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La Vie immobilière N° 10Paru le samedi 1 septembre 2007 à 00h00

Face à son maçon


L'homme est souvent costaud et parfois macho. Les techniques évoluant, la profession pourrait bien se féminiser.

Les maçons ne laissent pas d'empreintes. Ce n'est pas moi qui l'affirme mais le capitaine Xavier Desbrosse de l'IRGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale)*. Il s'agit évidemment des empreintes digitales. A cause du ciment qui bouche les pores de leurs mains, les maçons ont la peau très sèche et ne laissent pas de traces de doigts. Pour que le crime soit parfait, encore faudrait-il qu'ils ne laissent pas non plus de traces de pieds. Toutes les ménagères, quinquagénaires ou pas, désespérées ou pas, vous le confirmeront : un pied de maçon draine une tonne de saletés d'autant plus difficiles à éliminer que résidus de ciment et de plâtre tuent le moteur de tout aspirateur normalement constitué. Mais si vous en êtes au nettoyage, vous avez déjà fait le plus dur. C'est avant même le début du chantier que les difficultés commencent. La première gageure consiste à trouver l'artisan qui fera le boulot pour un prix acceptable et dans un délai raisonnable. Pour la réfection de mon balcon parisien, les travaux ont été budgétés, facturés et même payés six mois avant le premier coup de pioche. Mes amis Jean et Catherine, dans leur maison en Bretagne, attendent depuis début mai un devis pour la restauration du mur de leur jardin. Quant à la rénovation de l'appartement de mon cousin de Lyon, si elle a bien commencé, elle est très loin d'être terminée.

Cette pénurie de main-d'oeuvre est générale et concerne tous les départements. Avec 420 000 logements construits en 2006, un record, les gros chantiers ont absorbé tout le personnel disponible dans un secteur où les postes sont traditionnellement difficiles à pourvoir. L'Insee ne comptabilisait ainsi que 244 000 salariés dans ce secteur en 2005. Quant à la Capeb (Confédération de l'artisanat et des petites entreprises du bâtiment), toujours en 2005, elle répertoriait environ 84 000 PME de moins de 20 salariés. Résultat deux ans plus tard : le maçon est à classer dans les espèces à protéger, voire, comme l'ours, à réimplanter. L'Unedic a d'ailleurs lancé un cri d'alarme : malgré un nombre de chômeurs qui reste gigantesque à l'échelle nationale, plus de 8 recrutements de maçons qualifiés sur 10 sont jugés problématiques par les entrepreneurs, selon une enquête réalisée cette année par l'assurance chômage. La situation est critique dans tous les métiers du bâtiment et les organisations professionnelles multiplient les campagnes de communication pour séduire les jeunes, jusqu'à faire les yeux doux à la gent féminine. La FFB (Fédération française du bâtiment) parie ainsi sur 30 000 femmes dans les ateliers et chantiers en 2009, contre seulement 15 000 environ en 2005. Avec un peu de chance, maçonnes et maçons se marieront, feront beaucoup d'enfants qui deviendront grands et construiront des maisons de maçon.

Au chapitre contes et légendes, le métier est d'ailleurs très porteur. Avec parfois une réalité qui dépasse la fiction. C'est ainsi que dans le Loir-et-Cher deux maçons ont eu la surprise de découvrir au printemps dernier un trésor sous une maison du xve siècle : 600 pièces datant de Louis XIII et Louis XIV pour un poids total de cinq kilos d'or. Malheureusement, si votre chantier vaut aussi de l'or, c'est tout simplement parce que vous avez payé très cher vos quelques mètres carrés...

* Libération, 11 août 2007.

Françoise Rey

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