Interview
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InterviewInterviewjeudi 24 avril 2014 à 09h40

"Alur est un texte très ambitieux, qui ne pourra être mis en œuvre que par étapes"


Henry Buzy-Cazaux, président de l'IMSI
Henry Buzy-Cazaux, président de l'IMSI
Henry Buzy-Cazaux, président de l'IMSI (©dr)

Entretien avec Henry Buzy-Cazaux, président-fondateur de l'Institut du management des services immobiliers (IMSI). Ancien dirigeant des groupes Foncia et Tagerim, délégué général de la Fnaim de 2008 à 2009, cet observateur averti du secteur immobilier s'était illustré en 2013 en soutenant le projet de loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (Alur), à contre-courant de la profession. Alors que « 208 décrets sont nécessaires à l'application de la loi », il estime aujourd’hui Sylvia Pinel, la nouvelle ministre du Logement, va devoir faire preuve de « pragmatisme » pour la mettre en œuvre.

(LaVieImmo.com) - Vous êtes l’une des rares personnalités du monde immobilier à avoir soutenu Cécile Duflot quand elle était au Logement. Quel bilan tirez-vous de son action ?

Henry Buzy-Cazaux : En un peu moins de deux ans, Cécile Duflot a porté plusieurs projets d’envergure, dont la loi de mobilisation du foncier public et la loi Alur, promulguée fin mars, qui reprend de nombreux engagements de campagne de François Hollande. Elle a aussi sauvé un dispositif de défiscalisation, avec les moyens du bord. C’est également elle qui a lancé, quelques semaines avant son départ du gouvernement, le chantier de la simplification des normes de construction. Le tout dans un contexte économique très défavorable. Contrairement à ce que laissent volontiers entendre certaines voix, notamment au sein du secteur immobilier, Cécile Duflot a mené une action importante, et qui fera date.

D’aucuns estiment qu’Alur est inapplicable… Et parmi les engagements de campagne François Hollande, celui des 500 000 constructions de logements chaque année semble difficile à atteindre…

Estimez votre bien
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Type de bien :

Henry Buzy-Cazaux : On pourrait également citer la mobilisation du foncier public, qui est quasiment au point mort avec cinq terrains cédés à peine en l’espace de dix-huit mois. Sur ces points comme sur d’autres, il est impératif que le gouvernement tape plus fort. Ce n’est pas la politique choisie qui est critiquable mais bien la manière dont elle est mise en œuvre qui doit être améliorée. Il faut souhaiter que la deuxième période du quinquennat qui vient de s’ouvrir avec la nomination de Manuel Valls à Matignon débouche sur une mise en ordre de l’action entreprise jusqu’à maintenant. Cela étant dit, il convient de faire la part des choses entre ce qui est réalisable rapidement et ce qui prend nécessairement du temps à se mettre en place. N’oublions pas, par exemple, que le chantier de la mobilisation du foncier public a été lancé en 2006. Il aura fallu huit ans et pas moins de trois Présidents de la République pour qu’il aboutisse. Est-ce trop long ? Je ne le pense pas : l’action publique n’est pas facile à mettre en œuvre, cela se chiffre en années.

Est-ce à dire que la loi Alur mettra des années à se mettre en œuvre ?

Henry Buzy-Cazaux : Pour partie, vraisemblablement. Pas moins de 208 décrets sont nécessaires à l'application de la loi, soit deux à quatre ans de travail, au bas mot ! Sylvia Pinel va devoir trancher, dresser des priorités, afin d’avancer en premier sur les mesures les plus urgentes.

Quelles mesures risquent, selon vous, d’être sacrifiées ?

Henry Buzy-Cazaux : Il ne s’agit pas de sacrifier tel ou tel engagement mais de faire preuve de pragmatisme. Je ne m'associe pas à la critique selon laquelle le texte serait trop normatif : Alur est un texte très ambitieux, qui ne pourra être mis en place que par étapes.

L’encadrement des loyers, dont beaucoup d’opposants à la loi ont estimé qu’il ne pourrait pas être mis en œuvre, le sera-t-il rapidement ?

Henry Buzy-Cazaux : Je ne sais pas où en sont les négociations à ce sujet, mais voilà précisément un exemple de mesure qui demandera du temps. L’encadrement des loyers dans les zones tendues était un des engagements de campagne de François Hollande. Deux possibilités s’offraient à Cécile Duflot : décréter que les loyers ne dépasseraient pas tel niveau donné sur tel territoire, ce qui est impensable, ou élaborer un dispositif intelligent tenant compte des spécificités locales, sur la base d’observatoires locaux. L’élaboration de ces observatoires demande du temps. L’encadrement des loyers sera vraisemblablement mis en place rapidement à Paris et en Île-de-France, peut-être avant la fin de l’année. Ailleurs, la mise en place des observatoires servant de base à la détermination des loyers de référence risque de prendre plus de temps que prévu.

