Interview
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InterviewInterviewvendredi 26 octobre 2007 à 11h47

"La rémunération des agents immobiliers est archaïque", Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider, coprésidents fondateurs de Laforêt Immobilier


Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider ont fondé le réseau d’agences immobilières Laforêt Immobilier, qu’ils dirigent, en 1981. Ils analysent pour nous le marché immobilier français, et donnent notamment leur avis sur la crise des subprimes et les perspectives d’évolution des prix.

(LaVieImmo.com) - La Vie Immobilière : Selon une récente enquête de la répression des fraudes, huit agences immobilières sur dix sont en infraction. Comment réagissez-vous à cet accablant constat ?

  Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider : Il est tout fait normal que des contrôles soient effectués. C'est même recommandé. Il faudrait cependant établir une hiérarchie entre les infractions. Il est plus grave d'exercer sans carte professionnelle que de se voir reprocher un défaut d'affichage. Il serait constructif que les autorités ne se contentent pas de dénoncer. Devant une réglementation de plus en plus complexe, des textes qui ne cessent d'évoluer et une avalanche de nouvelles normes, l'administration pourrait avoir un rôle utile de conseil. Dans notre réseau, nous sélectionnons attentivement nos franchisés, qui sont des créateurs formés à ce métier (environ 100 contrats sont conclus par an pour 1 500 demandes examinées). Ensuite, nous réalisons chaque année des enquêtes « client mystère ».

  La Vie Immobilière : Quand un commerce disparaît, il est remplacé par une agence immobilière. Cette prolifération n'est-elle pas dangereuse ?

  Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider : Il y a toujours eu trop d'agences immobilières car une petite boutique peut survivre avec quelques transactions seulement. Mais la profession est en train d'évoluer et de passer d'un stade artisanal à un stade industriel. Quelques grandes marques vont se partager le marché avec une vision européenne, voire internationale, car nos clients se mondialisent aussi. Cette évolution demande une tout autre dimension d'organisation. Une nouvelle génération de professionnels disposant d'outils efficaces (méthodes d'évaluation, fichiers partagés...) émerge. Mais cette mutation prend du temps et serait facilitée par une révision des modalités de rémunération aujourd'hui archaïques. En France, l'agent immobilier n'est payé qu'à la signature de l'acte (ce qui relativise l'enquête de la DGCCRF*, car les mauvais ne peuvent survivre longtemps) et en pourcentage (ce qui est inflationniste). En outre, dans la plupart des cas, c'est le vendeur du bien qui signe le mandat, mais c'est l'acheteur qui règle la commission. Une rémunération au service rendu améliorerait la transparence et l'efficacité de la profession.

  La Vie Immobilière : Le gouvernement a promis une France de propriétaires. Sur quels leviers devrait-il agir ?

  Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider : Pour atteindre cet objectif, il faudrait diminuer les droits d'enregistrement. De 4 % environ aujourd'hui, la taxe devrait passer à 2 %, un niveau comparable à celui d'autres pays européens, ce qui permettrait de donner un coup de pouce aux acheteurs. Donner aux locataires de HLM la possibilité d'acheter leur logement nous semble également une bonne idée permettant de fluidifier le marché du logement. Les conditions d'entrée et de sortie des logements sociaux doivent être améliorées afin de ne pas figer la population des résidents. Concernant l'ISF, l'abattement sur la résidence principale, qui va passer de 20 à 30 %, n'est pas suffisant. Nous aurions souhaité une exonération.

  La Vie Immobilière : Pensez-vous que la crise américaine des subprimes va traverser l'Atlantique ?

  Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider : Les difficultés du marché américain du logement ne sont pas transposables en France. La contagion concerne pour l'instant la sphère financière et les produits dérivés. La structure française du marché des crédits est solide et les risques de défaut de paiement sont très limités dans les banques françaises de dépôt. L'impact est surtout psychologique, avec peut-être la tentation de durcir les conditions de crédit. Pour l'instant, cette crise a au moins eu un effet favorable puisqu'elle a conduit la Banque centrale européenne à infléchir sa politique de hausse des taux d'intérêt.

  La Vie Immobilière : Les prix de l'immobilier se tassent ; quelles sont vos prévisions ?

  Bernard de Crémiers et Patrick-Michel Khider : Jusqu'en juin, le marché est resté très dynamique, avec une progression de 5 % des transactions sur le premier semestre et des hausses encore significatives. Cet été, les acheteurs ont marqué un certain attentisme et les prix ont stagné. Septembre a été un mois difficile, les clients se faisant tirer l'oreille, dans l'espoir probablement illusoire d'acheter à la baisse. Nous tablons sur une stabilité des prix d'ici à décembre puis une évolution en ligne avec le taux d'inflation de 2 à 3 % par an. Une évolution raisonnable après la flambée de ces dix dernières années.

  Propos recueillis par Françoise Rey   * Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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