Interview
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InterviewInterviewmercredi 19 juin 2013 à 09h43

Immobilier : "Il est temps que les professionnels se remettent en question"


Henry Buzy-Cazaux, président de l'IMSI
Henry Buzy-Cazaux, président de l'IMSI
Henry Buzy-Cazaux, président de l'IMSI (©dr)

Entretien avec Henry Buzy-Cazaux, président de l'Institut du management des services immobiliers (IMSI). Ancien dirigeant des groupes Foncia et Tagerim, délégué général de la Fnaim de 2008 à 2009, cet observateur averti du secteur immobilier ne cache pas son étonnement face à la réaction « parfois excessive » de ses « anciens confrères » après la présentation des premières mesures du projet de loi pour l’« accès au logement et un urbanisme rénové » (ALUR).

(LaVieImmo.com) - Les représentants des professionnels de l’immobilier ont tous réagi assez vivement à l’annonce des mesures du projet de loi Duflot. Que vous inspire le texte ?

Henry Buzy-Cazaux : J’ai été étonné, précisément, par l’étonnement de mes anciens confrères. Ces mesures ne sont pas nées la semaine dernière de l’imagination de Cécile Duflot : elles sont issues d’une réflexion qui se nourrit depuis une dizaine d’années et que les représentants des professions immobilières ne peuvent ignorer, quand ils n’y ont pas eux-mêmes pris part. Je pense notamment à l’obligation pour les copropriétés de détenir un compte séparé, qui est réclamée depuis plusieurs années par les associations de copropriétaires et que Michèle Alliot-Marie, du temps où elle était ministre de la Justice, avait tenté d’instaurer. Quand j’étais délégué général de la Fnaim, le cabinet de Luc Chatel [alors secrétaire d’Etat chargé de la Consommation, ndlr] m’avait contacté dans le cadre d’une réflexion sur l’affichage des honoraires des agences immobilières. La question de la normalisation et du coût de l’état des lieux locatif est, elle-aussi, récurrente depuis une vingtaine d’années. Je trouve qu’il y a une certaine fausse naïveté de la part des professionnels qui font mine de s’offusquer d’un projet de loi qui serait un prurit socialiste alors qu’il est l’aboutissement d’un mouvement de fond. Que je sache, ni Michèle Alliot-Marie ni Luc Chatel ne sont au PS !

Justement, ces mesures, qui avaient déjà été condamnées à l’époque par les professions immobilières, n’ont pas abouti. Pensez-vous qu’elles pourraient échouer de nouveau ?

Henry Buzy-Cazaux : Je ne le pense pas, non. Des aménagements pourraient être apportés avant la présentation du projet de loi en Conseil des ministres [le 26 juin, ndlr] ou au cours de l’examen parlementaire mais dans ses grandes lignes, le texte devrait rester le même. D’une part parce que la réflexion sur la nécessaire moralisation des professions immobilières dont il est issu, auquel les fédérations immobilières elles-mêmes souscrivent, est menée depuis trop longtemps maintenant pour ne pas aboutir. Mais aussi parce que les mesures qu’il contient trouvent un large écho largement auprès du grand public. Y compris celles qui sont décriées par les professionnels.

Des professionnels qui reprochent justement au ministère de mettre l’accent sur des abus qui seraient le fait d’une minorité, et partant de jeter le discrédit sur le métier…

Henry Buzy-Cazaux : Il s’agit en effet d’une minorité. Mais au lieu de reprocher à la ministre du Logement de prendre une décision contraire aux intérêts de la profession, il me semble que ses représentants devraient se demander pourquoi ils ne sont pas parvenus à faire eux-mêmes le nécessaire pour empêcher plus tôt le développement de certaines pratiques. Il n’est pas normal, par exemple, que des agences facturent jusqu’à deux mois de loyer à des locataires au moment d’une prise à bail ; pas normal non plus qu’un vendeur en arrive à payer 50 ou 60 000 euros de frais d’agence. Alors bien sûr il y a quelque chose de vexatoire dans le fait d’imposer l’affichage en vitrine des honoraires en valeur absolue… Ce projet de loi devrait être l’occasion d’entamer une véritable remise en question, de se demander pourquoi les efforts n’ont pas été consentis au bon moment pour condamner en interne les brebis galeuses, mais aussi de réfléchir sur les modèles économiques en vigueur, vieux pour la plupart d’une cinquantaine d’années.

