Interview
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InterviewInterviewmercredi 3 novembre 2010 à 14h45

"La reprise de l'immobilier n'est pas forcément durable"


Mathilde Lemoine
Mathilde Lemoine
Mathilde Lemoine (©dr)

Mathilde Lemoine, directrice des études économiques chez HSBC France, commente pour LaVieImmo.com la reprise du marché immobilier français. Celui-ci continue d'être soutenu par la faiblesse des taux d'emprunt et les subventions mises en place par l'état. Pour le moment du moins...

(LaVieImmo.com) - Le redémarrage du marché immobilier est-il étonnant ?

Mathilde Lemoine : Etonnant, je ne sais pas, mais reste à savoir s’il est ou non durable... Le marché bénéficie depuis plusieurs mois de l’action conjuguée du gouvernement et des banques centrales : les dispositifs d’aide et subventions mis en place dans le cadre du plan de relance, notamment, et les actions prises par les autorités monétaires pour maintenir les taux longs à un niveau très bas, ont porté la demande et soutenu les ventes de logements, neufs comme anciens. En cela on peut dire que la crise immobilière qu’on voyait poindre en 2008 est enrayée. Je dis bien « enrayée », car je ne pense pas qu’elle soit totalement jugulée…

Vous parlez des banques centrales, au pluriel…

Mathilde Lemoine : L’évolution de l’OAT 10 ans, qui sert de référence aux banques pour déterminer leurs taux de crédit habitat, ne dépend pas que de la seule action de la Banque centrale européenne (BCE). Elle suit également de très près les variations du Treasuty 10-year Note, son équivalent américain, dont l’évolution est dictée par l’action de la Réserve fédérale. Pour résumer, on peut dire que la politique monétaire des Etats-Unis a une action indirecte, mais néanmoins certaine, sur le niveau des taux d’intérêt pratiqués en France.

Si la crise n’est pas « jugulée », est-ce à dire qu’elle pourrait se manifester à nouveau dans un avenir proche ?

Mathilde Lemoine : Une fois identifiées les raisons du redémarrage, il convient de se demander si ces facteurs sont durables ou s’ils ne sont que transitoires. Malgré quelques amendements, les dispositifs d’aide gouvernementale sont maintenus, et ils vont continuer de soutenir la demande. Du côté des taux d’emprunt, la situation paraît moins stable, en tout cas à moyen terme. Tout porte à croire que la BCE ne durcira pas sa politique avant la fin de l’année prochaine, voire le début de 2012, tandis que la politique quantitative de la Fed continuera de tirer les taux longs vers le bas jusqu’à la fin du premier semestre 2011, au moins. Rien à craindre jusque là. Au-delà, on peut penser que le redémarrage des prix qu’on observe depuis plusieurs mois, dans le neuf comme dans l’ancien, finira à terme par peser sur la solvabilité des acheteurs. Car si cette hausse a été jusqu’à maintenant plus que compensée par la baisse des taux d’emprunt, elle deviendra rapidement plus difficile à supporter dans un contexte de remontée des taux.

Justement, quelles sont vos prévisions en termes de prix ?

Mathilde Lemoine : Je n’ai pas souhaité en faire. La situation actuelle est exceptionnelle, puisque le marché est apparemment sorti de crise sans avoir lui-même généré son retournement. Il devient difficile de raisonner en termes de cycles immobiliers... Les prix devraient vraisemblablement continuer de progresser légèrement avant de se stabiliser dans la hausse vers la fin du premier semestre 2011. Au-delà, il est très difficile de s’avancer…

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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