Interview
LaVieImmo.com
InterviewInterviewjeudi 6 janvier 2011 à 08h55

"La tendance est au ralentissement des prix immobiliers"


Laurent Vimont
Laurent Vimont
Laurent Vimont (©dr)

Laurent Vimont est président de Century 21. Pour LaVieImmo.com, il revient en détail sur la dernière édition de la note de conjoncture du réseau d’agences, publiée en début de semaine. Les prix de l’immobilier sont orientés à la hausse, mais pas partout, et la tendance devrait marquer le pas cette année.

(LaVieImmo.com) - Au mois de juillet, vous faisiez sensation en indiquant que la crise était «  pratiquement effacée » en termes de prix. Elle l’est aujourd’hui totalement…

Laurent Vimont : Notre étude montre que les prix de l’immobilier, qui ont progressé de 8,9 % sur l’ensemble de l’année 2010, ont dépassé au quatrième trimestre leur niveau d’avant la crise de 2008-2009, avec un mètre carré à 2 580 euros en moyenne nationale. Mais il s’agit, précisément, d’une moyenne. Si on regarde plus en détail, on prend conscience de deux choses. Tout d’abord que le gros de la hausse a eu lieu au cours des six premiers mois de l’année : entre le second et le premier semestre, les prix n’ont même pas progressé de 1 % ! [+0,88 % France entière, NDLR]. Ensuite, et ce point me semble primordial, on constate que l’année 2010 a consacré les disparités interrégionales. Sur les vingt régions que nous observons dans le cadre de notre baromètre, onze n’ont pas renoué avec des niveaux de prix d’avant-crise. Il s’agit de l’Alsace, de l’Auvergne, de la Bretagne, du Centre, de la Champagne-Ardenne, de la Basse et de la Haute-Normandie, de la Lorraine, du Nord-Picardie et du Poitou-Charentes. Ces régions ont pour point commun d’avoir connu une hausse de prix tellement brutale dans les premiers mois de l’année que les acheteurs n’ont pas pu suivre… A tel point qu’on observe même quelques baisses, comme en Haute-Normandie, où les prix ont reculé de 2 % sur l’ensemble de l’année.

Comment expliquer l’envolée observée par ailleurs ?

Laurent Vimont : La moyenne nationale est tirée par l’Île-de-France et les grandes métropoles. On a souvent lu que l’immobilier français est un marché à deux vitesses, avec Paris d’un côté et la province de l’autre. Il me semble qu’on doit plutôt parler de marché à trois vitesses : Paris, qui est en situation de surchauffe, avec un décalage croissant entre la demande et l’offre de logements disponibles, et un prix au mètre carré désormais proche des 8 000 euros ; le reste de l’Île-de-France et les régions dotées d’une préfecture dynamique, comme Lyon, Toulouse ou Nantes, qui ont pour la plupart retrouvé, voire dépassé leurs prix de 2008 ; enfin les marchés que l’on qualifiera de « ruraux », où l’équilibre entre l’offre et la demande est plus fluide, et où les prix s’ajustent plus facilement. Les onze régions que nous venons d’évoquer entrent dans cette troisième catégorie de marché, mais leur poids est moins important que celui des deux autres familles.

Dans la région de Marseille, les prix ont baissé de 0,3 % sur un an. Comment expliquez-vous une telle différence entre la cité phocéenne et les autres « préfectures dynamiques » ?

Laurent Vimont : Marseille a une évolution atypique. Pendant dix ans, la ville a connu une hausse de prix très forte, et c’est l’une des dernières de France à avoir été touchée par la vague de baisse du tournant 2008-2009. Elle est en décalage d’environ huit mois avec le reste du marché. On observe d’ailleurs que les prix y ont progressé de 1,25 % entre le premier et le second semestre, quand ceux de l’agglomération lyonnaise, par exemple, ont baissé de 0,04 %.

Revenons à Paris. Qui peut encore se loger dans la capitale ?

Laurent Vimont : Comme dans beaucoup de grandes villes où la demande de logements est supérieure à l’offre, l’ampleur de la hausse des prix parisiens s’explique en partie par la reprise des opérations d’achat-revente, segment du marché que la crise de 2008 avait plus ou moins gelé. Un propriétaire qui revend son logement bénéficie d’un apport plus important et peut s’endetter à moindre coût pour réaliser sa nouvelle acquisition. En ce sens, il profite de la hausse des prix, qu’il contribue à alimenter. Paris est-elle une ville de riche ? Peut-être pas au sens où on l’entend généralement. Je pense notamment aux ménages modestes qui ont fait le choix de se serrer la ceinture il y a dix ans en achetant dans les arrondissements de l’est parisien. S’ils revendent aujourd’hui, ils peuvent acheter plus facilement un logement plus grand. On le sait peu, mais Paris est la ville où les emprunteurs s’endettent le moins, à hauteur de 64,6 % du montant de la transaction immobilière contre 76,7 % en France ; c’est aussi là que les emprunts sont les moins longs, de 19,2 années en moyenne, contre 20,4 ans en France. La principale raison de cette différence réside dans les plus-values que les propriétaires réalisent au moment de la revente de leur logement.

