Interview
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InterviewInterviewjeudi 26 janvier 2012 à 16h53

"Le gouvernement gonfle son bilan en matière de logements sociaux"


Patrick Doutreligne, porte-parole de la Fondation Abbé Pierre
Patrick Doutreligne, porte-parole de la Fondation Abbé Pierre
Patrick Doutreligne, porte-parole de la Fondation Abbé Pierre (©Séb!Godefroy/Fap)

Patrick Doutreligne, porte-parole de la Fondation Abbé Pierre, réagit pour LaVieImmo.com aux derniers chiffres du financement de la construction de logements sociaux en France, dévoilés cette semaine par le secrétaire d’Etat au Logement.

(LaVieImmo.com) - Diriez-vous, vous aussi, que 2011 a été une année « une année exemplaire » pour le logement social ?

Patrick Doutreligne : Exemplaire en termes de quoi ? Rien dans les chiffres présentés hier ne justifie un tel enthousiasme - si ce n’est la méthode Coué. Un peu plus du tiers des 120 000 logements annoncés sont des PLS [logements HLM financés à l’aide d’un prêt locatif social, NDLR], uniquement accessibles dans les faits à des ménages qui gagnent près de fois trois le SMIC. Soit en réalité des logements intermédiaires, nécessaires, mais qui ne répondent pas aux besoins en logements sociaux. La ficelle statistique est un peu grosse, mais habituelle… Ce qui l’est moins, c’est la prise en compte, pour la première fois, des logements financés dans les départements d’outre-mer – 7 900 au total…

En quoi cela est-il gênant ?

Patrick Doutreligne : Parce que c’est un moyen pour le gouvernement de gonfler artificiellement son bilan : non seulement les DOM n’étaient pas comptabilisés jusqu’à cette année, mais surtout le total annoncé intègre les opérations d’accession à la propriété, qui sortent du périmètre du logement locatif social et n’ont donc rien à faire là… On retrouve le même genre de passe-passe qu’avec la comptabilisation, en 2009, des logements sociaux cédés par la foncière Icade. Le fait de communiquer sur les financements et non la construction de logements sociaux autorise le gouvernement à dire un peu ce qu’il veut.

Selon vous, combien de logements sociaux ont été financés en France l’année dernière ?

Patrick Doutreligne : Un peu plus de 75 000, en ne retenant que les PLAI [logements financés à l’aide d’un prêt locatif aidé d’intégration] et les PLS [logements financés à l’aide d’un prêt locatif à usage social], qui sont les seuls logements véritablement sociaux. Mais là encore, attention ! On ne connaît pas le détail des logements estampillés PLAI. Or depuis quelques années, cette catégorie regroupe les chambres construites dans le cadre de structures collectives, telles les maisons de retraite et les résidences pour étudiants ou personnes handicapées. Donc, là non plus, pas des logements sociaux à proprement parler... Je crois qu’il convient de relativiser les annonces du gouvernement : on construit effectivement plus de logements sociaux qu’au début des années 2000, mais pas dans les proportions annoncées. Et non, l’effort n’est pas encore suffisant !

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 27/01/2012 à 10:38 par Apparu

    ministre de la crise du logement...

  • 1 Reco 27/01/2012 à 08:11 par MisterHadley

    Il y a déjà bien assez de logements "sociaux".

    Le fait qu'il n'y ait pas de turn over est simplement liés et celles et ceux qui, leurs revenus sérieusement améliorés, auront eu tendance à s'y croire en droit d'y rester autant que eux le voulaient, au détriment de celles et ceux qui en ont réellement besoin, tout comme eux étaient dans la nécessité quand ils n'avaient pas leurs revenus actuels...

    De plus, déléguer, sous déléguer, etc, etc, c'est une source de dérive financière assurée...

    Lorsqu'il y a 100 de décider tout en haut, on ne doit plus avoir que moins de 10 à l'arrivée, à cause des "déléguations", "sous délégation", etc, etc...

    Tout ce système foireux est devenu un business extrêment lucratif pour les "commissions" de ceci, ou de cela...

    Tout ça avec la thune publique.

    Enfin, ce n'est pas du "social" qu'il faut, ni enfermer ainsi le bon peuple dans un carcan "social" non plus...

    Tout le monde, un jour ou l'autre, sera ou aura été dans la nécéssité, ce n'est qu'une simple étape de la vie, comme tant d'autres...

    Vouloir à tout prix enfermer le bon peuple dans du "social" est un crime contre l'humanité.

    Il est plus que tant de reprendre les choses en main au bénéfice exclusif du plus grand nombre.

  • 0 Reco 27/01/2012 à 05:50 par quilorédi

    une bataille de chiffres dont se gargarise un gouvernement incapable de résoudre la crise du logement.
    Ainsi avance-t-on le nombre de logements financés mais pas celui de lancés et encore moins de mise en service.
    l'écart peut etre conséquent . Cela permet aussi de faire des comparaisons de mauvaise foi. A titre d'exemple il est toujours rappelé le nombre de logements de l'année 2000 à savoir 40000 qui est un bien mauvais chiffre en effet. mais sait-on que ce chiffre est en le résultat des décisions prises 3 ans plus tot par le Gouvernement de M. Juppé dont benoit apparu est un bébé!!! Il faut en effet en moyenne 3 ans entre la décision de construire et la remise des clés!
    Enfin sur les PLS, convenons que cela permet surtout à l'Etat de ne pas subventionner ce type de logement social sauf de de lui appliquer un taux de tva réduità 5,5% mainternant7%. Mais cela n'empécherait pas la Caf de conventionner en imposant les 3 tiers à savoir moins de 60%plus, de 60 à 100% plus et jusqu'à 130% plus. Il existe au moins un exemple de conventionnement de ce type avec la Foncière Logement, association loi 1901 créée et gérée par les partenaires sociaux pour le logement des salariés des entreprises cotisantes au 1% logement devenu Action Logement.
    L'Etat serait inspiré de généraliser cette regle qui permets de répondre à des objectifs en a priori difficiles à concilier à savoir mixité sociale et accès à un logement économiquement accessible.
    Dans le cas de la foncière, les deux tiers des logements sont vraiment sociaux au sens qu'évoque M. Doutreligne et un tiers pour faciliter le logement intermédiaire des salariés qui n'ont pas les moyens d'aller sur le marché libre (!) peuvent néanmoins trouver à travers ce dispositif une solution à leur problème de logement.


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