Interview
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InterviewInterviewjeudi 17 mars 2011 à 13h01

"Il ne faut pas dramatiser les effets de la hausse des taux"


Sandrine Allonier, responsable des études économiques de Meilleurtaux.com
Sandrine Allonier, responsable des études économiques de Meilleurtaux.com
Sandrine Allonier, responsable des études économiques de Meilleurtaux.com (©dr)

Sandrine Allonier est responsable des études économiques de Meilleurtaux.com. A l’occasion de la publication du 13ème Observatoire du crédit immobilier du courtier, elle répond aux questions de LaVieImmo.com sur les perspectives d’évolution des taux, et les moyens de contrer une hausse visiblement durable.

(LaVieImmo.com) - La hausse des taux d’intérêt immobilier va-t-elle se poursuivre ?

Sandrine Allonier : Tout porte à croire que oui. Les banques ajustent leurs barèmes en fonction des variations de l’OAT 10 ans [Obligation assimilable du Trésor], qui a fortement remonté depuis l’été 2010 en raison de la situation budgétaire de Etats et des craintes de tensions inflationnistes. Si son taux devrait rester orienté à la hausse au cours des prochains mois, la situation internationale, notamment au Japon et dans les pays Arabes laissent planer de nombreuses incertitudes. Sur l’ensemble de l’année, nous estimons que les taux des crédits immobiliers pourraient progresser de 0,50 à 1 point au maximum, sachant qu’ils ont déjà regagné 0,20 point depuis le début de l’année.

Estimez-vous que les banques pourraient marquer une pause au printemps, qui est généralement l’une des périodes les plus actives de l’année sur les marchés de l’immobilier ?

Sandrine Allonier : Il est vrai que les banques font parfois un geste au printemps, pour essayer de capter une nouvelle clientèle. Cette année, il me semble que la situation est un peu différente, dans la mesure où toutes n’ont pas encore répercuté totalement la remontée de l’OAT. Tout au plus pourrait-on assister à une stabilisation passagère des taux. Cela étant dit, on a vu que certaines des établissements qui avaient le plus augmenté leurs barèmes fin 2010 les ont légèrement assoupli en février. Les banques n’ont pas intérêt à bloquer le marché du crédit.

Quels seront les effets de cette hausse de taux sur les emprunteurs ?

Sandrine Allonier : Il me paraît important d’insister sur le fait que, malgré cette remontée, les taux restent historiquement bas. En moyenne, un emprunteur qui s’endette sur 20 ans obtient aujourd’hui un taux de 4,10 %, contre 5,15 % en 2008 et 5,80 % en 2000. Même avec une hausse de 0,80 point d’ici la fin de l’année, le seuil des 5 % ne serait pas dépassé… La progression des taux est rapide et spectaculaire, c’est vrai, mais attention à ne pas dramatiser ses effets. Cela est d’autant plus vrai que les emprunteurs disposent de différents moyens pour contrer les effets de cette hausse de taux. Je pense bien entendu au nouveau prêt à taux zéro [le PTZ+, entré en vigueur en début d’année, NDLR], qui est disponible sans condition de ressources. Les simulations auxquelles nous nous sommes livrés dans le cadre de la préparation de notre baromètre montrent qu’un couple avec deux enfants, disposant d’un revenu annuel de 60 000 euros (et n’était donc pas éligible au PTZ classique) et d’un apport de 50 000 euros, atteint, s’il s’endette sur 20 ans pour acquérir un bien de performance énergétique moyenne en zone A, un budget total d’environ 315 250 euros, contre un peu moins de 304 500 euros il y a un an. Cela en dépit de la remontée des taux d’intérêt et de la suppression de la déductibilité des intérêts d’emprunt [mesure du plan de relance interrompue le 1er janvier 2011, NDLR]. Nos clients ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : 48 % des dossiers de crédit que nous avons montés en janvier et en février comprenaient un PTZ+, contre à peine 34 % en moyenne l’année dernière avec le prêt à taux zéro classique.

