Interview
LaVieImmo.com
InterviewInterviewlundi 13 octobre 2008 à 11h41

"La hausse des taux des crédits immobiliers se poursuivra pendant au moins 6 mois"


(©dr)

(LaVieImmo.com) - Michel Mouillart, Professeur d'Economie à l'Université de Paris X et spécialiste de l’immobilier, revient pour Lavieimmo.com sur les perspectives d’évolution des taux des crédits immobiliers. Selon lui, une baisse est impossible avant au moins six mois.

Lavieimmo.com : La baisse de 50 points de base des taux directeurs de la Banque centrale européenne peut-elle entraîner une baisse des taux des crédits immobiliers ?

Michel Mouillart : La coordination des politiques des différentes banques centrales était devenue indispensable pour rétablir la confiance au sein du système bancaire. Cependant, la gravité de la crise actuelle appelait un geste fort, et si l’action prise est bienvenue, elle est trop molle pour apaiser durablement les tensions. Une baisse de 100 points de base aurait été préférable, ne serait-ce que pour le symbole, mais un tel geste aurait nécessité que les responsables monétaires abandonnent totalement leur stratégie de lutte contre l’inflation…Pour revenir à votre question, cette réduction du taux de refinancement de la BCE ne sera pas suffisante pour entraîner un ajustement marqué du taux des crédits immobiliers. Tout au plus atténuera-t-elle l’ampleur du mouvement de hausse qu’on observe depuis plusieurs mois.

Lavieimmo.com : Quelle sera l’ampleur de la hausse ?

Michel Mouillart : Dans l’édition d’octobre de son Observatoire du financement des marchés résidentiels, le Crédit Logement prédisait une remontée des taux au-dessus de 5.5% avant la fin de l’automne, contre 5.08% en septembre. On peut désormais penser que l’accélération sera moins rapide, ou encore qu’on fera l’économie de quelques points. Il n’en reste pas moins que la tendance reste à la hausse, pour les six prochains mois au moins.

Les banques financent plus de la moitié des crédits qu’elles accordent aux particuliers sur leurs ressources de dépôt. Quand l’économie va mal et que l’épargne se réduit, ces ressources de dépôt sont automatiquement moins fournies. Si, comme c’est le cas actuellement, les banques ne peuvent en outre se tourner ni vers le marché interbancaire ni vers les marchés financiers pour se refinancer, tous les ingrédients sont réunis pour que les taux grimpent. Il n’y aura pas de baisse significative tant que la situation ne se sera pas assainie. Cela prendra plusieurs mois, même si le plan qui vient d’être adopté à l’échelle européenne pour rétablir la confiance sur le marché interbancaire va dans le sens d’une amélioration de la situation.

Lavieimmo.com : Cette hausse des taux a-t-elle un impact sur le nombre de prêts octroyés ?

Michel Mouillart : L’ampleur de la contraction de l’octroi de prêt observé au premier semestre est telle que la question ne se pose pas en ces termes. La production de crédit immobilier a reculé de 11% au premier semestre ; sur l’année, la baisse devrait atteindre 20%. A titre de comparaison, lors de la crise des années 1990, il avait fallu trois ans pour observer une telle baisse. Dans un contexte aussi dégradé, les taux n’ont plus guère d’impact sur le volume des prêts accordés.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre

Retrouvez la précédente interview de Michel Mouillart en cliquant ici

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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