Interview
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InterviewInterviewmercredi 10 septembre 2008 à 11h32

"L'ajustement du marché immobilier sera beaucoup plus marqué que prévu"


(©©dr)

(LaVieImmo.com) - D’ordinaire plutôt mesurés, les Notaires de France ont créé la surprise en annonçant dans leur dernière note de conjoncture que la baisse des volumes de transactions dans l’immobilier ancien était « supérieure à ce qui est annoncé par les médias » (cliquez ici). Pierre Bazaille, président de l’Institut notarial de l’immobilier, fait le point pour Lavieimmo.com sur l’état de santé du marché, et sur ses perspectives peu rassurantes.

Lavieimmo.com : La dernière note de conjoncture du Conseil supérieur du notariat dresse un diagnostic plus inquiétant qu’à l’accoutumée du marché immobilier. La situation s’est-elle à ce point dégradée au cours des derniers mois ?

Pierre Bazaille : Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne s’est pas améliorée… Les données dont nous disposons à l’heure actuelle font état d’une baisse très nette du nombre de transactions dans l’immobilier ancien au premier semestre, de l’ordre de 25% en comparaison annuelle. Bien sûr, il nous faudra encore attendre quelques semaines avant de pouvoir évaluer avec précision l’ampleur du repli. Néanmoins, nous sommes d’ores et déjà en mesure d’affirmer que l’ajustement sera beaucoup plus marqué que ne le laissaient présager nos précédentes estimations. C’est pourquoi nous avons choisi de communiquer au plus vite.

Lavieimmo.com : En 2007, un rebond des volumes au second semestre avait permis de compenser le ralentissement des six premiers mois. Ce scénario peut-il se reproduire cette année ?

Pierre Bazaille : Un rebond n’est bien évidemment pas à exclure, d’autant que les derniers mois de l’année sont généralement propices aux transactions immobilières. Pourtant, je doute que ce rattrapage permette de compenser une faiblesse de l’activité aussi marquée que celle que nous avons constatée au cours des six premiers mois de l’année. Avec une baisse de 25%, les volumes de transactions sont revenus à leur niveau des années 1993-1994… Il faudrait un rebond vraiment phénoménal pour effacer une telle baisse.

Lavieimmo.com : En termes de prix, vous observez « une stabilité voire une légère baisse » sur l’ensemble des grandes métropoles ». Toujours pas de baisse ?

Pierre Bazaille : Pour ne rien vous cacher, je suis le premier étonné par cette résistance… Au printemps, nous envisagions un mouvement de baisse des prix, principalement pour les biens les plus chers. Contre toute attente, les données préliminaires du premier semestre montrent que les prix ont résisté dans toutes les catégories de biens, des plus abordables aux plus chers. Bien noter cependant que notre étude porte essentiellement sur les transactions réalisées dans les grandes métropoles, pas dans les zones périphériques qui sont évidemment plus directement touchées par le ralentissement du marché. Nous avons prévu de publier une note plus complète au mois d’octobre, qui inclura les données recueillies dans les premières couronnes de ces grandes métropoles, avant de faire un point sur la situation l’ensemble du territoire un peu plus tard dans l’année.

Lavieimmo.com : Quelle est la tendance dans l’immobilier neuf ?

Pierre Bazaille : Les chiffres des mises en chantier que le ministère de l’Equipement a publié à la fin du mois dernier ne laissent guère de doute sur la situation de l’immobilier neuf, même si certaines régions résistent mieux que d’autres. Une fois de plus, ça n’est pas dans les grandes métropoles de province que la situation est la plus critique, mais dans les zones et dans les villes de province de moyenne importance. Dans certaines villes, on a construit beaucoup plus de logements qu’il n’était nécessaire, et les promoteurs sont obligés de revoir leurs prix à la baisse. Tant que cette baisse de prix se fait dans une logique économique, on peut estimer que le risque reste minime. Mais dès lors qu’un promoteur n’est plus en mesure d’assurer son activité et qu’un liquidateur judiciaire est chargé d’écouler ses stocks, on peut craindre un effet de contagion… Nous n’avons pas encore assez de lisibilité pour nous permettre un diagnostic plus précis, mais les craintes sont tangibles.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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