Paris
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InterviewInterviewmardi 6 janvier 2009 à 09h00

"L'immobilier francilien se retourne, il ne s'effondre pas"


(©dr)

(LaVieImmo.com) - Longtemps considérée comme imprenable, la forteresse parisienne a fini par succomber à la baisse des prix de l’immobilier. Jean-François Humbert, président de la Chambre des Notaires d’Île de France, revient pour Lavieimmo.com sur l’état et les perspectives d’évolution du marché francilien, un marché qui plie, mais ne devrait pas rompre.

Lavieimmo.com : Pour la première fois depuis la fin des années 1990, les prix de l’immobilier sont en baisse à Paris…

Jean-François Humbert : Ce qui se passe en Île-de-France est comparable à ce qu’on observe dans le reste du pays : après plus de dix ans d’une croissance très soutenue, l’immobilier s’est tassé, puis retourné. Cela s’est traduit dans un premier temps par une chute très nette des transactions, que l’on peut évaluer à 15 % sur l’ensemble de l’année 2008, puis par un début de baisse des prix. Ce mouvement est encore léger, mais il marque néanmoins une inflexion très nette par rapport au début de l’année dernière, quand les taux de croissance des prix étaient encore supérieurs à 10 % en rythme annuel. Ce retournement était difficilement prévisible car il dépend d’évènements totalement extérieurs aux marchés immobiliers. Il n’en est pas moins légitime, car cette baisse des prix va permettre à un certain nombre de ménages, que la hausse avait écartés du marché, d’accéder à la propriété.

Lavieimmo.com : Ce mouvement, « encore léger », va-t-il s’accélérer cette année ?

Jean-François Humbert : Il n’est pas question de définir un scénario unique. Selon une première hypothèse, que l’on qualifiera de pessimiste, la contraction du nombre de transactions s’accélérerait cette année, à la manière de ce qu’on avait pu observer au début des années 1990. Un grand nombre de propriétaires ne pouvant différer durablement la vente de leur bien, cette contraction s’accompagnerait inévitablement d’un emballement de la baisse des prix. Dans ce scénario, aucun type de bien n’échapperait à la correction. A l’inverse, un scénario optimiste table sur une reprise assez rapide du marché, l’immobilier, valeur refuge par excellence, profiterait de la stabilisation à laquelle on assiste depuis la rentrée et de la méfiance vis-à-vis des marchés financiers. La tendance à la baisse des taux des crédits immobiliers et la force de la demande de logements, à Paris mais également en couronne, plaident en faveur de ce second scénario.

La vérité se trouve vraisemblablement quelque part entre ces deux hypothèses extrêmes : 2009 devrait être marquée par une poursuite de la contraction du nombre de transactions, de l’ordre de 10 %. Cela aura nécessairement une incidence sur le niveau des prix, qui continueront de baisser. Maintenant, attention à ce qu’on entend par baisse… L’effondrement de 40 ou 50 %, que certains appellent de leurs vœux, ne me semble pas envisageable. Une baisse de l’ordre de 4 à 5 % paraît plus probable. Compte tenu de l’inflation, cela correspond à un repli de 7 à 10 % environ en euros constants, ce qui est loin d’être négligeable.

Lavieimmo.com : Quelles sont vos prévisions pour 2010 ?

Jean-François Humbert : Il est trop tôt pour se prononcer à si long terme, d’autant que la réalité dépendra de facteurs exogènes totalement inconnus à ce jour… Je sais que certains analystes n’hésitent pas à faire des pronostics très précis, très détaillés, mais je ne pense pas que cela soit très sérieux…

Lavieimmo.com : Dans le cadre de son plan de relance de l’économie, présenté début décembre, Nicolas Sarkozy a annoncé le doublement du prêt à taux zéro (PTZ) pour les primo-accédants dans le neuf. En tant que responsable de la Chambre des Notaires de Paris, ne déplorez-vous pas que ce dispositif ne couvre pas les transactions dans l’ancien ?

Jean-François Humbert : Le doublement du PTZ promet d’être très onéreux, et c’est vraisemblablement pour chercher à diminuer le montant de l’addition que le gouvernement a décidé de le réserver à la seule primo-accession dans le neuf. Cette sectorisation est cependant un peu artificielle. Les primo-accédants se tournent majoritairement vers l’ancien, plus accessible que le neuf, et effectuent généralement des travaux avant d’emménager. Ces travaux de rénovation contribuent à l’emploi dans le secteur de l’immobilier au même titre que la construction, et il me semble regrettable de le négliger. Au-delà de cette observation, je pense qu’il serait nécessaire, d’engager une réflexion plus approfondie sur le PTZ. Je serais partisan de le réserver aux seuls ménages qui en ont véritablement besoin, et en fonction des nécessités, la bonification pouvant par exemple varier dans le temps. Pourquoi ne pas prévoir un retour aux taux du marché une fois que les revenus de l’emprunteur le permettent ? Cela aurait le mérite de réduire le coût de la mesure, et permettrait à un nombre plus important de ménages de profiter du coup de pouce que représente le prêt à taux zéro.

Lavieimmo.com : Vous préconisez une aide à l’information des acquéreurs et des vendeurs sur la situation du marché de l’immobilier et la valeur de leur bien. Quelle forme pourrait prendre cette aide ?

Jean-François Humbert : À la Chambre des Notaires de Paris, nous sommes en train de réfléchir à la mise en place d’un diagnostic de cohérence économique. Les acquéreurs sont généralement bien - et de mieux en mieux - informés sur les qualités techniques du bien qu’ils s’apprêtent à acheter. Reste la valeur intrinsèque de ce bien, qui est plus difficile à appréhender. Nous aimerions permettre à l’acquéreur de connaître les caractéristiques des dernières mutations enregistrées dans le périmètre du bien qu’il envisage d’acheter avant de prendre sa décision. Concernant les vendeurs, un certain nombre d’entre eux n’a pas encore intégré les mutations récentes du marché. C’est aux notaires de faire comprendre que la donne a changé, afin d’éviter un grippage du marché.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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