Interview
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InterviewInterviewjeudi 23 juin 2011 à 18h48

J-P. Huchon : "Une autre politique de l'hébergement est possible"


Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France
Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France
Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France (©dr)

Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d'Île-de-France, est l’un des cosignataires du Manifeste pour une autre politique de l’hébergement en Île-de-France, présenté jeudi à Paris*. Pour LaVieImmo.com, il détaille les demandes et propositions adressées au gouvernement, dont la politique en matière de logement des plus démunis est jugée « irresponsable ».

(LaVieImmo.com) - Quel est l’objectif du manifeste ?

Jean-Paul Huchon : La crise économique et le niveau élevé des loyers alimentent les phénomènes de grande pauvreté. Or nous constatons dans notre Région que cette obligation d’accueil inconditionnel des sans abri n’est plus mis en œuvre par l’Etat. Par ce manifeste nous dénonçons l’attitude de L’Etat qui a le devoir et l’obligation légale de proposer à toute personne en errance une mise à l’abri immédiate avec un suivi social et sanitaire adapté à chaque situation. A la place de quoi L’Etat ferme massivement des places d’hébergement, alors qu’il manque près de 13 000 places en Île-de-France !

Nous demandons par ailleurs à l’Etat, dont c’est la mission, de rééquilibrer l’offre d’accueil à l’échelle métropolitaine. D’ailleurs la Région, dans sa nouvelle politique d’action sociale, a prévu une majoration financière de ses subventions dans les départements déficitaires par rapport à la moyenne régionale. Dans cette perspective, il est urgent de solliciter fortement les collectivités qui ne respectent pas la loi SRU ou l’obligation de posséder une place d’hébergement pour 1000 habitants. Nous demandons une meilleure régulation des flux de populations entre les territoires, par une réforme de la gouvernance des politiques de logement et de lutte contre l’exclusion en Île-de-France, devenue archaïque, en associant toutes les collectivités locales volontaires.

Enfin, nous demandons un moratoire sur les fermetures de places d’hébergement et le rétablissement des crédits d’urgence dédiés aux 115 et au Samu Social.

Quelles mesures prônez-vous pour une meilleure politique du logement en Île-de-France ?

Jean-Paul Huchon : Nous faisons du logement une priorité du bouclier social pour les Franciliens. Parallèlement au soutien à la création de places d’hébergement d’urgence, la Région aide notamment à la création de logements sociaux. Notre objectif est de porter à 30 % la part de logements sociaux dans le parc francilien comme le préconise le Schéma directeur (SDRIF). De 2004 à 2010, nous avons déjà soutenu la création et la rénovation de 240 000 logements sociaux. Et, en 2011, la Région consacre, hors compétence, 160 millions d’euros pour la construction de logements sociaux. Au total, nous allons investir 1 milliard d’euros sur la mandature en faveur du logement. Enfin, nous prônons la mobilisation d’un plan d’urgence pour le logement social et la création d’une autorité organisatrice du logement, qui réunirait tous les partenaires dans la perspective de construire plus de logements adaptés aux ressources des Franciliens.

Vous dites que « l’Etat ferme plusieurs milliers de places d’hébergement, baisse les budgets des associations de solidarité et ordonne la remise à la rue des personnes hébergées sans alternative ». Quelle(s) alternative(s) ?

Jean-Paul Huchon : Par le biais de ce manifeste et pour répondre à la crise de l’hébergement et de l’accès au logement des plus démunis nous mettons au débat six propositions :

  • -engager une nouvelle gouvernance régionale des 115 et du Samu Social sous l’autorité de l’Etat afin de : « désengorger » le numéro d’appel 115, répartir de manière équilibrée les demandes de domiciliation administrative (sans-abri et demandeurs d’asile), mutualiser les capacités d’accueil des hôtels sociaux en maîtrisant le coût des nuitées, favoriser la scolarisation des enfants des familles hébergées et assurer un suivi social permettant à terme une sortie en logement ;
  • -développer l’accès aux droits des demandeurs d’asile en créant des places en CADA et de 2 nouvelles plateformes de domiciliation dans l’ouest parisien ;
  • -suspendre les expulsions locatives pour les locataires de bonne foi ayant une dette locative et qui n’ont pas de solution de relogement ;
  • -aider les familles à sortir des centres d’hébergement et des hôtels par le développement de « Solibail » en région, ou « Louez solidaire » à Paris ;
  • -créer une mission métropolitaine de résorption des campements de personnes roms, présidée par le Préfet de Région et associant les collectivités locales concernées ;
  • -mettre en œuvre une plateforme d’accueil et de protection des mineurs étrangers isolés en situation d’errance par le Ministère de la Justice et la création d’un Fonds d’intervention de l’Etat destiné aux départements les plus concernés par l’accueil de ces jeunes

