Interview
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InterviewInterviewmercredi 25 août 2010 à 18h13

"La rentrée risque d'être tendue pour le logement étudiant"


David Dobbels
David Dobbels
David Dobbels (©dr)

David Dobbels est membre de la commission d'aide sociale de l'Union nationale des étudiants de France (Unef). Spécialiste de la question du logement étudiant, il revient pour LaVieImmo.com sur la volonté du gouvernement de limiter les aides aux étudiants à compter de la rentrée prochaine, et ce, dans un contexte d'une crise généralisée du logement qui les expose particulièrement.

(LaVieImmo.com) - Le gouvernement a projeté de supprimer, puis de restreindre la possibilité de cumuler les aides pour le logement et la demi-part fiscale. Qu’en pensez-vous ?

David Dobbels : L’Unef a publié un communiqué sur la hausse du coût de la vie étudiante, dans lequel nous mentionnons que 550 000 étudiants pourraient être concernés par le manque à gagner. Les aides au logement comme les APL [Aides pour le logement, NDLR] et les ALS [Allocation de logement à caractère social, NDLR] sont les seules aides sur lesquelles les étudiants peuvent vraiment compter. A Paris, les APL se montent à 180 euros par bénéficiaire pour descendre en province à 150 euros. Ces sommes sont de première nécessité pour le budget logement d’un étudiant. Le fait de simplement restreindre la possibilité de cumuler les avantages aux quatrième et cinquième tranches du barème d’imposition réduit le nombre d’étudiants concernés. François Baroin avait prévu de n’épargner, en juillet dernier, que les foyers exonérés d’imposition sur le revenu. Il y a donc un mieux, le gouvernement réagit et nous verrons ce qu’il en ressort. Mais je peux vous dire dès à présent que la rentrée risque d’être chaude et tendue.

Où la pénurie de logements se fait-elle le plus sentir ?

David Dobbels : Il y a une pénurie de logements dans les Crous [Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires, NDLR]. Aujourd’hui, les places sont insuffisantes : elles sont de 160 000 pour 2,2 millions d’étudiants en France. Je vous laisse faire le calcul. En parallèle, on observe que des résidences universitaires sont fermées ou abandonnées, à l’image de ce qui est en train de se passer à Antony (92), où 548 places sont détruites à coups de bulldozers. Dans le cadre du réaménagement du parc de logements pour les étudiants, un projet avait été initié par le député Jean-Paul Anciaux : l’Etat devait construire 50 000 logements en 10 ans et en réhabiliter 70 000. Nous constatons que cela n’a malheureusement pas été respecté. Il faudrait en théorie construire plus de 8 400 logements par an, or seuls 3 600 le sont, soit moins de la moitié de ce qui devrait être entrepris.

Vous demandez l'accélération des constructions de logements étudiants. Où en est-on actuellement ?

David Dobbels : Le problème est double. Le manque de logements se fait plus sentir à Paris et en région Île-de-France en général, mais aussi des grandes villes du Sud, comme Marseille. La gestion des flux d’étudiants reste très compliquée, comme à Nantes, où certains étudiants sont obligés de dormir dans des campings. A l’inverse, beaucoup de logements Crous ont été mis en place à Bordeaux ou Grenoble, mais leur nombre reste insuffisant par rapport à la demande. De plus, en province, les étudiants n’habitent souvent pas dans les villes de leur faculté. Ces dernières se doivent donc de leur fournir un nombre raisonnable de logements, or, tel n’est pas le cas. L'Unef demande en priorité de construire et de réhabiliter d’anciens logements. Mais bâtir ne suffit pas, nous préconisons également la suppression de la taxe d’habitation pour les étudiants, qui est une charge trop importante pour eux, et enfin de réhausser les APL et ALS.

Si cette réforme devait aboutir, que conseillez-vous aux étudiants concernés par le non-cumul des avantages ?

David Dobbels : Chaque situation est unique, il est donc difficile de répondre à cette question. Pour ceux qui devront choisir entre les aides au logement et la demi-part fiscale, il faudra mettre en place un système de calcul. Les étudiants pourront limiter leurs pertes en optant pour le système d’APL, et mettre en place avec leurs parents un système équivalent à une pension alimentaire, qui est déductible fiscalement. Soulignons toutefois que cela n’est pas forcément valable pour tous les cas.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 26/08/2010 à 11:11 par Etudiant nantais

    C'est n'importe quoi : Nantes est une des villes où le nombre de construction de logements étudiants a été le plus nombreux ces dernières années. Mairie, Conseil Général, Conseil Régional, CROUS, tout le monde a mis la main à la pâte ! La situation est loin d'être tendue comme c'était le cas en 2004 et 2005 ! Les étudiants ne dorment pas au camping contrairement à ce que racontent M6 et Canal + !


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