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La Vie immobilière N° 10Paru le samedi 1 septembre 2007 à 00h00

Crise en août Noël en décembre


Mondialisation ou pas, les Français resteront propriétaires de leur logement, même si les Américains ne peuvent plus payer leurs traites.

Rassurez-vous ! La crise financière qui a débuté cet été ne constitue pas le début de la fin du meilleur des mondes capitalistes. La Bourse n'a jamais été un long fleuve tranquille. Il est même sain que hausses et baisses se succèdent sur les marchés, boursier comme immobilier, où les valeurs ne peuvent continuer à grimper sans interruption. En ce sens, l'alerte estivale est salutaire, même si elle reste largement inexplicable. En cause, ces fameux subprimes, terme qui a enrichi le vocabulaire économique international tout en appauvrissant la totalité de la planète financière. Tout un chacun connaît désormais les difficultés du marché du crédit immobilier à risque aux Etats-Unis, même si personne ne comprend vraiment pourquoi l'histoire de John et Mary qui ne parviennent plus à payer les traites de leur maison dans l'Illinois provoque de tels remous.

La mésaventure de notre couple américain est tristement banale. Avec des revenus modestes, ils ont souscrit un crédit à taux variable, plutôt faible les premières années mais réévalué ensuite aux conditions du marché avec une belle commission pour le prêteur. Or, comme les taux ont augmenté, ils se sont retrouvés dans l'incapacité de régler les mensualités et leur maison a été revendue à perte. Quand de nombreuses familles outre-Atlantique se retrouvent dans la situation de John et Mary, les établissements de crédit américains qui leur ont prêté de l'argent font faillite, et les grands noms de la banque internationale qui ont investi sur ce secteur se retrouvent dans la panade. C'est le cas par exemple de BNP Paribas, qui a dû geler trois fonds dont une partie des actifs avaient été placés dans le secteur des subprimes, fort rémunérateur avant sa dégringolade. Plus les perspectives de gains sont fortes, plus le risque est important. En négligeant cette règle de base, les plus brillants financiers se retrouvent plumés comme des novices. Pas tout à fait cependant. Grâce à des instruments sophistiqués, ils ont en effet réussi à faire circuler la patate chaude dans ce grand manège des marchés financiers. A tel point que Nicolas Sarkozy s'inquiète des « porteurs finaux mal identifiés » et qu'Angela Merkel, la chancelière allemande, parle de « boîte noire ». Il n'empêche que cet accès de panique apparaît largement disproportionné. Le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, a estimé les pertes directement liées aux subprimes entre 50 et 100 milliards de dollars.

D'autres experts avancent des montants plus importants. Quoi qu'il en soit, même si le trou s'avère trois fois, voire dix fois plus gros, il n'en resterait pas moins presque négligeable à l'échelle de l'économie américaine, dont le PIB tourne autour de 11 000 milliards de dollars, et a fortiori de l'économie mondiale. Quant aux retombées des malheurs de John et Mary sur l'immobilier français, elles resteront modestes car les habitudes hexagonales en matière de crédit, avec une très forte prédilection pour les taux fixes, protègent les emprunteurs. En ce qui concerne les taux variables, leur progression est généralement plafonnée, ce qui limite aussi la casse. Quelques dommages collatéraux pourraient survenir : si les banques ont des difficultés pour se refinancer, elles ne feront pas de cadeau et seront plus exigeantes sur la solvabilité des clients. Pour autant, des bénéfices également collatéraux ne sont pas à exclure, notamment si la Banque centrale européenne se voit contrainte à infléchir sa politique de hausse des taux

Françoise Rey, rédactrice en chef

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