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InterviewInterviewsamedi 29 janvier 2011 à 12h56

Apparu : "La mixité, ce n'est pas 70 % de logements sociaux"


Benoist Apparu
Benoist Apparu
Benoist Apparu (©dr)

Benoist Apparu, secrétaire d'Etat au Logement, doit présenter lundi 31 janvier la feuille de route logement et urbanisme pour 2011. Pour LaVieImmo.com, il fait un état des lieux du logement en France. Et si le ministre dépeint l'année 2010 comme une année de production record pour le logement social, il concède que des efforts restent à faire, notamment en ce qui concerne l'éco-prêt ou encore la mixité sociale.

(LaVieImmo.com) - Le niveau de production de logement social arrive à un niveau record en 2010. Or, vous en convenez, il y a un délai de 4 à 5 ans entre le financement et la mise en service des logements. Que répondez-vous à l'association DAL, qui demande de la transparence quant à « la traçabilité des financements pour savoir avec quels budgets ont été réalisés les logements sociaux livrés, et leur nature » ?

Benoist Apparu : La traçabilité de ces financements est assurée par les systèmes d'information des services de l’Etat. Les résultats sont diffusés par le CGDD [Commissariat général au développement durable, NDLR] et la Commission des comptes du logement. Mais honnêtement, plutôt que de jeter inutilement de la suspicion et de chercher systématiquement à s’opposer, certains acteurs du logement devraient se réjouir des résultats historiques obtenus en 2010, car ils sont essentiels pour les français. Enfin, je tiens à souligner que ce niveau record de financement est le fruit de la mobilisation de tous : des bailleurs sociaux, des collectivités locales comme de l’Etat.

Comment parvenir à de la mixité sociale sans arriver à des communes saturées en parc HLM, vecteur d’inégalités ?

Benoist Apparu : J’ai une vision claire de la mixité sociale et celle-ci ne consiste pas à créer des ghettos et à mettre tout le monde sous le même toit social. Il ne faut pas concentrer les populations les plus pauvres dans les mêmes quartiers, au contraire. D’ailleurs, lorsque j’ai demandé qu’un accord soit trouvé entre l’Etat et les bailleurs sociaux d’Île-de-France pour accélérer le relogement des publics identifiés comme prioritaires par la loi DALO [qui instaure un droit au logement opposable et donne à l'Etat une obligation de reloger, NDLR], nous avons pris le soin d’exclure les secteurs « ANRU ». Selon moi, la vraie mixité c’est le mélange des populations dans la ville, dans le quartier mais aussi dans l’immeuble. La mixité, c’est également le mélange des types d’habitats, qu’il s’agisse du social, du locatif libre, de l’accession ou encore de l’accession sociale. Je ne me satisfais pas que certaines villes ne comptent pas les 20 % de logement sociaux, qui sont indispensables pour assurer la mixité d’une commune, tout comme je ne me satisfais pas que certaines comptent plus de 70 % de logements sociaux. Dans ces deux cas la mixité n’est pas au rendez vous.

Vous doutez de l’efficacité d’un encadrement des loyers à la relocation - idée chère à Bertrand Delanoë - pour lutter contre l’inflation des prix à Paris. Pour quelles raisons ?

Benoist Apparu : Je reste sceptique car ces propositions sont évasives, il n’y a aucune indication sur le mode opératoire : s’agit-il de plafonnement des loyers ou de leur évolution ? Dans ce cas là, comment établir la référence ? Imposer de nouvelles contraintes aux propriétaires-bailleurs ne réglera pas le problème des prix à Paris. Les expériences passées de contrôle des loyers ont mis en évidence de nombreux effets pervers. Le vrai problème des loyers à Paris est moins leur évolution que l'absence quasi-complète de loyers intermédiaires, entre 10 euros et 15 euros par mètre carré. C’est, selon moi, là-dessus qu’il faut travailler : nous devons encourager le développement d’un marché intermédiaire avec des loyers moins élevés qu’aujourd’hui.

Les objectifs de l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) n’ont pas été atteints. Pourquoi ?

Benoist Apparu : Il est vrai qu’après une montée en puissance rapide, la distribution de l’éco-PTZ a ralenti et les résultats sur l’année 2009-2010, même s’ils sont satisfaisants, restent en-deçà des objectifs initiaux que nous avions : 150 000 éco-PTZ auront été accordés par les banques en deux ans, alors que l’objectif était de 200 000. Ce ralentissement s’explique par plusieurs facteurs, au premier rang desquels la crise économique bien sûr, mais aussi par un besoin de simplification de l’éco-PTZ lui-même. Nous continuerons de l’améliorer si nécessaire, afin d’élargir sa diffusion.

L’Insee indique que 3,2 millions de personnes sont mal logées en France. Au-delà des bons résultats obtenus dans le logement social en 2010, que faire ?

Benoist Apparu : L'effort public en faveur du logement atteint aujourd’hui 37,4 milliards d’euros, ce qui est un investissement considérable. Pour mieux répondre aux besoins de nos concitoyens, la question de la politique du logement ne se pose pas en termes de moyens mais bien d’efficacité. Il n’y a pas en France une crise du logement, mais des crises du logement. Durant trop longtemps, les aides de publiques ont été distribuées sans tenir compte des réels besoins des territoires. C’est pourquoi mon objectif premier, lorsque j’ai pris mes fonctions, à été de réorienter les aides de l’Etat dans les territoires déficitaires en offre de logement. D’ailleurs, les résultats de l’année 2010 sont concluants puisque 33 % de la production de logements sociaux a été financée dans les zones où l’accès au logement reste difficile, notamment pour les ménages modestes et pauvres. J’ajoute que 131 509 logements sociaux ont été financés, un record ! Et surtout, le nombre de logements destinés aux ménages les plus modestes, via les PLAI [prêts locatifs aidés d'intégration, NDLR], a largement franchi le seuil des 20 000 logements, dépassant ainsi l’objectif fixé par la loi DALO, avec 26 836 PLAI soit une progression de 25 % par rapport à 2009 ! Recentrer les aides sur le besoins les plus urgents, voilà toute la politique que nous menons.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 31/01/2011 à 10:56 par Agent I

    Des actes, on veut des actes. Tu te polarises sur le tendu, mais on a toujours deux biens qui se battent en duel en agence. Ca va faire monter les prix du carton, ça....

  • 0 Reco 29/01/2011 à 13:17 par MisterHadley

    Décidément, il est très bien, ce Benoît, hein...

    ;)


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