Interview
LaVieImmo.com
InterviewInterviewlundi 22 août 2011 à 12h45

"Il y a plus utile que jeter des gaz lacrymogènes sur les sans-abri"


Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL)
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL)
Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL) (©dr)

Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement (DAL), revient pour LaVieImmo.com sur la situation des 35 familles sans abri du square Boucicaut, dans le 7ème arrondissement de Paris. Un mois après la démission de Xavier Emmanuelli de la présidence du Samu Social, il évoque également « l'urgence sociale », et lance un appel à la grève au sein du secteur pour le samedi 3 septembre prochain.

(LaVieImmo.com) - Depuis la mi-juillet, à l’appel du DAL, des familles de sans-abri ont occupé à quatre reprises le trottoir du 24 rue de la Banque. Pourquoi des interventions d’aussi courte durée ?

Jean-Baptiste Eyraud : Ces familles, soit environ 300 personnes, sont celles qui occupent depuis la mi-juillet le square Boucicaut, à proximité de l’hôtel Matignon et des ministères. Une occupation de jour, car la Ville de Paris l’a autorisée. Sans abri, ces familles devraient être hébergées en vertu de l’obligation d’accueil inconditionnel prévu dans les textes de loi, et parce qu’elles ont été reconnues prioritaires au sens de la loi Dalo [Droit au logement opposable, NDLR]. Le secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu, a promis de les reloger. Mais il tarde… Faute d’hébergement par le 115, nous avons accueilli ces 35 ménages sans abri - dont 14 familles, avec 25 enfants - dans les bureaux de la rue de la Banque, [dans le 2ème arrondissement, où l’association a son siège social, NDLR]. Mais ces locaux ne se prêtent pas à l’accueil de personnes sans logis. C’est exigu et inconfortable. Ce n’est pas une vie pour des familles… Face à l’inertie du ministère du Logement, elles ont décidé de camper. Une première fois rue de Sèvres, à la sortie du square Boucicaut, puis devant les locaux du DAL. La police a alors réagi, et quatre fois nous avons été délogés, avec une violence bien disproportionnée au regard de la précarité des familles comme du caractère pacifique de la manifestation : ces familles ne faisaient que dormir sur le trottoir pour attirer l’attention…

Vous avez d’ailleurs porté plainte pour violence injustifiée.

Jean-Baptiste Eyraud : En début de semaine dernière, oui. Onze femmes et moi-même, au nom du DAL, nous avons déposé une plainte auprès de l’IGS [Inspection générale des services, la « police des polices », NDLR] après que la police a lâché des gaz lacrymogènes sur nos tentes. Cela s’est passé dans la nuit de samedi à dimanche 14 août, lors du troisième campement organisé devant le 24 rue de la Banque. Cinq personnes ont dû être hospitalisée, une des plaignantes souffre d’asthme, et les nourrissons qui ont aussi inhalés des gaz sont sous surveillance médicale…

La police vous a également dressé un procès verbal pour manifestation non déclarée.

Jean-Baptiste Eyraud : Oui et ce n’est pas la première fois ! Depuis deux ans et demi, la police a du nous dresser une vingtaine de PV de cette nature. C’est nouveau et cela traduit une volonté évidente de faire disparaître tout « visibilité » des campements de sans abris, véritables révélateurs de l’inefficacité et de l’injustice des politiques du logement. Jusque là, et pendant 18 ans [le DAL existe depuis 1990, NDLR], nous conduisions nos actions sans jamais être inquiétés. Nous demandons s’il ne s’agit pas au fond d’une stratégie d’intimidation. En effet, pour l’instant il n’y a pas eu de suites judiciaires… S’il s’agit de respecter la loi, il faudrait commencer par appliquer la loi Dalo et reloger les familles sans abri, obligation prévue dans les articles L 345-2 et suites du code de l’action sociale. Ce serait certainement plus efficace que de dresser des procès verbaux et envoyer des gaz lacrymogènes sur personnes vulnérables et sans défense !

Que comptez-vous faire dans les prochains jours ?

