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InterviewInterviewjeudi 2 mai 2013 à 17h18

"L'immobilier a plus besoin d'un bulldozer que de dentelle !"


Benoist Apparu, député de la Marne et ancien ministre du Logement
Benoist Apparu, député de la Marne et ancien ministre du Logement
Benoist Apparu, député de la Marne et ancien ministre du Logement (©dr)

Benoist Apparu, député UMP de la Marne et ancien ministre du Logement, réagit pour LaVieImmo.com aux mesures présentées jeudi en conseil des ministres pour relancer la construction.

(LaVieImmo.com) - Cécile Duflot a présenté un premier lot de mesures visant à à accélérer la construction de logements. Lors d’un débat télévisé avec la ministre, en fin de semaine dernière, vous avez exprimé votre soutien à cette initiative…

Benoist Apparu : Je suis d’accord avec ces mesures pour la bonne et simple raison qu’elles correspondent à des réflexions qui avaient été entamées du temps où j’occupais moi-même les fonctions de ministre du Logement. La démarche « Pour un urbanisme de projet », lancée au mois de juin 2010, évoquait, déjà, la nécessité de transformer certains immeubles de bureaux en logement et d’assouplir certaines normes de construction et d’urbanisme, notamment les dispositions réglementaires en matière de parkings. Je ne peux que me féliciter que ces projets aboutissent. Quant à la surélévation des bâtiments préconisée par Cécile Duflot, comment ne pas faire le rapprochement avec le relèvement de 30 % des droits à construire, mesure votée en février 2012 et supprimée quelques mois plus tard par l’actuel gouvernement ?

A ce sujet, Cécile Duflot a appelé à faire la différence entre « le bulldozer » et la « dentelle »…

Benoist Apparu : Je lui répondrai que face à la pénurie de logements, une augmentation massive et généralisée des droits à construire est préférable, dès lors qu’elle est mise en place de manière intelligente et dans les zones tendues. La surélévation des immeubles telle que l’entend le ministère du Logement se limite à un alignement de la hauteur des bâtiments mitoyens : une mesure nécessaire, mais certainement pas suffisante au regard du retard pris dans la construction de logements neufs. La dentelle, c’est très joli, c’est indispensable de temps en temps, mais ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est bien d’un bulldozer.

Que préconisez-vous d’autre ?

Benoist Apparu : Il est impératif de suspendre pour une durée de trois à cinq ans l’application des normes de construction les plus coûteuses. Les normes relatives aux parkings, d’une part, mais également celles qui ont trait aux ascenseurs, les normes handicapés, sismiques…

Vous dénoncez l’encadrement des loyers. Pendant la campagne électorale de 2012, vous souteniez pourtant une mesure comparable…

Benoist Apparu : Absolument pas ! Nous étions favorables à la mise en place d’un dispositif de « miroir des loyers » tel qu’il en existe en Allemagne, et qui permet aux locataires acquittant un loyer supérieur de plus de 20 % au loyer de marché de saisir la justice pour le faire baisser. Je n’ai jamais préconisé, et je reste vivement opposé à un encadrement administratif tel qu’il est pratiqué en France depuis l’été dernier. En pesant sur la rentabilité locative, ce type de mesures risque de dissuader durablement les particuliers d’investir dans l’immobilier. Au moment où on vise 500 000 constructions de logements neuf par an, c’est plutôt mal venu…

Concernant l'investissement des particuliers, vous avez récemment mis en doute l'objectif affiché de 40 000 constructions de logements neufs par an dans le cadre du dispositif Duflot...

Benoist Apparu : C’est une évidence ! Il suffit de regarder les projections des promoteurs : si 20 000 à 25 000 logements sont construits chaque année dans le cadre du dispositif Duflot, c’est le bout du monde ! Il faut se rappeler que dans ses meilleures années, quand il offrait une réduction d’impôt équivalente à 25 % de la valeur du bien construit, le Scellier a permis la création de 80 000 à 90 000 logements. Non seulement, le « Duflot » offre un avantage fiscal très inférieur [18 %, ndlr], mais il impose de respecter des plafonds de loyers et de revenus des locataires très contraignants.

Le gouvernement a à plusieurs reprises indiqué qu’il travaillait au retour des investisseurs institutionnels sur le marché de l’immobilier résidentiel. Que pensez-vous de cette initiative ?

