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InterviewInterviewmercredi 16 février 2011 à 10h37

"La France des propriétaires est devenue une France d'endettés"


Nathalie Perrin-Gilbert
Nathalie Perrin-Gilbert
Nathalie Perrin-Gilbert (©dr)

Nathalie Perrin-Gilbert est secrétaire nationale au logement au Parti socialiste. Cette porte-voix de l'opposition commente l'action du gouvernement et explique à LaVieImmo.com la position du PS sur la question du logement, en marge du lancement par Martine Aubry ce mercredi d'un « appel pour une autre politique du logement ».

(LaVieImmo.com) - Le gouvernement a présenté au début de l’année ce qu’il estime être un « bon bilan » dans le logement social pour 2010, avec 131 000 logements sociaux financés. Le PS rejoint-il cette analyse ?

Nathalie Perrin-Gilbert : Il convient de faire preuve de décence. Cette terminologie témoigne d’une certaine légèreté sur ce sujet. Avec 3,5 millions de mal-logés en France, on ne peut pas parler de bons chiffres, même si 130 000 logements sociaux ont effectivement été financés. Il faut être en outre prudent avec ces chiffres, car on peut y enlever les PLS [prêts locatifs sociaux bénéficiant à une couche de population ayant un plafond de ressources élevé, NDLR], qui représentent plus de 40 000 logements. L’effort de construction observé n’est dû au surplus qu’en partie à l’Etat, car beaucoup de logements sociaux ont été financés par les bailleurs sociaux sur leurs fonds propres. Par exemple, à Lyon, où je suis élue, la ville a multiplié par trois son budget pour le logement social, et la communauté urbaine par deux. Donc, je reste circonspecte quand le gouvernement parle d’un « effort » de sa part dans ce domaine.

La loi « Solidarité et renouvellement urbains » (SRU), qui impose à terme un quota de 20 % de logements sociaux dans les communes de plus de 5 000 habitants, et dont on vient de fêter les dix ans, est aujourd’hui décriée car de nombreuses communes ne l’appliquent pas. Votée sous le gouvernement Jospin en 2000, estimez-vous aujourd’hui qu’elle est une bonne mesure ?

Nathalie Perrin-Gilbert : C’est une très bonne loi, qui a permis de donner une autre image au logement social : celui-ci est devenu un outil d’aménagement du territoire. Elle est porteuse d’un enjeu fort, mais il faut pour cela lui laisser du temps d’être pleinement appliquée. Cela dit, on n’est sans doute pas allé jusqu’au bout, en ne mettant pas en place des pénalités suffisantes. De plus, le préfet dispose d’un pouvoir de substitution et de réquisition en cas de carence de la commune, qui n’est à l’heure actuelle que théorique. L’Etat ne se donne donc pas les moyens de faire respecter la loi. Notre proposition pour améliorer la situation est de refuser des permis de construire des logements privés aux communes qui ne respecteraient pas l’objectif, proposition qui devrait faire partie du programme du PS.

Allez-vous dans le sens d’une France du « Tous propriétaires » ?

Nathalie Perrin-Gilbert : Hormis l’effet d’annonce, en n’en voit pas vraiment les résultats. La dernière étude sur le mal-logement, effectuée par la fondation Abbé Pierre, épingle clairement ce discours. Elle met en lumière le fait que les ménages les plus jeunes sont les plus mal logés. Le gouvernement veut atteindre les 65 % de propriétaires, or, à titre de comparaison, on retrouve ce niveau dans des pays comme la Roumanie - pays dans lequel des efforts importants en termes de qualité de vie doivent être faits -, ou l’Espagne, qui connaît un fort taux de trentenaires résidant encore chez leurs parents. Ce que l’on constate surtout, en dehors du slogan racoleur, c’est que la France des propriétaires est devenue la France des endettés. Pour faciliter l’accession à la propriété, il faudrait différencier les prêts en fonction des ressources des ménages, en vue de mieux les accompagner. Un mécanisme comme le prêt à taux zéro renforcé, qui gomme toutes les conditions de ressources, ne va pas selon nous dans le bon sens.