Jean-Baptiste Eyraud : Continuer de lutter contre le mal-logement ! A la mi-juillet, nous avons constitué le collectif « Urgence un toit !», qui se réunit tous les lundi et regroupe à la fois des travailleurs sociaux de l’urgence, des collectifs de mal-logées ou de sans abri, et des sympathisants parmi des associations humanitaires ou de défense des droits (Médecins du Monde, Secours Catholique, Ligue des droits de l’homme, Emmaüs…). Tous les samedi, à 14h nous organisons une marche qui part de la passerelle Léopold Senghor, dans le 7ème arrondissement, qui passe devant le ministère du Logement, pour exprimer notre désarroi face à l’inertie du gouvernement. Ces marches sont évidemment ouvertes à tous, et le mouvement commence à prendre de l’ampleur. Un appel à la grève au sein du secteur de l’urgence sociale, est lancé pour le samedi 3 septembre, ainsi que des manifestations. A Paris la manifestation commencera à 14h, au square Boucicaut, à la sortie du métro Sèvre Babylone.

Que demandez-vous exactement ?

Jean-Baptiste Eyraud : Tout d’abord l’application des lois, c’est à dire le respect de l’obligation d’accueil inconditionnel de toute personne sans logement, et le déblocage des budgets nécessaires à leur prise en charge, car ceux ci ont été revus à la baisse de 30 % malgré l’aggravation de la crise. Nous demandons toujours, et depuis plusieurs mois maintenant, l’application de la loi Dalo, et l’arrêt des expulsions sans solution de relogement préalable. Plus généralement, nous demandons à Benoist Apparu de mettre sur pied un plan d’urgence, notamment la mobilisation de logements, de locaux, de bureaux, trop nombreux dans nos villes, afin d’y loger les sans abri. Il doit faire le nécessaire pour que les grandes sociétés qui ont des biens immobiliers vacants, notamment à Paris, les mettent à disposition des sans logis. Ce ne sont pas les mètres carrés disponibles qui manquent, à défaut d’appliquer la loi de réquisition, le gouvernement pourrait les négocier en échange des cadeaux fiscaux et financiers octroyés à ces compagnies et aux investisseurs depuis plusieurs années.…

Comptez-vous sur l’approche de l’élection présidentielle pour vous faire entendre ?

Jean-Baptiste Eyraud : Compte tenu de l’ampleur de la crise du logement et la détresse des milliers de personnes sans abri ou mal-logées, la question pourrait venir au centre des débats électoraux. Mais attention : si le logement en général et le mal logement en particulier font d’excellents thèmes de campagne, beaucoup d’engagements ne sont pas tenus. Personne n’a oublié, je pense, celui pris en 2007 par Nicolas Sarkozy, qui promettait que plus personne ne dormirait dans la rue en 2009… Il n’y a jamais eu autant de sans abri qu’à l’heure actuelle…C’est triste.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 23/08/2011 à 13:13 par Bergossi

    Ps: saviez vous qu'on fait du scellier et du ptz+ dans des zones industrielles ??!? On vous vend ça "proche aéroport, gare ou même campus... La honte .

  • 0 Reco 23/08/2011 à 13:02 par Bergossi

    = 4 millions de mal logés

  • 0 Reco 23/08/2011 à 13:01 par Bergossi

    Spéculation + hausse démesurée des prix de l'immobilier + inflation + realpolitik de merde + concentration doligarques dans la capitale = situation actuelle.

  • 1 Reco 22/08/2011 à 19:39 par MisterHadley

    "existe depuis 1990"

    21 ans d'inefficacité totale dans "leur combat", subventionné sur fonds publics...

    Quand est-ce que ces "associations" arrêteront de faire de la misère humaine leur business pour "exister" elles-mêmes..?

    Quand est-ce que leurs "leaders" arrêteront de politiser à outrance et partialement "leur combat" afin de ne s'assurer que d'une "reconversion" par l'octroi d'un siège "d'élu" quelque part, également payé sur fonds publics..?

    Au bout de toutes ces années de "combats", quels résultats, sinon celui donné dans la conclusion de cette interview, à savoir "il n'y a jamais eu autant de sans abri qu'à l'heure actuelle"...

    Tsss...

    Message édité 22/08/2011 à 19:40

  • 0 Reco 22/08/2011 à 19:02 par oncdonald

    @barbedur
    Le Dal est chez lui rue de la Banque. Il occupe les lieux dans le cadre d'une convention de bail précaire passée en 2007 avec Paris Habitat.
    Vous devez confondre avec Jeudi Noir...
    Cela étant dit, quand on voit la détresse de ces familles sans abri, on ne peut que comprendre qu'ils en arrivent à faire des sit ins dans la rue...
    Je suis de tout coeur avec M Eyraud

  • 1 Reco 22/08/2011 à 18:03 par barbedur

    en même temps il y a moins agressif que d'occuper des lieux. D'autres actions plus "soft" pourraient être envisagées plutôt que ces actions qui impliquent de forcer des portes et prendre possession d'un lieu qui appartient à autrui.


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