Interview
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InterviewInterviewjeudi 26 avril 2012 à 16h30

"Il est temps que la sécurité électrique soit au cœur du débat !"


Damien Hasbroucq, directeur de l'association Promotelec
Damien Hasbroucq, directeur de l'association Promotelec
Damien Hasbroucq, directeur de l'association Promotelec (©dr)

Le 11 avril dernier se tenait une conférence regroupant des associations et des consommateurs, sur le thème des dangers de l’électricité dans les logements. L’Observatoire national de la sécurité nationale (ONSE), coprésidé par les associations Consuel et Promotelec, publiait notamment des chiffres chocs : en France, où 80 000 incendies d’origine électrique ont lieu chaque année, 2/3 des logements de plus de 15 ans vendus entre 2009 et 2011 présentent des installations dangereuses. Damien Hasbroucq, directeur de l’association Promotelec, qui œuvre pour les usages durables de l’électricité dans les différents types d’habitat, donne à LaVieImmo.com un constat de la situation actuelle, et des pistes pour s’acheminer vers des logements plus sûrs, où l’électricité ne serait qu’une aide, et non une menace.

(LaVieImmo.com) - Comment a été réalisée l’enquête dont vous avez récemment révélé les résultats ?

Damien Hasbroucq : L’enquête est collective, et a été réalisée par plusieurs organismes dont l’ONSE, que Promotelec forme avec le Comité national pour la sécurité des usagers de l’électricité (Consuel) depuis 17 ans. Le but de cet observatoire que nous coprésidons est d’établir un constat riche et détaillé, avant toute action. Nous avons donc mené l’enquête dans trois types de lieux, pour avoir la meilleure vue d’ensemble possible : les maisons individuelles, les logements collectifs, mais aussi les parties communes. Par le biais de cette conférence, nous souhaitons informer les particuliers sur les risques qu’ils encourent, souvent sans le savoir, sur le plan électrique, mais aussi d’avertir les professionnels sur les normes à respecter. Avec 2/3 des logements de plus de 15 ans vendus entre 2009 et 2011 présentant de graves anomalies électriques, 79 % des parties privatives des logements et 53 % des parties communes qui n’ont pas d’installation de mise à la terre, ou encore 30 % d’incendies d’origine électrique chaque année, il est temps d’agir !

Quels sont les risques électriques majeurs que l’on rencontre dans les logements ?

Damien Hasbroucq : Les risques sont nombreux, et fréquents. Pour les connaître, il suffit de se référer à nos « 6 exigences minimales de sécurité », établies au terme de l’enquête. Si l’installation n’y répond pas, alors il y a potentiellement un danger. Nos critères sont la présence d’un appareil général de commande facilement accessible, un dispositif de protection différentielle de sensibilité selon les conditions de mise à la terre, une protection contre la surintensité, et le respect des règles liées aux distances lorsqu’il y a une baignoire ou une douche. Nous luttons également contre les matériaux électriques vétustes, ou l’absence de conducteurs non protégés mécaniquement. Donc, si ces exigences ne sont pas au rendez-vous dans un logement, ses occupants sont exposés à deux risques : l’incendie, l’électrisation - en cas de décharge -, ou encore l’électrocution, mortelle.

Que peut faire un locataire en constatant que son logement est dangereux ?

Damien Hasbroucq :Cela dépend s’il est locataire ou propriétaire. Pour un acheteur, il existe le Diagnostic électrique obligatoire (DEO) en vigueur depuis 2009, qui doit être appliqué tous les 15 ans dans un bien à la vente. Ce diagnostic n’oblige en rien le vendeur à effectuer les travaux, mais il se doit d’informer l’acheteur. Cette mesure est hautement incitative, car dans 95 % des cas, les nouveaux propriétaires effectuent des travaux de mise en conformité si le DEO le nécessite. Pour un locataire, il n’y a aucune intervention obligatoire. Si un particulier souhaite savoir si ses installations sont dangereuses, il peut faire effectuer un diagnostic, pour un coût de 120 à 250 euros. Il pourra ensuite entreprendre des travaux de mise en sécurité, pour un coût moyen de 1 500 à 2 000 euros, très variable selon le type de logement et de rénovations.

Quelles actions proposez-vous pour mieux prévenir les dangers électriques ?

Damien Hasbroucq : Nous comptons poursuivre notre investissement au sein de l’ONSE, en renforçant les données et les statistiques pour informer encore davantage. Par ailleurs, nous proposons aux particuliers sur notre site Promotelec.com trois options pour tester la sécurité de leur logement. Ils peuvent dans un premier temps passer notre quiz gratuit en ligne sur leurs installations électriques. Un système de E-Evaluation est également mis en place, pour un coût de 15 euros. Il suffit de photographier ses installations, et d’envoyer le dossier aux experts de Promotelec, qui établiront un diagnostic à distance. Enfin, il est possible de faire venir un professionnel à domicile, pour un bilan sur place. Par ailleurs, nous œuvrons auprès des professionnels, pour leur enseigner les règles clefs de la sécurité électrique. Enfin, nous publions des ouvrages sur la sécurité électrique, comme le guide « Memento Logements d’habitation », proposé au prix de 18 euros.

Quel rapport entre électricité et logement décent ?

Damien Hasbroucq : Cette question nous préoccupe beaucoup… La législation, à ce jour, impose seulement que les installations soient en bon état de marche et ne présentent pas de risque mortel. En effet, le décret du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent impose que « les réseaux et branchements d’électricité » doivent être « conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d’usage et de fonctionnement ». Nous souhaiterions que nos « 6 exigences minimales de sécurité » apparaissent clairement dans le texte de loi sur le logement décent. Il est temps que la sécurité électrique soit au cœur du débat !

Propos recueillis par Marielle Davoudian - ©2016 LaVieImmo
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