N’êtes-vous pas un peu dur ? En 2011, la Fédération nationale de l’immobilier (Fnaim) et l’Union des syndicats de l’immobilier (Unis) ont publié leur livre blanc, qui proposait notamment d’instaurer un code de déontologie applicable à l’ensemble de la profession…

Henry Buzy-Cazaux : Le Livre blanc a marqué une avancée considérable dans la prise de conscience de ces abus, mais il est arrivé beaucoup trop tard – près de quatre ans après le rapport de la DGCCRF [Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, ndlr] sur l’existence de « pratiques commerciales abusives ou anticoncurrentielles » dans le secteur l’immobilier. Il aurait fallu réagir plus vite. Sans compter que si le document avait bien été cosigné à l’époque par la Fnaim et l’Unis, le SNPI [Syndicat national des professionnels immobiliers, ndlr], lui, s’était tenu à l’écart…

Depuis la présentation du projet à la presse, les discussions ont repris entre les services de Cécile Duflot et les représentants des professions immobilières. Vous évoquiez de possibles « aménagements ». Quels points pourraient selon vous être modifiés ?

Henry Buzy-Cazaux : Si aménagements il y a, ils seront vraisemblablement minimes. Je pense sincèrement que la plupart des mesures contenues dans le plan ne peuvent et ne seront pas modifiées. D’autres en revanche gagneraient à être améliorées, comme les honoraires d’agence dans le cadre d’une location comme d’une vente. Il est erroné de considérer qu’un agent immobilier ne rend pas service au locataire autant qu’au propriétaire, ou à l’acheteur autant qu’au vendeur. La question de la rémunération de ces services mérite, je pense, d’être mieux posée – à condition que ce soit dans le calme.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 02/07/2013 à 14:42 par IMREP

    Les honoraires des AI doivent rester libres comme dans tous les secteurs de l'économie. L'Immobilier est un domaine extrêmement concurrentiel. Il ne bénéficie d'aucun monopole comme celui des notaires. C'est la concurrence, la qualité de l'intervenant et les moyens mis en oeuvre qui régulent le marché. Les propos de Henry Buzy-Cazaux me désolent. Faisons le bon diagnostic, ce ne sont pas les honoraires des AI qui font le marché. C'est la cacophonie du nombre d'intervenants "touche à tout" qui maîtrisent mal la relation "clients" et les particuliers qui veulent tout faire par eux-mêmes qui sont responsables de cette impression de malaise qui finalement discrimine l'AI professionnel. Les vendeurs de listes qui ont été assimilés à nous sont en grande parties responsable de cette situation. Laissons les vrais AI, travailler dans un cadre sain et surtout ne touchons pas à la liberté du commerce..

  • 1 Reco 20/06/2013 à 14:32 par MisterHadley

    Il serait surtout temps que le web passe en 3.0, non..?

    :D

  • 2 Reco 20/06/2013 à 14:20 par Fredb

    ...et par dessus tout cela, il serait également temps que la communication des prix en matière d'immobilier soit établie par un vrai organisme indépendant. Ras le bol des comm manipulé par les notaires, les agences, qui sont tous des intervenants ayant un intérêt dans la hausse du marché....

    A quand une base publique des transactions, chacun pourrait se faire une idée précise de quelle qualité, quelle surface se vend et à quel prix par quartier...

    Il est vraiment temps de passer à l'immobilier 2.0!

  • 1 Reco 19/06/2013 à 13:56 par marc19

    Plafonnement à 4 % les coms , obligation de mentionner les coms en euros sur toute annonce ou publicité..............c e serait déjà un bon début .

  • 1 Reco 19/06/2013 à 11:17 par Fredb

    Discours qui va dans le bon sens, mais au vu du dernier baromètre de confiance des Français envers les agents immobiliers, la profession n'a plus le choix et la tâche sera rude et longue tant les excès du passé ont été nombreux. D'ailleurs, les grands patrons de l'immo n'ont toujours pas bonchés...

    L'immobilier des dix dernières années a ramené un bon lot d'opportunistes. La crise aura au moins l'avantage de purger certains excès naturellement....

  • 0 Reco 19/06/2013 à 10:10 par antoine

    je dirais plutot qu'il est déjà trop tard pour eux qu'ils le fassent: impossible de remonter la pente de la crédibilité

    ahahhahahhaha


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