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InterviewInterviewvendredi 7 juin 2013 à 16h28

Hébergement d'urgence : "En finir avec ce système pervers"


Florent Guéguen, directeur général de la Fnars
Florent Guéguen, directeur général de la Fnars
Florent Guéguen, directeur général de la Fnars (©dr)

Florent Guéguen, directeur général de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), commente pour LaVieImmo.com La synthèse hivernale du « baromètre 115 » publiée le 4 juin par la Fnars. Une étude choc sur l’hébergement d’urgence.

(LaVieImmo.com) - La dernière publication de la Fnars démontre que les demandes d’hébergement ont augmenté de 31 % par rapport à l’hiver dernier. Ce chiffre vous surprend t-il ?

Florent Guéguen : Ce n’est pas vraiment une surprise : la Fnars alerte chaque hiver sur l’évolution des demandes d’hébergement des personnes à la rue, grâce à la publication de baromètres mensuels L’Etat a augmenté ces capacités d’hébergement hivernal. Mais, aujourd’hui la situation se dégrade à nouveau : pour l’Etat, l’accueil inconditionnel est une obligation or, l’Etat ouvre des places à bas coût sans accompagnement social qui ne permettent pas aux personnes de sortir vers du logement. Les demandes d’hébergement sont exponentielles et les appels au 115 ont atteint un niveau critique. Ainsi, en moyenne, 58 % des demandes entre le 29 octobre et le 31 mars 2013 n’ont pas donné lieu à un hébergement.

Comment expliquer la hausse de ces demandes ?

Florent Guéguen : Je dirais qu’il y a deux explications. La première réside dans un manque de logements et d’hébergements pérennes accessibles aux plus pauvres. La deuxième explication est qu’il existe un dysfonctionnement sur les politiques d’accueil des migrants et des demandeurs d’asiles. 75 % des demandes adressées au 115 qui proviennent de personnes étrangères originaires de pays hors Union européenne n’ont pas donné lieu à un hébergement et 62 % pour les individus venant de l’Union européenne. Cette hausse des demandes est aussi en lien avec le contexte actuel de crise économique incluant la perte du pouvoir d’achat, ce qui accroit le risque des endettements locatifs.

Comment améliorer les capacités d’hébergement ?

Florent Guéguen : Nous proposons une vision au-delà de l’hébergement, notre objectif est l’accès au logement pour un maximum de personnes. Ce n’est pas seulement en améliorant les capacités d’hébergement que l’on réglera le problème. Les situations en Île-de-France ou encore en Rhône-Alpes, autour de Lyon, sont très problématiques. Ce sont des zones tendues sur lesquelles il faut créer rapidement une offre pérenne d'hébergement et de logements très sociaux accessibles aux sans abri. Sur les territoires moins tendus où l'offre de logement est disponible, il faut permettre aux personnes d'y accéder directement avec un accompagnement social, sans passer par l'hébergement.

Quelles solutions sont proposées par la Fnars ?

Florent Guéguen : Nous sommes mobilisés sur trois points. Tout d’abord, la Fnars demande un diagnostic territorial à 360 degrés, c'est-à-dire une analyse fine pour chaque département de l’ensemble des situations de mal logement. L’idée est de prendre en compte les diverses demandes et les particularités locales. C’est tout un travail en amont : connaître les personnes qui appellent le 115, les individus qui fréquentent les structures d’hébergement, les familles menacées d’expulsion. Cette connaissance du terrain prend du temps. Nous restons vigilants pour que ce type de diagnostic soit mis en place. Pour l’instant, le gouvernement s’est engagé via un accord de principe mais la Fnars attend la mise en œuvre. Par ailleurs, nous demandons l’instauration d’une loi de programmation pluriannuelle donnant la priorité à l’accès direct au logement avec un accompagnement social adapté. Plus globalement, nous prônons un changement de la politique du logement.

Actuellement, que pensez-vous des actions du ministère du Logement ?

Florent Guéguen : La loi « Dufflot 2 » prévoit de réécrire des missions sur l’hébergement et l’instauration d’une véritable « veille sociale ». Nous désirons voir apparaitre un réel droit à l’accompagnement social pour toutes les personnes hébergées. Il faut des structures pérennes pour mettre fin à ce système pervers. Malgré notre engagement, des centres d’hébergements ferment encore et il y a toujours des centres qui fonctionnent avec des prises en charge de courte durée. C’est le principe des portes tournantes : au fur et à mesure que les gens s’adressent au 115, il faut libérer des places pour les nouveaux entrants, les personnes sont hébergées pour de courte durée. Il faut donc en finir avec cette logique où l’urgence prévaut sur l’insertion.

Propos recueillis par Sahra Laurent - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 09/06/2013 à 23:06 par Arnaud

    Tout est une question de priorité. Mettre la priorité sur l'hébergement ou non et ainsi construire des structures pérennes ou non.

  • 0 Reco 09/06/2013 à 11:28 par douglas

    Eh oui, mais elles sont où et qui les paye les structures pérennes ?


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