Interview
LaVieImmo.com
InterviewInterviewlundi 21 mars 2011 à 09h50

"Il faut ponctionner les bureaux vacants à Paris"


Christophe Caresche
Christophe Caresche
Christophe Caresche (©dr)

Faut-il taxer les bureaux vides, qui représenteraient plus de 1,2 million de mètres carrés à Paris ? C’est ce que demande Christophe Caresche, député PS du 18ème arrondissement, qui vient en effet de déposer une proposition de loi visant à taxer la vacance prolongée des locaux de bureaux dans la capitale. Pour LaVieImmo.com, il explique sa démarche, partagée par le groupe socialiste à l’Assemblée.

(LaVieImmo.com) - Pourquoi une taxe sur l’immobilier de bureaux ?

Christophe Caresche : Nous nous sommes fondés sur une étude du groupe Immogroup Consulting, effectuée par Jean-Michel Ciuch, fondateur du groupe, intitulée « Crise du logement : la mise en accusation de l’immobilier d’entreprise », qui est pour beaucoup dans l’origine de cette affaire. Et nous avons analysé que depuis 10 ans, le marché du bureau d’entreprise empiète trop sur le logement. C’est un marché en « surstock » permanent, et qui laisse approximativement 1,2 million de mètres carrés vacants dans la capitale. Ainsi, en 2010, 40 % des bureaux n’ont pas été affectés ! Ces inoccupations pèsent sur l’immobilier résidentiel, le terrain est rogné. Or, l’espace est rare et cher à Paris…

Quels sont vos objectifs à travers cette proposition de loi ?

Christophe Caresche : Il s’agit de mieux réguler le marché de bureaux. Si on construit des bureaux neufs, on doit s’interroger sur le devenir des bureaux anciens. Nous souhaitons en outre que la reconversion de ce parc vieillissant soit facilitée, et pour ce faire, et forcer la main aux opérateurs. Ils auraient alors le choix : soit ils paient une taxe en cas d’inexploitation prolongée, soit ils reconvertissent leurs locaux en logement, mais bénéficient d‘exonérations fiscales sur les plus-values. Par exemple, le produit de cette taxe pourrait revenir à l’Anah [Agence nationale de l’habitat, organisme chargé de l’attribution des subventions pour améliorer la qualité de vie dans l'habitat privé, NDLR]. Enfin, cette mesure aurait pour effet de contribuer à lutter contre les constructions de bureaux en blanc, ces immeubles dont les utilisateurs finaux ne sont pas connus lors de la mise en chantier. Une pratique qui n’est que pur placement immobilier.

Comment fonctionnerait une telle taxe ?

Christophe Caresche : On taxerait au terme d’un an de vacance. Cela est assez rapide, mais nous sommes en présence de professionnels, qui ont plus de ressources que des particuliers. Ainsi, en prenant l’exemple de l’immeuble d’Axa, qui développe une surface de 2 500 m², on aboutirait à une taxe de 80 000 euros à l’issue de la première année, et de 160 000 euros la deuxième année. In fine, c’est un peu comme la taxe carbone, l’objectif étant de modifier les comportements...

Vous mentionnez Jeudi Noir, collectif qui lutte contre le mal-logement, dans votre proposition de loi. Ces militants vous ont-ils convaincu d’une telle mesure ?

Christophe Caresche : J’estime que leur combat est une véritable « œuvre de salubrité publique » ! Après les avoir rencontré, j'ai pu constater le bien fondé de leur démarche, par exemple lors du squat de l’immeuble propriété d’Axa, inoccupé depuis quatre ans. Leur action est juste. Cela dit, il ne s’agit pas de pointer du doigt les opérateurs de bureaux : une partie du parc vacant résulte en effet d’une vacance fonctionnelle, qui est légitime. Notre démarche est davantage de faire en sorte qu’il y ait une prise de conscience de ce phénomène de la part des opérateurs privés.

Ne craignez-vous pas de décourager les investisseurs ?

Christophe Caresche : Un certain nombre d’opérateurs n’a pas pour objectif la gestion patrimoniale de leur bien, mais uniquement la valorisation d’un actif. Ils réalisent un placement, là même où des personnes sont victimes de la pénurie de logements. Nous voulons dissuader ce phénomène.

