Interview
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InterviewInterviewvendredi 23 avril 2010 à 11h10

"L'Etat doit faire plus contre la vacance immobilière"


Manuel Domergue
Manuel Domergue
Manuel Domergue (©dr)

Manuel Domergue, un des porte-parole du collectif Jeudi Noir, revient pour LaVieImmo.com sur l’occupation, par une trentaine de membres de l’association, d’un hôtel particulier de la place des Vosges, dans le quatrième arrondissement de Paris.

(LaVieImmo.com) - La justice a ordonné l’expulsion des occupants le 18 janvier dernier. Plus de trois mois plus tard, où en est la situation ?

Manuel Domergue : Les habitants sont toujours sur place, et ils n’ont aucunement l’intention de partir. Jeudi Noir dénonce la vacance immobilière. Quitter les lieux maintenant, alors que ce bâtiment de 1 300 mètres carrés habitables, en plein cœur de Paris, est à l’abandon depuis plus de quarante ans et que sa propriétaire ne veut ni le louer ni le vendre, cela n’aurait absolument aucun sens.

Même si c’est au détriment du droit de propriété ?

Manuel Domergue : En France, deux droits s’opposent : le droit à la propriété d’une part, qui est un droit constitutionnel, et le droit au logement de l’autre, qui a été reconnu en 1995 par le Conseil constitutionnel comme « un droit à valeur constitutionnelle ». Arbitrer en faveur du premier droit revient à reconnaître celui des propriétaires à ne pas utiliser leur propriété. Etant donné l’ampleur de la crise du logement, ce choix n’est pas sans conséquence.

Que demandez-vous ?

Manuel Domergue : Le but des opérations d’occupation d’immeubles que nous menons et d’alerter l’opinion et les pouvoirs publics sur la gravité de la situation. Selon l’Insee, la France compte actuellement plus de 2 millions de logements inoccupés. On ne dispose d’aucun chiffre précis, mais on estime que les deux tiers sont en vacance structurelle, c'est-à-dire qu’ils sont laissés vacants depuis plusieurs années. Il est impératif que l’Etat fasse pression sur les propriétaires pour les inciter à vendre ou louer leurs biens, au besoin en les réquisitionnant. Dans le cas précis de la place des Vosges, nous demandons la preuve tangible que les travaux entrepris il y a quelques années seront poursuivis, éventuellement avec le soutien de fonds publics, en vue de l’accueil de locataires. Nous quitterons les lieux dès que nous aurons cette assurance, comme nous l’avons fait à l’automne 2009 pour les locaux que nous occupions passage de la Bonne Graine, dans le 11ème arrondissement de Paris.

Quels risquent encourent les occupants de l’hôtel de la place des Vosges ?

Manuel Domergue : Fin janvier, le tribunal d’instance du 5ème arrondissement de Paris les a condamnés à 3 400 euros mensuels d’indemnités pour les trois premiers mois passés sur place, ainsi qu’à 25 000 euros par mois supplémentaire. Nous sommes fin avril, on dépasse donc les 75 000 euros. Une somme que les habitants ne sont bien évidemment pas en mesure de payer. Fin mars, 6 000 euros ont été prélevés sur leurs comptes. On parle de quelques milliers d’euros saisis sur le compte de jeunes en situation précaire, reversés à une millionnaire de 87 ans... On marche sur la tête !

Nous avons fait appel de la décision rendue fin janvier et demandons l’abandon des charges retenues contre les occupants, en même temps que leur relogement Nous espérons être entendus, même si deux médiations, lancées l’une par la mairie de Paris et l’autre par le député UMP Etienne Pinte, n’ont pas abouti. Le dossier est devenu très politique mais nous ne désespérons pas de parvenir à une sortie par le haut.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 27/04/2010 à 14:29 par lapoliss

    oui, mais dans la mesure où les gens ne peuvent pas se loger, il est effectivement un peu rageant que cet immeuble soit laissé à l'abandon depuis plus de 40 ans

  • 0 Reco 23/04/2010 à 20:26 par MisterHadley

    Le simple fait de bafouer les lois, de s'essuyer copieusement sur un droit fondamental comme celui de la propriété, acquis au bon peuple lors de la Révolution, aura DEFINITIVEMENT grillé ce "collectif"...

    Etre propriétaire veut dire détenir, toute personne qui détient donc une chose dont elle aura la propriété utilise donc bel et bien son droit à la propriété.

    ;)

  • 0 Reco 23/04/2010 à 17:35 par lapoliss

    ils demandent pas à loger là bas, c'est pour faire bouger les choses

  • 0 Reco 23/04/2010 à 15:33 par Ghorax

    Loger gratuitement Place Des Vosges, c'est plus du domaine de la réquisition stalinienne que de la revendication réaliste.

  • 0 Reco 23/04/2010 à 14:37 par lapoliss

    la faute de goût c'est plutôt de laisser 1000m² de logements inutilisés ! pour le symbole, moi je dis bravo !

  • 0 Reco 23/04/2010 à 14:29 par Ronan

    Au contraire, les squatteur prouvent qu'ils préfèrent les quartiers historiques !

  • 0 Reco 23/04/2010 à 14:27 par Ghorax

    M'enfin, choisir la Place des Vosges comme symbole du manque de logement, c'est un peu une faute de goùt.


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