier, à La Poste, d'un montant de 61 000 euros (482 euros par mois sur quinze ans), ne pose pas de problème. Il faut en revanche frapper à plusieurs portes pour obtenir un deuxième crédit, un prêt de trésorerie de 30 000 euros (360 euros par mois sur dix ans), finalement accordé par la Caisse d'épargne. « On a failli laisser tomber, quitte à revendre le mas en construction, car on ne s'en sortait plus », se souvient Philippe.

2004

Ouverture des chambres d'hôtes

Le Mas de Balmes ouvre finalement ses portes en juillet 2004, trois chambres sont alors disponibles. Une fois les finitions terminées, l'année suivante, les deux dernières chambres sont prêtes. « La première année, nous avions surtout des clients qui faisaient étape pour une nuit. Aujourd'hui, les séjours sont plus longs, de trois jours à une semaine, voire plus. Beaucoup s'arrêtent chez nous avant de se rendre en Espagne. » Comme ce groupe de motards faisant une pause tous les ans sur la route qui les mène au Grand Prix d'Espagne. Le tarif : 39 euros la nuit pour deux, petit déjeuner compris ! Les hôtes sont attirés par les atouts touristiques du secteur : le patrimoine de Cahors et de Rocamadour, le gouffre de Padirac, la grotte du Pech-Merle, à Cabrerets, le village médiéval de Saint-Cirq-Lapopie... et bien sûr le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.

2007

Développement

De plus en plus, les hôtes demandent le couvert en plus du gîte. Philippe est désormais agréé table d'hôtes. Il prépare les repas l'après-midi, à partir de produits régionaux. « Je cuisine à l'ancienne, au chaudron et au feu de bois ! J'achète les canards chez un de mes amis éleveurs et je fais moi-même le foie gras », précise-t-il. Spécialité de la maison : l'assiette quercynoise, une somptueuse salade de cabécou avec foie gras, cou farci et gésiers. Cette année, Philippe y a même ajouté quelques truffes blanches... Patricia lui donne un coup de main, le soir, en particulier pour les desserts. Le tout pour un prix défiant toute concurrence : 15 euros le dîner, vin et café compris (plus 2 euros les soirs de foie gras).

Pour l'instant, les Hugonenc ont du mal à joindre les deux bouts, notamment à cause de lourdes charges financières (environ 10 000 euros en 2007). Heureusement, les revenus stables de Patricia assurent le quotidien, et l'activité progresse chaque année : en 2007, Philippe a fait le plein pendant une bonne partie de l'été, et le chiffre d'affaires attendu est en légère hausse par rapport à 2006. Reste à développer sa notoriété en se faisant recommander par l'office de tourisme de Cahors, mais surtout grâce au référencement des guides touristiques, des grands classiques comme le Routard aux plus spécialisés comme le Miam-Miam-Dodo, destiné aux pèlerins du chemin de Compostelle

Muriel Breiman

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