Interview
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InterviewInterviewlundi 4 octobre 2010 à 14h46

"L'Etat va nous amputer de 20 000 logements sociaux par an"


Pierre Quercy
Pierre Quercy
Pierre Quercy (©dr)

Pierre Quercy est délégué général de l'Union sociale pour l'habitat (USH). Il revient pour LaVieImmo.com sur le dernier congrès des mouvements HLM, qui s’est tenu du 28 au 30 septembre derniers, sur fond de tensions. Réduction des aides à la pierre, nouvelle taxation des loyers, ou encore le débat lancé sur les logements vacants étaient les principaux ingrédients pour une rencontre « musclée » entre les acteurs du monde HLM et le secrétaire d’Etat au Logement, Benoist Apparu.

(LaVieImmo.com) - L’annonce du prélèvement annuel de 340 millions sur les loyers HLM a provoqué un tollé. Expliquez-nous pourquoi.

Pierre Quercy : Cette taxation s’appuie sur la Contribution sur les revenus locatifs (CRL), dont étaient exonérés les organismes HLM. D’un montant de 340 millions d’euros, elle représente plus de 2% des loyers collectés en 2010 et concernera les logements de plus de 15 ans. Ce seront les locataires qui seront finalement affectés par un surcoût, que nous estimons à environ 80 euros par an et par locataire, étant donné que nos ressources proviennent des loyers payés par les locataires du parc HLM. Dans le contexte actuel, où la crise du logement est forte, cette ponction est injuste. Et si M. Apparu a été mouvementé à l’issue du débat, c’est avant tout pour cela. Mais il s’y attendait. Nous demandons donc au parlement de ne pas donner son aval à cette mesure injuste en octobre.

En réponse à cela, le mouvement HLM a déclaré que les Conventions d’utilité sociale (CUS) conclues avec l’Etat allaient être renégociées. Confirmez-vous cela ?

Pierre Quercy : C’est effectivement notre volonté, comme l’a indiqué Thierry Repentin [président de l’USH, NDLR]. Les CUS sont des objectifs de développement, signés sous la forme de conventions entre l’Etat et les bailleurs sociaux. Les objectifs sont fixés par domaine dans ce contrat bilatéral : la politique patrimoniale, la politique sociale, et la qualité du service rendu aux locataires y sont inscrites. Cela nécessite un financement, dans lequel nous mettons nos fonds propres. Mais comment peut-on les signer maintenant, alors que la donne est totalement différente ? C’est l’ensemble des constructions et réhabilitations qu’il va falloir réévaluer à la baisse. Nous ne pouvons plus les signer, voilà pourquoi il est obligatoire de les renégocier et repartir sur différentes options.

La polémique sur les 20 à 25 000 logements vacants, lancée par Le Parisien, est intervenue pendant la conférence. Quelle réponse apportez-vous à ce problème ?

Pierre Quercy : Nous ne pouvons pas corroborer ces chiffres, dont la méthodologie nous paraît douteuse. Les deux collectivités qui étaient particulièrement visées ont réagi : Les élus des communes de Villejuif et Sucy-en-Brie, citées par Le parisien comme ayant une vacance « anormale » nous ont fait part de leur étonnement sur les chiffres publiés. Il s’agit avant tout des données brutes, dont la fiabilité et la source n’est pas certaine. Pourquoi tant de mystère ? Par ailleurs, nous ne nions pas le taux de vacance, qui affecte 3,9 % de l’ensemble du parc HLM, mais ce sont des cas mineurs, des épiphénomènes. A ce titre, il convient de rappeler que le parc comprend au total 4,2 millions de logements.

Une des « clés » données par M. Apparu au problème du logement serait de procéder à la vente du bien au locataire. Partagez-vous cette analyse ?

Pierre Quercy : Nous avons donné notre accord sur ce point en 2007. 100 000 logements ont été proposés à la vente au locataire, mais seulement de 4 à 5 000 logements ont pu être effectivement vendus. C’est donc un procédé compliqué, et qui ne se décrète pas. Plutôt que vendre « à la découpe », les propriétaires préfèrent vendre la totalité de l’immeuble, car la transaction est moins contraignante pour eux en procédant de cette façon. De notre point de vue, la solution est donc de construire davantage. 1,2 million de français sont encore sur les listes, c’est pourquoi nous sommes mobilisés sur la construction, qui reste notre principal objectif. Avec la diminution puis la disparition dans trois ans des aides à la pierre, nous estimons que nous perdrons 20 000 logements sociaux par an.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 04/10/2010 à 16:23 par jmarc

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