Interview
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InterviewInterviewvendredi 11 mars 2011 à 10h43

"Les emprunteurs sont les grands oubliés de la réforme du PEL"


Serge Maître, secrétaire général de l'Afub
Serge Maître, secrétaire général de l'Afub
Serge Maître, secrétaire général de l'Afub (©dr)

Serge Maître, secrétaire général de l’Association française des usagers de banque (Afub), revient pour LaVieimmo.com sur la réforme du Plan épargne-logement (PEL) du 1er mars dernier. En outre, ce produit est passé à un taux de rémunération de 2,5 %, sera ponctionné annuellement et a une durée de vie de quinze ans, sans quoi il devient un compte sur livret ordinaire. Mais pour cette association de protection des droits des usagers de banque, si le nouveau PEL est « une carotte pour les épargnants », c’est avant tout « une panne de réforme pour les emprunteurs ».

(LaVieImmo.com) - L’Afub déclarait en novembre dernier que l’Etat serait « le grand gagnant » de la réforme. Maintenez-vous cette analyse aujourd’hui ?

Serge Maître : Oui, les nouvelles dispositions applicables depuis le 1er mars « oublient » les emprunteurs. L’Etat est bien le seul gagnant, puisqu’il va percevoir les prélèvements sociaux annuellement, et non plus au bout de 10 ans comme auparavant. C’est à son seul bénéfice. Le PEL est devenu un produit d’épargne : 6 % des titulaires seulement l’utilisaient il y a deux ans pour un prêt immobilier, les autres le concevant avant tout comme un « super livret A ». C’est un phénomène que le gouvernement pérennise dans cette réforme, car on donne une « carotte » aux épargnants en adaptant la rémunération du plan au fil du temps, mais on délaisse une fois de plus les emprunteurs avec un taux défavorable.

Justement, le taux d’intérêt de l’emprunt immobilier est resté à 4,20 % …

Serge Maître : En effet, et c’est une erreur. Dans le secteur concurrentiel des banques, on propose des produits au taux de 4 % en ce moment. Ils sont donc plus tentants qu’un PEL ! Certes, les taux augmentent en ce moment, mais pourquoi attendre une remontée encore plus forte pour rendre le PEL intéressant ? Ce produit est devenu au fil du temps dissuasif pour les emprunteurs. Le seul petit avantage que l’on peut lui trouver réside dans son caractère d'« épargne forcée », car de facto les ménages s’obligent à mettre de petites sommes de côté, dans le but de se constituer un apport personnel.

La réforme a limité à 15 ans l’utilisation du PEL. Qu’en pensez-vous ?

Serge Maître : Cela a peu d’incidence sur les utilisateurs. Tout simplement car en pratique, et même si le PEL n’avait aucune limite de temps, les banquiers limitaient déjà son exercice. Ils pouvaient dans certains cas le tolérer jusqu’à 15 ans, mais c’était rare. La réforme n’a donc fait que prendre en considération la réalité d’une pratique bancaire généralisée.

Vous dites que les emprunteurs sont délaissés, mais peut-on dire que le logement l’est aussi ?

En effet, le logement est, in fine, oublié. En théorie, le PEL devait être un levier pour permettre l’accession immobilière. C’était sa vocation première, mais cela n’est plus le cas aujourd’hui. Le gouvernement a préféré s’axer davantage autour du PTZ+, qui n’est certes pas mauvais en soi. Mais, bien que Christine Lagarde souhaite que le PEL « soit plus populaire et plus attractif », la recommandation aux empunteurs qui consiste à attendre que les taux remontent, ne peut faire illusion. Cela ne va pas dans le sens d’une politique rationnelle du logement.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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