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InterviewInterviewmercredi 30 mars 2011 à 09h28

"En immobilier, il n'y a pas de fatalité"


Bernard Cadeau, président du réseau Orpi
Bernard Cadeau, président du réseau Orpi
Bernard Cadeau, président du réseau Orpi (©dr)

L’immobilier français a-t-il atteint ses limites ? Suite de notre tour d’horizon des professionnels du secteur avec Bernard Cadeau, président du réseau Orpi, qui revient pour nous sur les conclusions du sondage Ifop publié ce matin, et exclut une nouvelle hausse des prix en 2011 - sous peine de blocage du marché.

(LaVieImmo.com) - 47 % des locataires interrogés dans le cadre de l’enquête estiment qu’ils ne pourront jamais accéder à la propriété… Ce résultat vous étonne-t-il ?

Bernard Cadeau : Il est surprenant, oui, même s’il s’explique certainement par le pessimisme des Français face à la dégradation de la situation économique. 47 % des locataires, cela représente 20 % de la population… Un Français sur cinq qui considère qu’il ne sera jamais en mesure d’être un jour propriétaire de sa résidence principale. Mon ambition, en tant que chef de réseau, c’est de dire qu’il n’y a pas de fatalité. C’est à nous, professionnels de l’immobilier, de faire le nécessaire pour expliquer à nos clients ce qu’est un parcours résidentiel, et les aider à monter un projet à la fois solide et réaliste.

68 % des sondés ont le sentiment d’être mal informés sur les aides d’accession à la propriété. Cette proportion atteint 74 % chez ceux qui ont l’intention d’acheter un logement dans les trois prochaines années. Voyez-vous un lien entre ces chiffres et la fatalité des locataires quant à leurs chances de devenir un jour propriétaires ?

Bernard Cadeau : Très certainement. Cela fait plusieurs années que les dispositifs d’aide et les mesures de soutien à l’accession à la propriété ou à l’investissement locatif se succèdent… Tout cela est très compliqué, et les professionnels de l’immobilier demandent plus de clarté et de simplicité. Les résultats de ce sondage prouvent que nous avons raison, car nos clients ne s’y retrouvent pas… Là encore, c’est à nous de nous montrer capable de les aiguiller, en leur présentant de manière simple, intelligible et sans langage technique à quelles aides ils ont droit, dans quel cadre, et sous quelles conditions.

L’enquête montre également que le niveau des prix est vécu comme le principal frein à l’accession…

Bernard Cadeau : Plus globalement, c’est l’aspect financier qui inquiète. Cela concerne effectivement le niveau des prix, cité par 83 % des personnes interrogées comme un frein à l’accession à la propriété, mais également par la crainte de s’endetter sur une longue période (54 %), ou les difficultés d’accéder au crédit (45 %). On se retrouve face à des gens qui ont le désir d’accéder à la propriété, mais qui ne le font pas parce qu’ils ne peuvent, ou ont le sentiment qu’ils ne peuvent pas y parvenir…

Quelles sont vos prévisions en matière de prix pour 2011 ?

Bernard Cadeau : Je ne ferai pas de prévision chiffrée, l’expérience montre qu’elles sont toujours très hasardeuses… En revanche, ce qu'on peut dire sans trop de risque c'est que, dans un tel contexte, on voit mal comment les prix pourraient continuer d’augmenter cette année. Quand je dis qu’on voit parfois des ventes capoter pour 5 000 euros de budget, ce n’est pas pour faire sensation, mais parce que c’est une réalité à laquelle nous faisons face sur le terrain. Vient un moment où la capacité d’achat des candidats à l’accession n’est plus extensible.

On retrouve le « risque de blocage » du marché que vous évoquiez récemment…

Bernard Cadeau : Nous avons calculé qu’une hausse de taux d’intérêt de 1 % équivaudrait à une baisse de 8 % du pouvoir d’achat des ménages. Les candidats à l’accession qui ont été interrogés dans le cadre de l’enquête ont indiqué disposer, en moyenne, d’un apport personnel de 32 740 euros, à partir duquel ils estimaient pouvoir disposer au total d’une somme de 116 494 euros. Si les taux, qui remontent depuis l’automne 2010, et les prix continuent d’augmenter, les conditions ne seront plus les mêmes… Soit le marché s’adapte et les transactions continuent à se faire, soit, effectivement, il se bloque.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 02/04/2011 à 09:44 par MisterHadley

    Surtout dans ta tête, non..!?

    :)

    Qu'est-ce qui faut pas lire, quand même, hein...

    :)

  • 0 Reco 30/03/2011 à 19:20 par Lapoliss

    Point intéressant soulevé par UFFA92 !
    On assiste à un retournement de discours insoupçonnable il n'y a de cela que quelques mois...

  • 0 Reco 30/03/2011 à 18:41 par UFFA92

    Si les professionnels n'avaient pas toujours vanté la "valeur refuge" de l'immobilier car "ça ne baisse jamais", les vendeurs seraient plus enclins à diminuer leurs prétentions. Mais ce sont ces mêmes professionnels (dont M. CADEAU) qui doivent expliquer aux vendeurs que la marché est en train de se retourner. Vivement que les taux augmentent de manière conséquente !

  • 0 Reco 30/03/2011 à 15:34 par Robb

    @Friand
    "soit le marché s'adapte" = en l'occurrence, c'est aux vendeurs de s'adapter. Or on sait bien que chaque propriétaire est persuadé de vendre ce qui se faite de mieux, la 8ème merveille du monde, qui mérite ce qu'il y a de mieux en terme de prix... je ne crois pas à une sortie de bulle "en douceur"...

  • 0 Reco 30/03/2011 à 13:20 par Friand

    Oui c'est exactement ce qu'il faut : une belle montée OAT => taux fixes de 50 pts.
    Si les vendeurs, toujours + gourmands (alors qu'ils font déjà des sacrées plus-values) continuent d'augmenter les prix on aura un bon blocage.
    Pour rester proche de l'article je dirai que : soit le marché s'adapte et on dégonfle la bulle en "douceur" soit nous aurons un krach immobilier dans 1 an.

  • 0 Reco 30/03/2011 à 12:42 par Eternel_optimiste

    Allez! il faut que l'OAT 10 ans monte encore un bon coup, que les banques répercutent sur les taux fixes, et le marché va se bloquer pour de bon, ce qui devrait permettre de revenir à des niveaux de prix en rapports avec les salaires...

  • 1 Reco 30/03/2011 à 10:21 par Punaise

    Pas de prévisions chiffrées. C'est bien, il faudrait que personne n'en fasse, que la main invisible fasse son boulot tranquilliment.


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