Interview
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InterviewInterviewlundi 23 août 2010 à 08h51

"L'Etat est responsable du problème des itinérants"


Laurent El Ghozi
Laurent El Ghozi
Laurent El Ghozi (©dr)

Laurent El Ghozi est président de la Fédération nationale des associations solidaires des tsiganes (FNASAT) ainsi que de l’Association de soutien et d’aide aux gens du voyage (ASAV). Il est par ailleurs membre du comité consultatif de la HALDE. Dans une période trouble où se mêlent idées reçues sur les itinérants de toutes sortes et vrais problèmes de sociétés liés à leur installation dans les communes, il revient pour LaVieImmo.com sur une question qu'il est important « de ne pas ethniciser ».

(LaVieImmo.com) - Le gouvernement a décidé de procéder au démantèlement progressif de « 300 camps illégaux » de personnes itinérantes. Qu’en pensez-vous ?

Laurent El Ghozi : Je ne saurais vous dire si les 300 camps en question représentent le nombre de stationnements illégaux, des camps de Roms ou de gens du voyage. Personne ne peut répondre à cette question. Le gouvernement mentionne peut-être les camps de Roms, mais il n’y a aucun fait nouveau, car des démantèlements d’installations, il y en a toutes les semaines. Il s’agit pour nous d’une politique d’affichage, dont les premiers coupables sont les maires qui n’appliquent pas les dispositions de la loi Louis Besson [ loi Louis Besson du 5 juillet 2000 sur l’accueil et l’habitat des gens du voyage, NDLR] obligeant les communes de plus de 5 000 habitants à prévoir des aires de stationnement pour les gens du voyage. Cela est conforté par l’Etat, qui n’applique pas non plus l’obligation en cas de carence des élus locaux, de substituer le préfet à cette action dans un délai de deux ans.

La loi n’est pas appliquée sur le plan local ou national ?

Laurent El Ghozi : Il y a un manque d’aménagements sur tout le territoire. Aujourd’hui, seuls 30 % des terrains prévus sont construits. Parmi les départements les moins enclins à appliquer la loi, on trouve les Hauts-de-Seine, car ils ne possèdent que 26 terrains disponibles, soit 8,5 % de ce qui a été prévu initialement. La loi Besson prévoyait des commissions départementales d’accueil. Il y a trois ans, une révision des chemins départementaux a été entamée, mais on observe aujourd’hui que sur les 42 000 places qui étaient prévues, seuls 14 000 à 15 000 lieux ont été aménagés. Il est curieux de voir qu’un Etat qui prône le sédentarisme se refuse à leur fournir des installations décentes.

Peut-on mettre sur le même plan la situation des Roms et celle des gens du voyage ?

Laurent El Ghozi : Il faut distinguer Roms et gens du voyage. L’expression « gens du voyage » renvoie à des citoyens français qui ont choisi l’itinérance, alors que les Roms ne sont pas des nationaux. Les gens du voyage représenteraient entre 400 000 et 600 000 personnes, et elles seules sont concernées par les dispositions de la loi Besson. Pas les Roms. L’expulsion des Roms n’est pas une nouvelle politique, car ce qui est soi-disant mis en œuvre aujourd’hui est appliqué depuis 3 ans. Il convient de rappeler qu’en 2009, 10 000 Roumains ont été expulsés, et qu’en 2008, 8 400 opérations de renvoi ont eu lieu. Ironiquement, l’Etat semble en ce moment en-dessous de ses quotas habituels. Pour revenir à votre question, la seule disposition commune aux deux groupes est le livret de circulation, qui est issu d’une loi de 1969. C’est un dispositif qui impose à tous les itinérants d’aller pointer au commissariat tous les trois mois. Il s’agit d’une mesure désuète et discriminatoire, contraire à la liberté de circulation, au sujet de laquelle la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde) a été saisie.

Récemment, à Bordeaux, des gens du voyage ont refusé une aire de stationnement en la jugeant indécente. Pensez-vous que ce fait puisse desservir leur cause ?

Laurent El Ghozi : Les quelque 140 familles concernées sont des gens du voyage français, qui ont le droit de trouver un terrain d’accueil. Quand on met à leur disposition une décharge publique, je pense qu’ils ont le droit de décliner la proposition. Comment pourrait-on les accuser de desservir leur cause ? Par ailleurs, de plus en plus de soutien est apporté, par les associations comme par une grande partie de la population, même si le gouvernement cherche à attirer un certain électorat adepte de la préférence nationale. Ce qu’il faut, c’est rechercher la pédagogie en expliquant aux gens et en évitant les amalgames. C’est ce que fait la Halde, composée d’anciens ministres, de juristes et de spécialistes.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 23/08/2010 à 16:38 par Kalash

    C asuffit avec les roms! tout est toujours de leurs fautes !


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