Revenons sur l’engagement sur les 500 000 constructions neuves par an. Vous semble-t-il tenable ?

Henry Buzy-Cazaux : Non ! Le chiffre de 500 000 provient d’une étude publiée par le Crédit Foncier et l’université de Paris Dauphine en 2006. Depuis, il a été repris indifféremment par les professionnels et par les associations de mal logés, comme par les politiques sans jamais être actualisé. Il ne correspond pourtant en rien à la situation du pays. Benoist Apparu avait eu la justesse de vue de préférer à un objectif rustique pour le logement social, un regard plus fin selon les territoires. Il en va de même pour le logement privé, et au bout du compte, l’important n’est pas de s’engager sur un nombre de logements donné a priori, mais sur des objectifs ciblés, en fonction des besoins locaux. C’est un peu comme la France de propriétaires chère à Nicolas Sarkozy : l’argument était intéressant du point de vue du marketing politique, mais décorrélé de la réalité autant que des besoins des Français.

Faites-vous confiance à Sylvia Pinel ?

Henry Buzy-Cazaux : Je ne vois aucune raison de ne pas lui faire confiance. La nouvelle ministre n’aura d’autre choix que de faire preuve de pragmatisme pour mettre en œuvre au mieux la politique du logement, tout en menant à bien la relance de la construction.

Vous êtes en lice pour la présidence du Conseil national de la transaction et de la gestion immobilières. Est-ce un rôle qui vous tient à cœur ?

Henry Buzy-Cazaux : Beaucoup, sinon, je ne serais pas candidat. Il s'agit rien moins que de l'avenir des relations entre les Français et les professionnels de service à l'immobilier. Le poste requiert une bonne connaissance des métiers de l’immobilier et une parfaite indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics autant que des syndicats et groupes en place. Mais je n’en dirais pas plus tant que le ministère n’aura pas tranché !

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 02/05/2014 à 16:37 par C2iP

    La 1ère étape de ce texte ambitieux et si bien écrit pourrait être son abrogation...

  • 1 Reco 24/04/2014 à 17:01 par robindestoits

    @Augias Il chérissent les causes et pleurent sur leurs effets.

    La citation exacte de Bossuet Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.

  • 0 Reco 24/04/2014 à 16:50 par fauxR

    "Le chiffre de 500 000 provient d’une étude publiée par le Crédit Foncier et l’université de Paris Dauphine en 2006. Depuis, il a été repris indifféremment par les professionnels et par les associations de mal logés, comme par les politiques sans jamais être actualisé. Il ne correspond pourtant en rien à la situation du pays." Eminemment vrai.

  • 4 Reco 24/04/2014 à 15:45 par gg2710

    Je ne vois pas ce Mr à la tête de la présidence du Conseil national de la transaction et de la gestion immobilière, ce serait une catastrophe pour notre profession et pour l'immobilier en général. Comment ne pas se rendre compte que cette loi Alur va à l'encontre de l'investissement pierre et forcément nuit à la fluidité des transactions mettant tout le secteur de l'immobilier et du bâtiment en difficulté. Je ne vois pas où est le pragmatisme dans cette loi. On baigne dans l'idéologie inapplicable et pourtant il faudra bien s'y faire mais avec Ô combien de difficultés, on en voit les prémices pour les 1ères applications aux annonces et aux compromis: une cata.

  • 0 Reco 24/04/2014 à 15:29 par DavidSA

    Y aurait-il quelques jalouses cachées dans l'écurie ?

  • 0 Reco 24/04/2014 à 15:15 par Augias

    "Dieu se rit de ceux qui pleurent sur les causes qu'ils chérissent"..
    Bossuet..

    ... ce monsieur est un miroir Indécent ...d'une profession devenue indécente...un plâtre de plus sur la même jambe de bois...

  • 1 Reco 24/04/2014 à 11:07 par DavidSA

    Permettez Gironnimo. Moi je trouve au contraire que l'homme est d'une lucidité rare sur cette question (et je ne le connais pas personnellement). Je dirais même qu'il ne vise pas assez haut : il le faudrait au gouvernement, plutôt que certains dont les compétences sont plus que douteuses...

  • 4 Reco 24/04/2014 à 10:51 par Gironimo

    Beaucoup d'habileté dans son discours très politiquement correct.

    Aucune écoute de la réalité des professionnels qui, pour ceux qui font font de la location leur activité principale, sont condamnés à mort par cette loi stupide.

    Il veut un poste, alors il cire les pompes au gouvernement. Ce n'est pas avec des gens comme lui que le logement va avancer.


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