Quelles seront les principales propositions du PS sur le logement ?

Nathalie Perrin-Gilbert : Notre position n’est pas de faire une nouvelle loi sur le logement. Il s’agit plutôt dans un premier temps de dresser un bilan de la situation. En revanche, les socialistes déposeront prochainement une nouvelle loi d’orientation foncière et fiscale, qui visera à parvenir à une vraie cohérence dans l’ensemble des documents d’urbanisme. L’idée phare est de doter chaque région d’un établissement public du foncier, qui aura la capacité d’organiser les réserves foncières. Par ailleurs, nous souhaitons un meilleur partage des plus-values entre les propriétaires et les communes. Quand des plus-values ont été réalisées lors de la revente d’un bien grâce au réaménagement de la commune, il serait juste qu’une partie de celles-ci reviennent aux pouvoirs publics. C’est un juste retour des choses.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 03/08/2011 à 13:34 par Salut les Petzouilles

    Carottes, navets,
    devenez propriétaires,
    les doigts dans le nez,
    six pieds sous terre!

  • 0 Reco 18/02/2011 à 13:31 par djamel

    l ump se defends toujours par l attaque et la comparaison (d ailleurs heureusement que l gauche n a ete au pouvoir qu avec mitterand et jospin sinon la gauche serait responsable de tous les maux de l europe) il faudrait rapeler combien de logement sociaus veritable on ete fait par la gauche en comparaison au mal loges de l epoque meme si elle n en a pas fait assez

  • 0 Reco 16/02/2011 à 14:06 par Zeusy

    D'accord avec MisterHadley, le "juste retour des choses" est fort audacieux...
    En plus des taxes foncières et d'habitation, la commune prend également sa part avec les droits de mutation, proportionnels aux prix de l'immobilier.
    (Et c'est un locataire qui le dit).

  • 0 Reco 16/02/2011 à 12:35 par MisterHadley

    C'est en fait tout l'inverse de ce qu'il conviendrait urgemment de faire, là...

    Ne surtout pas "régionaliser" quoi que ce soit en terme de foncier, les dérives actuelles y sont déjà liées, ça ne ferait qu'empirer bien plus les dérives...

    Je fonde d'ailleurs de grands espoirs sur leur cessation avec la réforme impérative des "collectivités", il n'y a que bien trop d'abus en tout genre...

    Quant à la partie "partage des plus-values avec les communes", l'argumentation ne tient pas, vu qu'une "commune" bénéficie tout autant des investissements privés effectués sur "son" territoire...

    ... et aucun propriétaire privé n'aura jusqu'ici demandé quoi que ce soit sur les fonds publiques qui auront ainsi été versés aux "communes" suite aux efforts "privés" faits par ce ou ces propriétaire(s) privé(s)...

    Faudrait rester un tantinet dans le crédible, quand même, parce que là...

    Sans compter que dans les impositions des propriétaires, les "communes" prennent déjà pas mal sur l'embellie des propriétés privées, notemment chaque année par les taxes foncières, et taxes d'habitations...

    Lorsque les prix montent, les taxes aussi, et chaque année, biensur...

    Donc, là, on nous prend vraiment pour des touristes, voir des tebé...

    Copie à revoir, donc.

    ;)

    Message édité 16/02/2011 à 12:38

  • 0 Reco 16/02/2011 à 11:33 par Louis

    Bien d'accord ! Mais pourquoi on entend jamais Aubry et consorts sur le sujet ? Y aurait-il des intérêts divergents ?

  • 0 Reco 16/02/2011 à 11:31 par Isabelle

    Au moins le PS, ce n'est pas de la démagogie à la Sarko. Pour répondre à la crise du logement et l'augmentation des loyers, il faut tout revoir de A à Z. Et surtout STOP aux aides fiscales aux français déjà propriétaires !!!!


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