Quels sont les autres moyens pour contrer la hausse des taux ?

Sandrine Allonier : L’allongement de la durée de remboursement. L’idée peut faire peur, mais il faut s’avoir qu’en moyenne, les ménages qui ont contracté un emprunt en 2010 se sont engagés pour 19 ans, soit trois ans de moins qu’en 2008. Il y a là une marge de manœuvre pour réduire sa mensualité sans pour autant faire exploser le coût de son crédit. Enfin, il ne faut pas oublier que la loi Lagarde [loi portant réforme au crédit à la consommation, du 1er juillet 2010] permet aux emprunteurs de choisir leur propre contrat d’assurance. Or il est possible de faire baisser le coût de son assurance de 0,10 à 0,20 point en passant par une délégation d’assurance. Là encore, l’économie n’est pas négligeable.

Les courtiers ont beaucoup communiqué en 2010 sur la renégociation de crédit. Cette pratique est-elle encore d’actualité malgré la remontée des taux ?

Sandrine Allonier : La renégociation se justifie quand le taux du crédit est supérieur d’au moins 1 point au taux en vigueur. A l’heure actuelle, elle peut donc intéresser les ménages qui remboursent un emprunt souscrit entre la fin 2007 et le début de l’année 2009.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 19/03/2011 à 23:00 par Analyste

    Effectivement, rien de dramatique : très bonne nouvelle même !
    Les AI intervenant sur ce site expliquaient que "la baisse des taux compensait la hausse des prix"
    Et bien, messieurs les escrocs, maintenant faites que la baisse des prix compense la hausse des taux.

  • 0 Reco 19/03/2011 à 09:39 par Dadi

    18/03/2011 à 10:09 par Dadi: je voulais dire la demande est très très supérieur à l'offre.
    Dsl

  • 0 Reco 18/03/2011 à 16:09 par Doriandoy

    3 ans de plus pour son crédit de fait pas exploser son cout??? Pour le couple cité plus haut (celui qui gagne 60000€ / an et qui peut donc rembourser 20000€ / an) ça fait quoi 1666 * 36 mois = 60000 € ... une paille!

  • 1 Reco 18/03/2011 à 11:27 par Ghorax

    "Houlalala, vous savez, on emprunte plus que sur 19 ans en moyenne !" : bah ouais, et nos parents le faisait sur 15 et surement pas aux même prix. Je pense pas que l'inflation (par les salaires, pas importée) avance au même rythme que le prix des maisons. Ou comment une génération de 68 vole la génération suivante.

  • 0 Reco 18/03/2011 à 10:09 par Dadi

    il n'y a pas de prix surévalués! Il y a un problème de répartion des forces économiques et démographique qui créent des tension dans certains secteurs géographiques en France. Les prix ne font que suivre ce constat. Et dans les zones les plus tendues, la hausse des taux va réquilibrer la demande par rapport à l'offre en retirant un peu plus les ménages les plus pauvres du marché. De là à faire baisser les prix, ce n'est pas sur, car la demande est très très supérieure à la demande et si ça se fait ce ne sera pas pour tout de suite. Pour les autres zones (non tendues) les prix se réajustent déjà.

  • 1 Reco 17/03/2011 à 17:28 par MisterHadley

    A la lecture de l'article, ce n'est pas trop ce que ça laisse augurer...

  • 1 Reco 17/03/2011 à 17:26 par Cedric

    C'est plutot une bonne nouvelle cette histoire de remontée ! on va peut-être assister à une baisse de prix dans Paris !

  • 5 Reco 17/03/2011 à 13:12 par Friand

    On nous prend vraiment pour des pigeons... Ils cherchent à nous ruiner ces enflures !
    Ok les taux sont assez bas par rapport aux années 2000-2008 mais les prix n'ont plus rien à voir non plus (surévalués de 90 % !!!).
    Bref... non comparable. Encore du marketing pour attirer les piou-piou qui ont peur que les prix montent au ciel.


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