Quand la proposition sera-t-elle soumise au vote de l’Assemblée ?

Christophe Caresche : Les deux articles de la proposition de loi seront intégrés dans les propositions du PS sur le logement, en mai prochain. Par ailleurs, l’ensemble du groupe socialiste est favorable à cette loi. Mais pas seulement : le Président de la République a déclaré en septembre dernier qu’il souhaitait transformer 6 millions de mètres carrés de bureaux en logements.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
Donnez votre avis
Vous devez être enregistré pour pouvoir poster sur cet article
(il vous reste 2000 caractères)

  • 0 Reco 21/03/2011 à 14:49 par Michel75

    "La ville de Paris, dispose de réserves foncières sur lesquelles elle peut construire ou faire de l'accession sociale à la propriété". A voir....

  • 0 Reco 21/03/2011 à 14:27 par larrozen

    Voilà encore de fausses bonnes idées qui traduisent l'incapacité des pouvoirs publics à faire fasse à leurs engagements.

    L'instauration d'une surtaxe pour la sous-utilisation de l'immobilier tertiaire est très mauvaise chose.

    En effet, mettre aux normes d'habitation des bâtiments autrefois tertiaires coûte relativement cher. Une fois cette mise aux normes faite, il convient de se poser les questions sur le prix du loyer qui sera pratiqué. S'il s'agit de ceux au logement social, cette opération n'est pas rentable, au prix du marché les loyers ne seraient accessibles qu'à un petit nombre de personnes.

    Les contraintes diverses pesant sur l'immobilier d'habitation ( forte protection du locataire etc...) sont telles que les investisseurs préfèrent l'immobilier tertiare.

    Les élus de gauche se doivent de réfléchir sur les problèmes de logement dans son ensemble au lieu à chaque d'inventer de nouvelles taxes qui ne peuvent que contribuer rendre plus cher l'immobilier.

    La ville de Paris, dispose de réserves foncières sur lesquelles elle peut construire ou faire de l'accession sociale à la propriété.

    Une politqiue du logement ne se limite pas qu'à la construction de logements sociaux ou à la taxation de l'immobilier tertiaire. Il est inconstetable que la Ville de Paris pour pouvoir réaliser ses objectifs se doit de rechercher du foncier en petite et grande couronne parisienne. C'est un leurre de penser que la crise du logement qui secoue Paris sera résolue par la tranformation de bureaux en logements.

    Aujourd'hui, construire un logement de 4 pieces coûte très cher à Paris, alors que pour la meme somme on peut en construire 3 en grande couronne. La ville de Paris devrait avoir une vision dynamique en la matière.

    Si la ville de Paris estime qu'elle pourra loger tous les demandeurs de logements inscrits , ça n'est pas vrai.

  • 0 Reco 21/03/2011 à 14:10 par midève

    @Rob. Plus d'offres ferait sans doute baisser les prix. Ils le pourraient donc peut-être.

  • 1 Reco 21/03/2011 à 13:51 par Friand

    "Un certain nombre d’opérateurs n’a pas pour objectif la gestion patrimoniale de leur bien, mais uniquement la valorisation d’un actif" => oui c'est cela même le coeur du problème...
    Un placement qui rapporte sans rien faire alors qu'il y a crise de logement.
    Les riches s'enrichissent et les pauvres (et en réalité les classes moyennes aussi désormais) payent...

  • 0 Reco 21/03/2011 à 10:35 par Robb

    @midève
    "s'il le désirent, évidemment"... et surtout s'ils le peuvent ! vu le niveau actuel des prix, je doute que cette mesure ait vraiment un effet... mais elle va dans le bon sens

  • 0 Reco 21/03/2011 à 10:31 par midève

    Espérons justement que personne ne l'a paiera et que les bureaux vacants seront reconvertis en logements afin de permettre au plus nombreux d'acheter à Paris, s'il le désirent, évidemment.

  • 0 Reco 21/03/2011 à 10:26 par benjoin

    1,2 million de m2 ça fait beaucoup si c'est le cas. Quand en plus vous ajoutez à cela des équipements avec clim', électricité 24h/24 (la défense) personne n'y gagne.... Oui à cette taxe

  • 0 Reco 21/03/2011 à 10:22 par midève

    Cela va dans le bon sens.


En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...