Interview
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InterviewInterviewlundi 22 octobre 2007 à 10h48

"Il faut arrêter de mentir aux gens, les prix ne baissent pas", Pierre Bazaille, président de l’Institut notarial de l’immobilier


(LaVieImmo.com) - « Ca monte ou ça baisse ? ». La question est sur les lèvres de tous les acteurs du marché immobilier, qu’ils souhaitent acheter ou vendre leur logement, qu’ils soient primo-accédants ou cherchent à réaliser une opération d’investissement locatif. Tous les scénarios sont évoqués, de la correction sévère, souhaitée par beaucoup d’acheteurs, à une poursuite de la hausse vertigineuse des dernières années, en passant par une simple stabilisation sur des niveaux élevés. Depuis quelques semaines, une autre question se pose, sur l’intérêt de la coexistence des indices Insee-Notaires et Fnaim de mesure des prix dans l’immobilier ancien. Le mois dernier, la délégation du Sénat pour la planification a mis en avant l’existence de « divergences notables » entre les deux outils, et a appelé à un rapprochement des deux indices. L’idée peut paraître d’autant plus séduisante que, calculés selon des méthodes distinctes, ces deux indices parviennent depuis quelques mois à deux conclusions différentes : en baisse pour les agences immobilières, les prix continueraient de croître selon les notaires. S’il refuse d’alimenter la polémique qui oppose sa profession aux agents immobiliers, Pierre Bazaille, président de l’Institut notarial de l’immobilier, explique à Lavieimmo pourquoi les prix de l’immobilier en France ne baissent pas, et ne devraient pas baisser prochainement.

Lavieimmo.com : L’indice Insee-Notaires publié en début de semaine dernière annonce une « poursuite du ralentissement de la hausse » des prix au troisième trimestre 2007. La situation que vous décrivez est assez sensiblement différente de celle observée par la Fnaim (Fédération nationale de l’immobilier), selon qui les prix ont baissé en juillet, août et septembre.

Pierre Bazaille : Je ne vous cache pas que je suis un peu agacé, pour ne pas dire choqué, par toutes les annonces faites ici ou là depuis maintenant plusieurs mois sur une baisse des prix. Cette baisse a longtemps été annoncée comme imminente, elle serait maintenant constatée. Tout cela manque de cohérence et trouble le consommateur. Mon but n’est pas de déclencher une polémique, mais il faut insister sur le fait que l’indice Insee-Notaires est calculé à partir des prix réellement observés par les notaires au moment de la signature de l’acte de vente. C’est très important car il ne s’agit pas des prix proposés par le vendeur au moment de la mise en vente, mais des prix réels. Autre gage de sérieux, l’exhaustivité de nos chiffres, qui couvrent l’intégralité des transactions réalisées dans l’ancien, qu’elles aient eu lieu entre particuliers ou avec l’assistance d’une agence immobilière.

Maintenant que nous avons bien précisé tout cela, qu’est-ce qu’on observe ? Au troisième trimestre 2007, en Province, les prix ont progressé de 9.1% pour les maisons et de 8.4% pour les appartements. Le deuxième trimestre s’était soldé par des hausses respectives de 9.7 et 11%. La situation est similaire en Ile de France et à Paris, où on observe également une confirmation de la tendance qui s’est amorcée au premier trimestre 2005 : la décélération des prix se poursuit depuis maintenant près de trois ans, de manière régulière et sans rupture.

Lavieimmo.com : Vous avez abordé la question de l’écart entre le prix de mise en vente et le prix observé au moment de la signature de l’acte. Cet écart s’accroît. Les vendeurs ont-ils plus tendance que par le passé à surévaluer leur bien ?

Pierre Bazaille : Je crois qu’un propriétaire qui met son logement en vente, quelle que soit sa motivation et quelles que soient les raison à phénomène, a toujours tendance à en demander plus que sa valeur réelle. Quand on est dans un marché où les prix augmentent de 10% au minimum par an, entre le moment où le bien est mis en vente et celui où la transaction est réalisée, l’écart a vite fait d’être comblé. Quand, au contraire, les taux de croissance des prix sont moins forts, le vendeur n’est plus assuré d’obtenir le prix qu’il demandait.

Le résultat est simple, on observe à l’heure actuelle une décote de l’ordre de 15% entre le prix demandé et le prix effectif, au lieu des 5% qu’on voyait il y a peu.

Lavieimmo.com : N’est-ce pas le signe que le marché est en train de se retourner ?

Pierre Bazaille : Non. Le marché de l’immobilier français est un marché en bonne santé, caractérisé par une demande toujours très forte et que je ne vois pas se tarir. Les mentalités ont changé, le profil et les motivations des accédants à la propriété aussi. Par exemple, on assiste à une évolution des aspirations des classes d’âge les plus jeunes, et la part des acheteurs de moins de 30 ans progresse de manière nette. Cette volonté de « préparer son avenir », d’arriver à l’âge de la retraite en étant propriétaire, pas seulement de son logement mais du « logement de ses rêves », c’est très répandu à l’heure actuelle alors qu’on ne voyait pas ce phénomène il y a quelques années. Ce changement est durable et soutient le marché.

Alors il ne faut pas mentir aux gens : le marché est en train de revenir à la normalité et ce ne sont pas les prix qui baissent mais le rythme de la hausse.

Lavieimmo.com : Il semble que la prévision faîtes en janvier dernier, d’une hausse moyenne des prix de 7% pour les appartements et de 5 à 6% pour les maisons sur l’ensemble de l’année sera vérifiée au 31 décembre. Dans trois mois environ, vous publierez vos prévisions pour 2008. Pouvez-vous nous donner un avant-goût de ce qui ce qui se passera l’année prochaine ?

Pierre Bazaille : Je peux d’ores et déjà vous assurer sans trop prendre de risque que nous prévoirons une poursuite toujours régulière de la modération, avec un rythme de croissance supérieur à l’inflation.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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