Interview
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InterviewInterviewmercredi 23 février 2011 à 13h00

"Il faut porter à 25 % le quota de logements sociaux"


Thierry Repentin
Thierry Repentin
Thierry Repentin (©T. Gogny-DR USH)

Thierry Repentin est sénateur PS depuis 2004 de la Savoie, chef de file sur le thème du logement au Parti Socialiste et président depuis décembre 2008, de l’Union sociale pour l’habitat (USH), qui fédère le mouvement HLM. Pour LaVieImmo.com, il commente le bilan 2010 des constructions de logement et ouvre des pistes pour lutter contre la vacance des locaux.

(LaVieImmo.com) - Benoist Apparu, le secrétaire d’Etat au logement a annoncé le 20 janvier, une programmation de 131 000 logements en 2010. Avec un budget en baisse, c’est un record. Qu’en pensez-vous ?

Thierry Repentin : En effet, le Budget consacré au logement par l’Etat est de 500 millions d’euros en 2011. Il est en baisse de 130 millions d’euros par rapport à l’année dernière et a été divisé par deux en 10 ans. Si les financements de construction ont pu atteindre ce chiffre avec un tel budget, c’est que l’argent a été trouvé ailleurs. Aujourd’hui, ce sont sur les collectivités locales que pèse l’effort de financement des constructions. Ainsi, quand l’Etat apporte 15 à 20 000 euros pour la construction d’un logement à Paris, la ville elle, en apporte 40 000.

131 000 logements ont donc été financés ce n’est toujours pas assez ?

Thierry Repentin : La construction massive de logements est nécessaire, il faudrait en faire au moins 150 000 par an pour enrayer en partie la crise. Il y a toujours un déficit de logements plus grave dans les zones tendues, [Là où les besoins en logement sont les plus forts comme Paris ou la Côte d’Azur, NDLR]. Et ce sont en plus dans celles-ci qu’il est plus cher et plus difficile de construire.

Oui, mais dans le même temps, de nombreux logements sont vacants dans le parc privé. Le collectif Jeudi Noir notamment, dénonce par ses actions ce problème. Que faire ?

Thierry Repentin : En effet, vous soulevez là un des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Tout d’abord, pour les logements vacants, on pourrait élargir la taxe qui existe déjà et qui a été instaurée en 1998. Celle-ci concerne les logements vacants depuis au moins deux ans (au 1er janvier de l'année d'imposition), situés dans certaines agglomérations de plus de 200 000 habitants. Elle a été mise en place dans huit agglomérations en 2000 et en 10 ans, nous avons constaté une baisse de non occupation de locaux de 50 % à 55 %. Or, dans les autres agglomérations, durant ces dix dernières années, le taux de vacance de logements a souvent augmenté ! Il y a des outils, encore faut-il les utiliser. L’idée serait donc d’élargir cette taxe aux communes ayant moins de 200 000 habitants et situé en zones tendues.

D’autres locaux vides peuvent-ils pour autant devenir des logements ?

Thierry Repentin : Oui, c’est tout à fait possible, pour une part. On peut imaginer des dispositifs fiscaux incitatifs, qui encouragent la transformation de bureaux en habitat. Ce genre de mesure pourrait d’ailleurs typiquement s’appliquer à l’immeuble vide d’Axa, non loué depuis 4 ans et qui a fait l’objet d’une occupation par le collectif Jeudi Noir. Il y a un ensemble de leviers à mettre en place.

Concernant la loi SRU [La loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000, relative à la solidarité et au renouvellement urbains, dont l’article 55 impose aux villes de disposer de 20 % de logements sociaux d’ici 2020, NDLR], pourquoi ne pas avoir établi des sanctions plus rigoureuses ?

Thierry Repentin : Cette loi, votée en 2000 et mise en place en 2001 sous le gouvernement Jospin, et qui depuis a dopé la construction, fixe l’objectif aux communes de plus de 3 500 habitants, située dans une agglomération de plus de 50 000 habitants, d’avoir, d’ici 2020, au moins 20 % de logements sociaux sur leur territoire. Il a fallu à l’époque convaincre les uns et les autres de l’intérêt de cette disposition et il est incontestable que la sanction de 330 euros par logement manquant n’est pas assez coercitive. Tant que son montant restera notablement inférieur à la subvention que doit apporter la collectivité pour permettre de construire un logement social, alors elle continuera à produire de l’exclusion. En réalité, il faudrait même élever ce quota à 25 %, et cette mesure va faire l’objet d’une proposition de loi des groupes socialistes d’ici juillet 2011, à l’assemblée nationale et au Sénat.

Propos recueillis par Nastasia Desanti - ©2016 LaVieImmo
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