Interview
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Interviewjeudi 13 septembre 2012 à 16h57

"Le durcissement de la loi SRU ne règlera pas à lui seul le problème du logement"


Christophe Robert, sociologue et délégué général de la Fondation Abbé PierreChristophe Robert, sociologue et délégué général de la Fondation Abbé Pierre (©Ljubisa Danilovic/FAP)

Christophe Robert, sociologue et délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre, prend position sur le projet de loi Duflot destiné à doper la construction de logements sociaux. Un texte qu'il juge « courageux politiquement, mais qui ne suffira pas à résoudre le problème du logement »...

(LaVieImmo.com) - La partie du projet de loi sur la mobilisation du foncier de l’Etat, qui porte à 25 % les objectifs de construction de logements sociaux dans les communes de plus de 3 500 habitants, vient d'être votée par les sénateurs. Cela est-il conforme à vos attentes en matière de logement ?

Christophe Robert : Compte tenu du fait que ce texte est destiné à produire davantage de logements, on se retrouve dans ce qui est emblématique du combat de l’Abbé Pierre. Cela va donc dans le bon sens. Mais nous regrettons notamment que le quintuplement des amendes (contre les communes récalcitrantes) prévu par le dispositif soit soumis au bon vouloir des préfets. Il aurait fallu le rendre automatique.

Ce gouvernement prend-il enfin le problème du logement à bras le corps ?

Christophe Robert : Il est trop tôt pour le dire... Car le logement, ce n’est pas qu’une question de logement. C’est aussi celle de l’emploi, de la famille, de la santé, de la ville, de la cohésion… Ce sujet doit être traité comme un problème de société. Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que des signes politiques montrent que le logement occupe une autre place qu’auparavant. On le voit dans les promesses présidentielles, dans le discours de M. Hollande et dans les mesures du gouvernement qui se retrouvent à l’heure actuelle en vote au Parlement, les emplois d’avenir et le projet de loi sur le logement. C’est courageux politiquement, mais il est important de souligner que cela ne suffira pas à résoudre le problème du logement.

Pourquoi ?

Christophe Robert : Parce que promettre de bâtir 500 000 logements dont 150 000 sociaux (les objectifs de construction du gouvernement), ce n’est pas possible si derrière, l’Etat n’est pas en mesure d’en assurer le budget. Les questions liées au pouvoir d’achat des ménages, ou les problèmes que rencontre le secteur du bâtiment en ce moment sont des écueils de taille à prendre en considération dans la mise en place de cette mesure. C’est pourquoi nous voyons des signaux politiques forts, mais rien ne nous permet de savoir s'ils sont viables structurellement.

Selon Cécile Duflot, il s’agit aussi d’une « loi pour en finir avec les ghettos ». Les détracteurs du logement social font pourtant valoir que c'est un instrument de la ghettoïsation...

Christophe Robert : C’est faux. Le logement social vise à accroître la diversité de l’habitat, donc la mixité. Maintenant, on peut espérer que le durcissement de la loi SRU (Loi de solidarité et de renouvellement urbains) ne réglera pas à lui seul le problème des ghettos, mais qu'il y contribuera. Si l’on regarde la qualité, la taille des habitations ou leur consommation, on se rend compte que ne sont plus les logements sociaux d’autrefois. Ce sont de petites opérations, bien insérées dans le tissu urbain. L’une des idées derrière leur construction est, par exemple, de favoriser la mobilité des jeunes et des étudiants qui veulent quitter le domicile familial. C’est cela le logement social d’aujourd’hui.

Les associations déploraient la présence de trop nombreux PLS (prêts locatifs sociaux, destinés à loger des familles aux ressources les plus élevées) au sein de la production de HLM, et l'insuffisance des logements très sociaux. Qu’en est-il avec ce nouveau projet de loi ?

Christophe Robert : Ce qui se passait jusqu’alors, c’est qu’une commune pouvait se mettre en conformité avec la loi SRU en produisant seulement des PLS, au détriment ménages les plus modestes. C’était un moyen de contourner la loi, et le tir est un peu rectifié dans ce projet de loi : dorénavant, on retient le seuil maximal de 50 % de PLS dans la prise en compte du taux de logements sociaux dans les communes concernées. C'est-à-dire que tous les logements intermédiaires qui seront construits au-delà de ce seuil ne seront plus comptabilisés. Ce qui est encore trop, beaucoup trop à notre sens. Cela dit, il ne s'agit pas d'abandonner les PLS. Partout où on a besoin de logements sociaux, on peut aussi avoir besoin de logements intermédiaires.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2014 LaVieImmo
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  • 0 Reco 14/09/2012 à 14:51 par Fredb

    Tout à fait, c'est souvent le problème, au lieu de s'attaquer au problème de fond et de mettre en oeuvre les réformes adéquates, on fait des mesurettes qui s'entassent et dont les effets s'entrechoquent...

  • 0 Reco 14/09/2012 à 01:08 par pieu

    c'est du pipeau tout ça....on a mis la loi SRU en place, ça a pas empecher les prix de tripler en 12 ans !
    au grand bonheur de nos politicards, tous gavés d immo dans leurs patrimoine !

  • 0 Reco 13/09/2012 à 17:30 par Marc

    Passer de 20 à 25 %, c'est comme dire à quelqu'un qui mesure 1.70 qu'il doit dorénavant mesurer 1.85 m. Spontanément il ne se passera rien du tout.
    Comme le vrai goulot d'étranglement de la production est le besoin en fonds propres des organismes sociaux (qui découle d'un rapport insuffisant entre niveau des loyers et prix de revient) rien n'évoluera si l'état ne met pas la main au pot en subventions sonnantes et trébuchantes.

  • 0 Reco 13/09/2012 à 17:29 par antoine

    certes mais le meilleur est a venir!