Interview
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InterviewInterviewmardi 5 février 2008 à 18h54

"Il ne faut pas jeter les taux révisables" (Crédit Foncier)


Des associations de consommateurs ont récemment accusé le Crédit foncier d'un défaut de conseil auprès de certains clients souscripteurs de crédits à taux variable dont les mensualités ont explosé. François Blancard, directeur général du Crédit Foncier, s’explique sur ce point dans le numéro 14 de La Vie Immobilière, disponible en kiosque.

(LaVieImmo.com) - La Vie Immobilière : Le Crédit Foncier a été accusé d’un défaut de conseil auprès de certains de ses clients à taux variables. Qu'en est-il exactement ?

François Blancard : Depuis la crise américaine des subprimes, certains clients du Crédit foncier qui ont souscrit un prêt à taux révisable peuvent connaître une hausse, et non une « explosion », de leurs mensualités, entre 2 et 10 %. C'est le résultat d'une conjoncture financière inhabituelle puisque le niveau des taux courts est plus élevé que celui des taux longs. Ce phénomène exceptionnel fait que les formules de prêts indexés sur un taux à court terme (tel l'Euribor) subissent une hausse inhabituelle, soudaine, de plus de 2 %.

La Vie Immobilière : Qu'avez-vous prévu pour ces clients ?

François Blancard : Nous avons mis en place deux mesures d'envergure mi-janvier pour sécuriser les mensualités de 150 000 de nos clients. Pour ceux détenant un prêt réglementé - prêt à l'accession sociale (PAS) ou prêt conventionné (PC) à taux révisable -, le Crédit foncier propose le plafonnement de leur taux d'intérêt. Par exemple, pour les prêts indexés sur l'Euribor, le plafonnement sera de 5,75 %. Pour les clients détenant un prêt non réglementé, nous leur proposons de bénéficier des sécurités similaires à celles, réglementaires, des prêts à l'accession sociale. Dont notamment la mesure garantissant, en cas de hausse des taux, une évolution du montant de leurs mensualités limitée à l'inflation. Toutes ces mesures sont rétroactives au 1er août 2007 pour réduire ainsi les effets de la crise.

La Vie Immobilière : Faut-il jeter les taux révisables ?

François Blancard : Les faits montrent que, sur une longue période, le prêt à taux révisable est moins cher, ce qui permet d'emprunter davantage. Il offre aussi une meilleure prise en compte des prêts aidés (prêt à taux zéro, 1 % logement...) qui, associés à des prêts complémentaires, permettent d'étaler l'échéance du client. Ces montages financiers facilitent l'accès à la propriété dans un contexte de prix immobiliers élevés et de stagnation du revenu. C'est simple : entre 1998 et 2006, le prix d'une maison a connu une hausse annuelle moyenne de 8,2 %, alors que celle du salaire net moyen a été de 0,7 %. Le taux révisable démocratise l'accession à la propriété, qui est d'ailleurs un des chantiers prioritaires du président de la République.

La Vie Immobilière : Plus généralement, après la crise américaine des subprimes, le marché français du crédit risque-t-il des difficultés similaires ?

François Blancard : Il faut se garder de confondre la situation américaine avec celle de la France. Chez nous, le marché du crédit immobilier obéit à un ensemble de règles qui portent sur les conditions de financement et d'octroi du crédit immobilier. Par exemple, la banque ne peut pas prêter à un client plus du tiers de ses revenus. Prenons aussi l'exemple de la loi Scrivener qui protège l'emprunteur, sans oublier la commission de surendettement qui traite les dossiers des emprunteurs en difficulté. Toutes ces règles sont des règles prudentielles inexistantes aux Etats-Unis ou dans nombre de pays européens.

La Vie Immobilière : Quelles sont vos prévisions 2008 concernant l'évolution des taux et la conjoncture immobilière ? Est-ce la fin d'un cycle ?

François Blancard : En 2008, les marchés immobiliers, dans le neuf comme dans l'ancien, devraient être encore soutenus par une demande structurellement forte. Les besoins en logements, évalués selon une étude Crédit foncier-université Dauphine à près de 500 000 par an, sont portés par des facteurs démographiques et sociologiques de fond : il faut tenir compte des divorces, des familles recomposées, du célibat prolongé, de l'allongement de la durée de vie. Sans oublier les nouveaux modes de vie qui favorisent l'habitat séparé et l'arrivée des non-résidents. Toutefois, dans ce contexte de marchés financiers exceptionnels, une poursuite de la hausse des taux d'intérêt pourrait stabiliser les prix sur certains secteurs ou les faire baisser dans d'autres.

La Vie Immobilière : Quelle est votre spécificité dans l'ensemble Caisse d'épargne-Nexity-Meilleurtaux ?

François Blancard : Le Crédit foncier est, depuis son origine, c'est-à-dire 1852, spécialisé dans le financement immobilier. Son expérience et son expertise lui confèrent une responsabilité sociétale qu'il met au service de l'accession à la propriété des Français, même les moins favorisés. Il dispose de toute une ingénierie financière pour tous les projets immobiliers, de l'achat de son premier logement à l'investissement locatif. Partenaire historique des opérateurs sociaux, il intervient pour le compte de Groupe Caisse d'épargne dans le financement du logement social et dans ceux des grands projets d'infrastructure des collectivités locales. Voici quelques-uns des savoir-faire qu'il met au service du groupe depuis son adossement en 1999.

Propos recueillis par Françoise Rey

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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