Benoist Apparu : L’idée est intéressante sur le fond, mais là encore, rien de très nouveau : tous les ministères du Logement, quels qu’ils soient, ont cherché à faire revenir les investisseurs institutionnels sur un secteur qu’ils avaient quitté faute d’une rentabilité suffisamment élevée. Mes équipes et moi-même avons réfléchi au problème sans parvenir à trouver la bonne martingale. Tant mieux si Cécile Duflot y parvient, mais permettez-moi d’en douter.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 25/05/2013 à 10:28 par Pigeons

    Etrangement cet article reste bcp plus longtemps que les autres sur la page d'accueil...pourtant son contenu est vide a souhait et le titre est misogyne.

  • 0 Reco 09/05/2013 à 15:05 par françois

    et le parc privé dans tout ça?

  • 1 Reco 05/05/2013 à 12:41 par @Roger

    Apparemment, tu ne sais pas que les femmes sont des clientes très assidues des grandes surfaces spécialisées de bricolage, et ne s'en laissent plus compter depuis belle lurette sur le maniement des outils initialement "pour hommes"...

    Les constructeurs et fabricants se battent à grands renforts de lignes spécialement adaptées à la morphologie féminine pour à peu près tout type d'outils, maintenant...

  • 0 Reco 03/05/2013 à 11:15 par Cmoi

    Les "logements sociaux", ça n'existe pas. Quand on examine les plafonds de revenus des "habitations à loyer modéré" ou autres bailleurs institutionnels à loyer conventionné, on constate que ces plafonds sont compatibles avec les revenus de la classe moyenne ; mais là, il n'y a plus assez de logements conventionnés ... d'où l'idée de privatiser la parc de logement à loyer modéré avec les dispositifs scellier, dufflot and co. C'est ce qui a été fait au SUD de Lyon (vers l'A43) et ailleurs. Dans le même temps, on a transféré les risques attenants à ce type de logement au secteur privé, d'où une explosion des charges ! Quand on a 60% de locatif conventionné dans une résidence scellier en zone sociale tendue, le tiers restant de proprio résidents explose les charges liées aux dégradations.

  • 0 Reco 02/05/2013 à 21:28 par MisterHadley

    Il y a déjà beaucoup trop de "logements sociaux"...

    Ce sont des logements du secteur privé, qu'il manque, pour les classes moyennes...

  • 2 Reco 02/05/2013 à 21:18 par Doriandoy

    Benoist Apparu, j'aime assez bien le personnage, mais il est tout de même resté quelques années en tant que secrétaire au logement pour se rendre compte en février 2012, que les aides au final, ça a surtout servi à faire monter les prix... et surtout qu'il y avait bien une bulle (sur RMC chez Bourdin me semble-t-il) !!
    Benoist Apparu avait, il ne faut pas l'oublier, un Président qui expliquait en mars 2011 sur TF1 qu'un système pyramidal c'était bien ("la plus value, ça sert à acheter plus grand", alors que bon, si tu rachètes derrière, le mec il fait en proportion la même plus value, donc tu perds de l'argent et des années d'endettement). S'il ne faisait que suivre les consignes, on ne peut pas trop l'en blâmer.

    Vu le niveau de réflexion de notre ancien Président, et celui du nouveau gourvement, je me dis qu'on est dans la merde.

    Déjà, il faut revoir l'urbanisation d'une manière globale. C'est idiot de s'étendre à l'infini autour d'un centre ville (et de quelle manière... plus de rues, plus de places, mais des immeubles dispatchés aléatoirement sur un terrain ) au lieu de créer de nouveaux centres et des axes de TEC viables. Les villes devraient être pensées et dessinées à l'avance et les promoteurs devraient se calquer sur le projet (rue façades, infrastructures). L'important est de faire baisser le prix du foncier. C'est pas en sur-concentrant les villes qu'on va y arriver.

    Ensuite, créer une sorte de SCPI Étatique, on supprime les APL et PTZ pendant 3ans, et avec les fonds on construit des logements sociaux. Les bailleurs prennent sur eux le manque à gagner mais en échange deviennent propriétaires de parts de la SCPI (avec des facilités auprès des banques pour ceux qui ont un crédit). Retour sur investissement assez rapide.

    16 milliards d'APL x 3ans à 2500€/m² la construction = 384.000 logements de 50m² moyen.
    C'est une piste.

  • 0 Reco 02/05/2013 à 19:58 par Super Spéculator

    Leur but et c'est le seul, est d'éviter l'explosion de la bulle.


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