Paris
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InterviewInterviewlundi 29 octobre 2007 à 18h23

"Il est indispensable de maintenir majoritairement un parc locatif à Paris", Jean-Yves Mano, adjoint au Maire de Paris chargé du logement


(LaVieImmo.com) - La question du logement s’annonce d’ores et déjà comme un des thèmes centraux de la campagne pour les élections municipales de 2008. Bertrand Delanoë, candidat à sa propre succession à la Mairie de Paris, y a consacré le 15 octobre dernier la troisième des réunions-débats thématiques qu’il anime depuis le début du mois : « Se loger : un défi, un droit ». Jean-Yves Mano, adjoint au Maire de Paris en charge du logement, revient pour Lavieimmo.com sur quelques uns des points évoqués lors de cette réunion, notamment sur la question du logement social.   Lavieimmo.com : Comment décririez-vous le marché immobilier francilien ?   Jean-Yves Mano : Vaste sujet ! Pour faire court, je dirais que la principale caractéristique de ce marché c’est l’inadéquation très prononcée qui existe entre la demande et l’offre de logements disponibles. La demande est très forte. Ca n’est pas nouveau, mais deux phénomènes de sociétés majeurs la soutiennent encore : l’allongement de la durée de vie et l’augmentation du nombre de divorces. S’ils ne sont pas propres à l’Ile-de-France, ces phénomènes y sont probablement plus marqués que nulle part ailleurs. Il suffit de savoir qu’une demande de logement social sur quatre en Ile-de-France est la conséquence de la séparation d’un couple pour s’en rendre compte. Cette demande, extrêmement importante, n’est que partiellement absorbée par une offre qui reste trop faible. On fait face à un déficit de construction notable à Paris, et ce n’est pas récent puisque nous subissons encore à l’heure actuelle les conséquences de l’échec du précédent schéma directeur d'Île-de-France, voté au milieu des années 1990, dont les objectifs n’ont pas été respectés et qui s’est traduit par un déficit de 15 000 logements par an. On paye également le manque d’anticipation dont les élus font preuve depuis des années dans le domaine de l’organisation territoriale de l’Ile-de-France : il n’y a pas eu de grandes initiatives en termes de développement de l’habitat depuis le général de Gaulle et les villes nouvelles !   Conséquence mécanique de ce décalage entre offre et demande : la hausse des prix que nous connaissons depuis plusieurs années, et les difficultés croissantes d’un grand nombre de ménages pour trouver un logement. Sur ce point, j’insiste sur la nécessité de continuer à développer le logement social. Tous les logements sociaux d’ailleurs. Une étude a montré que 72% des habitants de l’Ile-de-France ont, de par leur revenu, potentiellement accès à un logement social. 72%, ce n’est pas rien ! Il faut répondre à ce besoin, et de la manière la mieux adaptée aux différents types de populations concernés. Pour diminuer la pression sur la demande de logements sociaux, y compris pour les classes moyennes, il faudrait aussi prévoir un encadrement des loyers dans le secteur privé à 16 € du m².   Lavieimmo.com : Vous évoquez la hausse des prix de l’immobilier des dernières années. Comment pensez-vous qu’ils vont évoluer au cours des prochains mois ?   Jean-Yves Mano : Je n’anticipe pas un retournement du marché. Nous parlions un peu plus tôt de l’inadéquation entre l’offre et la demande. Un point que je n’ai pas mentionné mais qui a son importance, c’est l’intérêt que les étrangers portent au marché parisien. Pour un grand nombre d’investisseurs étrangers, Paris reste relativement bon marché par rapport à d’autres capitales européennes. Ca n’est pas bon signe pour les prix ça… Maintenant, attention, je ne considère pas qu’un écroulement des prix serait une bonne chose, au contraire, personne n’y gagnerait. Cependant, je pense qu’une stabilité du marché et un réajustement du prix à la qualité des produits seraient nécessaires.   Lavieimmo.com : Comment ça ?   Jean-Yves Mano : On se retrouve dans une situation aberrante, avec des prix finalement pas si éloignés que ça pour des biens situés dans les arrondissements de l’Est de la ville et dans le 16ème arrondissement, soit deux types d’environnements très différents. Cette situation n’est pas normale et je pense que si des corrections doivent avoir lieu, et elles auront lieu, elles se feront par ce biais là, par un ajustement des prix à la qualité d’un produit et de son environnement. Bien sûr, par son action la Mairie de Paris redynamise certains quartiers, par des efforts de reconstruction, de rénovation, d’amélioration, et tout cela a tendance à tirer les prix vers le haut. Mais est-ce une raison pour vendre un logement dans le 19ème arrondissement à plus de 7000 euros le m² ? Je ne le crois pas, et je pense que cette situation ne saurait se prolonger encore très longtemps. Dans ces zones de l’Est parisien, on devrait retrouver rapidement plus de sagesse.   Lavieimmo.com : Revenons à la question des logements sociaux. Le ministère du Logement et de la Ville a engagé une politique de cession du parc social…   Jean-Yves Mano : Cette idée est aberrante ! Bertrand Delanoë l’a dit il y a quelques jours et je vous le répète aujourd’hui : il ne faut pas vendre du logement social !   Madame Boutin a de bonnes intentions, je ne le nie pas. Mais comment s’engager sur la question du Droit au logement opposable (Dalo) et annoncer en parallèle qu’on va vendre 40 000 logements sociaux par an ? Je vous rappelle que l’objectif fixé par le Président de la République est de 120 000 créations annuelles de logements sociaux… on risque d’être loin du compte. Non, tout ça n’est pas sérieux. La vente des logements sociaux doit rester un arbitrage patrimonial des organismes, mais en aucun cas devenir un principe obligatoire. Il faut favoriser l’accession à la propriété, c’est indéniable et nous le faisons depuis 2001, notamment avec le Prêt Paris Logement (PPL), dont le succès n’est plus à démontrer et dont nous préparons une version étendue. Mais cela ne doit pas se faire n’importe comment, et certainement pas en dépeçant le parc social !   Au-delà de ça, cette question m’amène à me demander si Paris a réellement vocation à être une ville de propriétaires. Paris c’est une ville de passage, une ville dynamique, une ville qui bouge, et si on la transforme en lieu d’accession à la propriété, on prend le risque de la fixer dans sa sociologie. Alors, s’il est indispensable de favoriser l’accession à la propriété, il faut assurer en parallèle le développement du marché locatif.   Propos recueillis par Emmanuel Salbayre

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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