Par ailleurs la Région n’as pas attendu ce manifeste pour agir. En effet, dans le cadre de sa politique en faveur des populations les plus précaires, la Région investit fortement pour améliorer les conditions d’accueil, de prise en charge, d’accompagnement et d’hébergement des personnes sans abri.

La Région soutient aussi les centres d’hébergement d’urgence (CHU), les centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), ainsi que les résidences sociales et les maisons-relais. D’ailleurs, dans son budget 2011 la Région Île-de-France investit 8,4 millions d'euros en faveur de l’hébergement d’urgence pour les personnes en situation d’exclusion. Ce budget va notamment permettre la création de plus de quatre cents places.

Faut-il renforcer le dispositif Dalo (Droit au logement opposable), dépeint par certains comme inefficace et dont le secrétaire d’Etat au Logement a convenu lui-même qu'il était « insuffisant » ?

Jean-Paul Huchon : Deux tiers des dossiers de demandes Dalo sont déposés en Île-de-France. « L’Etat ne peut pas rester hors la loi », comme le titre le rapport du Comité de suivi de la mise en œuvre du Dalo dans son dernier rapport. Il est urgent que l’Etat mobilise davantage de moyens pour construire plus de logements abordables pour tous ces ménages prioritaires, tout particulièrement dans les communes qui refusent de construire du logement social, encore trop nombreuses dans notre région.

Quel crédit apportez-vous au combat de collectifs comme Jeudi Noir, qui s'inscrivent contre le mal-logement en occupant des immeubles inhabités ?

Jean-Paul Huchon : La Région soutient jeudi Noir car ce collectif fait bouger les lignes. Il est aberrant de voir des centaines de mètres carrés inhabités en plein cœur de Paris comme c’est le cas place des Vosges ou avenue Matignon, dans le huitième arrondissement. Il ne faut pas oublier que l’Île-de-France compte aujourd’hui 406 000 demandeurs de logement social. D’ailleurs, dans notre nouvelle politique en faveur du logement social, votée en février dernier, nous avons décidé de soutenir les opérateurs qui convertissent les immeubles de bureaux et d’activités en logements sociaux.

On a beaucoup reparlé des « marchands de sommeil » après le drame de Montreuil. Comment lutter contre ce fléau ?

Jean-Paul Huchon : Ces logements sont de véritables pièges pour des familles démunies et désemparées, contraintes de louer à prix d’or un logement indigne. Ce phénomène se développe tout particulièrement dans les copropriétés dégradées, qui sont un problème très francilien. La lutte contre les marchands de sommeil est complexe, difficile, elle requiert l’énergie et la collaboration de tous : Etat, juge, municipalité, collectivités locales, syndics de copropriétaires, services sociaux, etc. Mais l’approche répressive ne suffit pas : ensuite, il est essentiel d’offrir aux familles un relogement rapide et adapté, avec l’aide des bailleurs sociaux notamment. La Région a fait le choix d’investir 10 millions d’euros en 2011 pour lutter contre l’habitat indigne et insalubre.

*Manifeste pour une autre politique de l'hébergement et du logement en Île-de-France, signé par Bertrand Delanoë, maire de Paris, Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Christian Favier, président du Conseil général du Val-de-Marne, et Jean-Paul Huchon, président de la Région Île-de-France, plusieurs élus de la région, et les associations de solidarité (Fondation abbé Pierre, Emmaüs, Médecins du Monde, Croix-Rouge, France Terre d'Asile, FNARS...)

Propos recueillis par Léo Monégier et Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 24/06/2011 à 09:25 par Ré-Mond

    Va bene, et un encadrement des prix de l'immo?

  • 2 Reco 23/06/2011 à 19:06 par MisterHadley

    Commençons déjà par "inviter" les "riches" à libérer ces quelques dizaines de milliers de logements HLM indument occupés par ces derniers, ce sera un bon début...


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