Interview
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InterviewInterviewjeudi 27 mars 2008 à 16h26

Immobilier : "Les beaux jours des vendeurs sont derrière eux"


(LaVieImmo.com) - Nommé à la tête du réseau Century 21 France l’année dernière, Hervé Bléry dresse pour La Vie Immobilière le bilan de santé du marché immobilier français. Cette interview est publiée dans le numéro 16 du magazine La Vie Immobilière, disponible en kiosque le samedi 29 mars 2008.

La Vie Immobilière : Quel est votre sentiment sur l’évolution du marché ?

Hervé Bléry : Cette année devrait connaître une stabilisation des prix, avec de fortes disparités régionales qui pourraient s’inscrire entre +5 et –5%. En haut de la fourchette, Paris continuera d’augmenter. Janvier et février ont déjà enregistré une correction. Les délais de vente se sont allongés : ils s’inscrivent à 94 jours pour les maisons et 84 jours pour les appartements, contre respectivement 90 et 77 jours au dernier trimestre 2007.

Les marges de négociation, c’est-à-dire l’écart entre les prix affichés et les prix de vente, progressent également, à 4.39%, contre 3.78% au quatrième trimestre 2007. Quant aux prix, ils marquent un recul de 0.23% pour les maisons et de 1.6% pour les appartements, toujours par rapport au quatrième trimestre. Nous sommes dans une phase d’ajustement à la baisse qui devrait durer jusqu’à trois à quatre ans. Mais je ne suis pas inquiet : sur une longue période, on retrouvera une progression des prix parallèle à celle de l’inflation.

La Vie Immobilière : Dans cette conjoncture incertaine, qui sont les gagnants et les perdants ?

Hervé Bléry : Les primo-accédants, ceux qui achètent pour la première fois, souffrent de la diminution de leur pouvoir d’achat et sont évidemment de moins en moins nombreux à pouvoir se lancer dans une acquisition. Mais la clientèle qui vend un bien pour en racheter un autre, avec donc une bonne solvabilité, est de plus en plus active. Ces transactions dites de confort – elles sont destinées à adapter le logement à la famille, plus petit ou plus grand, plus près du travail, ou plus loin en prévision de la retraite – soutiennent le dynamisme de la demande. Hier encore, avec une conjoncture haussière, il valait mieux acheter avant de revendre mais la première étape était difficile à réaliser car l’offre était rare et chère.

Aujourd’hui, dans un contexte baissier, il vaut mieux vendre avant d’acheter. Quand un bien est au prix du marché, il trouve un acquéreur. Ce n’est pas le cas quand il est surévalué. Les beaux jours des vendeurs sont derrière eux. Le marché est redevenu favorable aux acquéreurs à condition que les taux de crédit ne repartent pas à la hausse.

La Vie Immobilière : Qu’en est-il de l’investissement locatif, qui souffre dans les villes moyennes, notamment ?

Hervé Bléry : Nos statistiques montrent qu’en 2007 la part de marché a encore légèrement progressé pour l’investissement locatif. Dans certaines villes, l’offre est aujourd’hui trop abondante. Les acquéreurs sont devenus prudents. Ils espèrent investir à un meilleur prix demain, d’autant que les mesures que vient de prendre le gouvernement pour protéger les locataires ont de quoi doucher les enthousiasmes. La réduction du dépôt de garantie, qui passe de deux à un mois de loyer, est pénalisante pour les propriétaires, qui doivent déjà faire face à des procédures longues et incertaines pour obtenir le paiement des loyers de la part des locataires défaillants. Comme ce sont les particuliers avec un patrimoine moyen de 1,8 appartement par investisseur qui assurent les trois quarts de l’offre du parc locatif, tout effet d’annonce qui inquiète les propriétaires se retourne à terme contre les locataires.

La Vie Immobilière : Le nombre des agences immobilières est-il aujourd’hui trop élevé ?

Hervé Bléry : Contrairement à ce que certains pensent, une agence n’a pas une rentabilité élevée. Le taux de commission de Century 21 s’affiche à 4.82% en moyenne nationale. C’est relativement bas. Au-dessous, j’estime que nous ne pouvons offrir un service de qualité. La structure même de la rémunération des professionnels est injuste car elle est liée à la signature définitive. Nous réalisons en moyenne une vente tous les cinq mandats. Pour les quatre mandats qui n’ont pas abouti, nous ne sommes pas rémunérés, quels que soient les efforts réalisés. Une rémunération à l’acte serait plus logique. Mais un marché qui se durcit permet de faire le tri entre les bons professionnels et les autres. Les réseaux organisés ont de réelles opportunités de conquête de part de marché à condition de miser sur la formation des collaborateurs. Nos métiers vont continuer d’évoluer sous l’effet de la multiplication des réglementations, des attentes des consommateurs et des nouvelles technologies. L’agent immobilier ne pourra pas se contenter d’une simple activité d’intermédiation, il devra devenir un accompagnateur de projet.

Propos recueillis par Françoise Rey

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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