Les non-propriétaires ont-ils une chance de pouvoir accéder à la propriété à Paris ?

Laurent Vimont : La hausse des prix ne va vraisemblablement pas se poursuivre au même rythme. Pour 2011, nous tablons une hausse de l’ordre de 5 %. Même si Paris est un marché à part en France, les acheteurs ne sont pas prêts à acheter n’importe quoi à n’importe quel prix. Une preuve que le marché est en train de se gripper : les délais de transactions, qui avaient fortement baissé tout au long de l’année, ont regagné 4 jours au quatrième trimestre. Ce phénomène devrait d’ailleurs se poursuivre cette année. Le fait qu’un grand nombre de projets reportés en 2008-2009 a été menés à bien en 2010 devrait concourir à l’accalmie générale.

Sur l’année, vous estimez qu’« une hausse des prix de l’immobilier entre 2 et 3 % n’est pas à exclure » en France….

Laurent Vimont : Il faut rester prudent. Pour faire des pronostics en termes d’évolution des prix, il faut tenir compte d’une variable extrêmement importante, mais aussi extrêmement volatile : les taux d’emprunt immobilier. Début 2010, nous anticipions une hausse de 3 à 4 % des prix sur l’ensemble de l’année en France. Ce scénario s’appuyait sur l’hypothèse, communément admise à l’époque, que les taux remonteraient fortement au cours des douze mois à venir. Personne n’anticipait alors qu’ils termineraient l’année à leur plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale ! L’important, c’est que nous avions raison sur la tendance… Et cette année, la tendance sera au ralentissement, avec des prix de l’immobilier en hausse en moyenne nationale, mais une hausse beaucoup moins forte qu’en 2010. Surtout, 2011 devrait consacrer les disparités colossales qu’on observe déjà entre les trois types de marchés que nous décrivions plus tôt : Paris, les autres zones dynamiques, et les régions plus rurales.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
Donnez votre avis
Vous devez être enregistré pour pouvoir poster sur cet article
(il vous reste 2000 caractères)

  • 0 Reco 12/01/2011 à 13:49 par sisanat

    Oui, l'immobilier augmente toujours et encore, c'est bien pour cela que dans 10 ans les prix auront pratiquement doublé, pareil dans 20 ans .....
    Dans 20-30 ans les logement vaudront en moyenne 10000€ le m² partout en france.
    il est pas beau le monde de bisounours des agents immobiliers.
    Ce monsieur est juge et parti

  • 1 Reco 07/01/2011 à 19:00 par lapoliss

    @4immobilier
    INCROYABLE MAIS VRAI ! Je viens de vérifier, et ils n'ont effectivement pas d'agence à Lille
    http://www.century21.fr/t rouver_agence
    C'est peut-être pour ça que Lille n'est pas citée au rang des « préfectures dynamiques » !

  • 0 Reco 07/01/2011 à 12:15 par 4immobilier

    Juste pour signaler que Mr Vimont parle de prix sans toujours savoir exactement de quoi il parle. Century 21 n'a , par exemple, pas une agence a Lille pour info.

  • 1 Reco 06/01/2011 à 16:08 par UFFA 92

    Pour parler des prix de l'immobilier les professionnels citent surtout PARIS et l'ile de france. Ailleurs en effet, ce n'est pas la même chose loin de là. Et en ile de france, celà va finir par "coincer" pour cause de prix trop hauts car si on nous "assomme" avec des annonces de "taux historiquement bas" il faut dire aussi que les prix ont atteints un niveau "historiquement haut" ! Dans ces conditions, les acheteurs potentiels ont atteints les limites de leurs budgets et ne peuvent plus suivre. La hausse des taux d'interêts aura un impact beaucoup plus important que feint de croire M. VIMONT car, avec la hausse de décembre 2010, de nombreux candidats à l'achat ne sont déjà plus solvables notamment en ile de france.

  • 0 Reco 06/01/2011 à 15:44 par nico

    si c'est un expert qui a un parti pris qui le dit alors...

  • 0 Reco 06/01/2011 à 15:40 par lapoliss

    "N'importe quoi, les prix de l'immobilier ce ne fait que d'augmenter toujours et encore !!!"
    C'est peu ou prou ce que dit M. Vimont ! Les prix vont continuer d'augmenter cette année, mais moins fortement qu'en 2010.

  • 0 Reco 06/01/2011 à 14:06 par papa noël

    N'importe quoi, les prix de l'immobilier ce ne fait que d'augmenter toujours et encore !!!
    Tout ça c'est des manipulations pour obliger les gens à brader leur biens pour lesquels ils se sont endettés sur 25 ans !!!
    L'immobilier augmente, faut faire avec...


En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez nos CGU et l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale, la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux ainsi que des services et offres adaptés à vos centres d'intérêts.
Pour en savoir plus et paramétrer les cookies...