Interview
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InterviewInterviewjeudi 8 septembre 2011 à 16h18

"L'immobilier parisien atterrit et souffle"


Thierry Delesalle, président la Commission de conjoncture des Notaires de Paris
Thierry Delesalle, président la Commission de conjoncture des Notaires de Paris
Thierry Delesalle, président la Commission de conjoncture des Notaires de Paris (©dr)

Le président de la Commission de conjoncture immobilière des Notaires de Paris Île-de-France commente pour LaVieImmo.com les chiffres publiés jeudi matin. La hausse des prix a vraisemblablement touché à sa fin, et le marché, déjà menacé par un possible durcissement des conditions d'accès au crédit, pourrait pâtir dans les prochains mois des conséquences du durcissement de la fiscalité des plus-values immobilières…

(LaVieImmo.com) - La baisse des prix à Paris, c’est pour bientôt ?

Thierry Delesalle :Nous n’en sommes pas encore là. Le prix au mètre carré a atteint un nouveau record au deuxième trimestre [8 150 euros en moyenne, en hausse de plus de 22 % sur un an, NDLR], mais les données tirées des avant-contrats laissent entrevoir un début de tassement, pour l’instant léger. Le marché parisien atterrit et souffle. Après la frénésie de ces derniers mois, c’est une heureuse nouvelle.

Ne craignez-vous pas un risque de blocage ?

Thierry Delesalle : Le risque de blocage existe. Il pourrait se matérialiser si les banques, comme en 2008, coupent les vannes du crédit. A Paris, la demande de logements reste structurellement supérieure à l’offre. Les ménages ont besoin de se loger et l’immobilier, qui reste la valeur refuge par excellence, continue d’attirer les investisseurs, particuliers comme institutionnels. A moins de construire 100 000 logements en Ile de France par an pendant plusieurs années, ce déséquilibre persistera. Cela dit, sans crédit, la demande diminuerait inévitablement. Dans quelles proportions, on ne sait pas, et avec quels effets sur les prix, il est impossible de le dire… L’action des banques, elle-même déterminée par la politique de la Banque centrale européenne, jouera un rôle déterminant dans l’évolution du marché immobilier au cours des prochains mois.

Le durcissement de la fiscalité sur les plus-values immobilières ne risque-t-il pas de diminuer encore l’offre de logements disponibles ?

Thierry Delesalle : Si la réforme s’applique effectivement telle qu’elle vient d’être votée par l’Assemblée nationale, elle risque d’inciter les propriétaires qui n’ont pas un besoin impératif de vendre à reporter leur projet, voire, pourquoi pas, à y renoncer pour continuer à mettre leur bien en location. A priori, cela va réduire encore la fluidité du marché. Mais, il est, là aussi, difficile de se prononcer quant à l’impact réel des décisions qui vont être prises… Cela étant dit, il me semble nécessaire d’insister sur un point. Quels que soient les détails d’application de la réforme, celle-ci va pénaliser l’ensemble du marché immobilier. Parce qu’elle s’applique a-t-on pu entendre, aux plus-values issues de la vente de « résidences secondaires », on peut avoir l’impression que le gouvernement s’apprête à « taxer les riches », ce qui pourrait rendre le projet plus acceptable aux yeux de certains. La réalité est toute autre… Le texte prévoit également de taxer de la même manière les plus-values issues de la vente de biens locatifs. Donc les biens construits dans le cadre des divers régimes de défiscalisation mis en place depuis plusieurs années - souvent par des ménages désirant se constituer un patrimoine en vue d’acheter, à terme, une résidence principale ou d’aider leurs enfants à s’installer. Il va également sanctionner les ventes de terrains constructibles, déjà soumis à une fiscalité locale lourde. A l’heure où le pays manque cruellement de foncier, les effets de cette mesure pourraient être très néfastes.

Le gouvernement épargne la résidence principale…

Thierry Delesalle : Oui, mais jusqu’à quand ? Lors des débats fiscaux qui ont eu lieu en début d’année, Christine Lagarde, alors ministre de l’Economie, s’était prononcée en faveur d’une suppression de l’exonération de plus-values pour les transactions de plus de 1,2 millions d’euros. Le projet a été abandonné, mais qui nous dit qu’il ne sera pas ravivé dans quelques mois ? Avec la TVA, la taxe sur les plus-values est l’un des seuls impôts prélevés directement à la source. Le gouvernement tient un moyen rapide de faire entrer de l’argent dans les caisses. Il est regrettable qu’il n’ait pas complètement pris conscience des répercussions que cela ne manquera pas d’avoir sur la fluidité du marché immobilier.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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