Interview
LaVieImmo.com
InterviewInterviewvendredi 2 juillet 2010 à 12h11

"La coloc entre jeunes et seniors séduit les Français"


Aude Masséan
Aude Masséan
Aude Masséan (©dr)

Le PariSolidaire est l’initiateur de la colocation intergénérationnelle, c'est-à-dire l’hébergement d’un jeune par un senior. Alors que la crise du logement étudiant fait rage, et que l’isolement et la précarité des retraités sont de plus en plus préoccupants , cette solution est une belle tentative d’entraide entre les plus jeunes et les âgés. Aude Messéan, cofondatrice du PariSolidaire, revient pour LaVieImmo sur les caractéristiques et cette nouvelle pratique.

(LaVieImmo.com) - Comment l’idée vous est-elle venue de créer ce site ?

Aude Messéan : J’ai lancé Leparisolidaire.fr juste après l’été caniculaire de 2003. L’idée était alors de combattre trois grands maux de notre début de siècle : la solitude, le mal-logement, et les difficultés financières. C’est en Espagne que j’ai découvert ce concept d’une colocation intergénérationnelle : un senior loue une chambre à un étudiant ou à un jeune travailleur, avec accès aux parties communes J’ai ensuite cherché à le sécuriser et à le généraliser. Cela me rappelait un peu ma jeunesse car mes parents prenaient chaque été ce que l’on appelait des « paying guests », c’est-à-dire des étrangers, souvent étudiants qui louaient une chambre chez nous pour découvrir le pays, apprendre la langue, etc. réaliser ce projet du PariSolidaire a été un travail de titan ! Neuf mois pour régler tous les aspects juridiques. Deux ans pour obtenir un local, et durant lesquels l’association ne tournait que sur du bénévolat.

Quel est le principe de la colocation intergénérationnelle ?

Aude Messéan: Le principe est de mettre en relation des jeunes à la recherche d’un logement et des seniors désireux de compagnie et d’un complément de revenu. Deux formules possibles : l’hébergement du jeune contre un loyer, en colocation ; ou « la chambre contre présence », c’est-à-dire une présence la nuit, sous certaines conditions moyennant quoi l’hébergement est gratuit. Bien entendu, pour cette dernière formule les jours et heures de présence sont flexibles…

Combien cela coûte-t-il environ ?

Aude Messéan : Comme son nom l’indique – à travers un petit calambour – notre association ne concerne que Paris et l’Île de France. Les prix, par conséquent, sont à rapprocher de ceux pratiqués en région parisienne. Ils oscillent donc entre 200/400 euros en banlieue et 300/500 euros dans la capitale. A noter toutefois que tous les membres, doivent verser une cotisation, dont le montant varie entre 150 et 350 euros. Cela peut paraître cher, mais c’est la garantie et la contrepartie d’un travail bien fait, d’une certaine sécurité et d’un véritable suivi de chacun des dossiers.

Justement, sur le plan de la sécurité, avez-vous été confrontée à des vols, des agressions...?

Aude Messéan : Jamais ! Non, nous n’avons jamais eu la quelconque preuve d’un acte de malveillance parmi les membres. Si des faits nous ont été rapportés, la culpabilité de personne n’a jamais pu être démontrée. Bien entendu, on n’échappe pas aux petits problèmes habituels de la colocation, tels que l’utilisation intempestive du téléphone fixe, ou les aliments qui disparaissent dans le frigo… Mais rien de bien grave.

Combien établissez-vous de contrats chaque année ? Avez-vous observé des changements que l’on pourrait attribuer à la « crise » ?

Aude Messéan : En 2009, nous avons formé 254 binômes. Et près de 1 200 depuis la création du site en 2004. Contrairement à ce que nous aurions pu penser, la crise n’a pas davantage poussé les gens à se tourner vers nous. Vous savez, je crois que les Français ne sont pas très solidaires et ouverts vers l’extérieur. Je regrette vraiment que plus de seniors ne fassent pas la démarche, car je suis persuadée que ce concept est aussi bénéfique pour les uns que pour les autres. Or, on compte plus de dix demandes de jeunes pour une seule offre de senior. C’est ahurissant. Cette année, j’ai eu plus de 1 500 dossiers de jeunes à la recherche d’un toit, contre environ 150 offres d’hébergement de la part de seniors…

Selon quels critères sélectionnez-vous les membres ?

Aude Messéan : D’abord je tiens à préciser que la sélection se fait des deux côtés. Les étudiants doivent être âgés de 18 à 30 ans, les jeunes travailleurs de 18 à 28. Quant aux seniors, en cas de grande dépendance, nous vérifions que la personne possède bien toutes les installations nécessaires pour les soins, le ménage, etc. Je tiens à préciser qu’il n’est aucunement question de tâches ménagères ou de soins dans les contrats de colocation. Au contraire !

Quels sont, selon vous, le principal atout et le principal défaut du PariSolidaire ?

Aude Messéan : Les atouts sont nombreux : rompre la solitude, tant des seniors que des jeunes, parfois isolés de leur famille ; fournir un logement décent, voire chaleureux à ces étudiants et jeunes travailleurs pour qui se loger devient un parcours du combattant ; apporter un revenu complémentaires aux seniors, et particulièrement aux veuves, dont la retraite est souvent insuffisante ; permettre un échange entre des générations qui ont toutes deux quelque choses à s’apporter. Le défaut de la colocation intergénérationnelle est d’être une situation précaire, presque une question de survie. D’autant que les décès sont nombreux parmi les personnes très âgées, et que ces choses-là sont difficiles à vivre pour le pensionnaire, qui n’a alors qu’un mois pour déménager.

Propos recueillis par Lorna Oumow - ©2016 LaVieImmo
Donnez votre avis
Vous devez être enregistré pour pouvoir poster sur cet article
(il vous reste 2000 caractères)


En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...