Interview
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InterviewInterviewlundi 30 juin 2008 à 12h03

"Les JO ont freiné l'immobilier chinois"


(LaVieImmo.com) - Eric Majou, responsable grands comptes export chez CB Richard Ellis, fait le point pour La Vie Immobilière sur les caractéristiques du marché immobilier chinois. Retrouvez cet interview dans le numéro 19 de La Vie Immobilière, disponible en kiosque.

La Vie Immobilière : Comment se porte le marché immobilier chinois ?

Eric Majou : La demande est extrêmement forte. Après une légère période de crise de 1998 à 2001, l'économie est repartie. Aujourd'hui, la croissance dépasse 10 %. La population s'est enrichie. L'arrivée massive de jeunes actifs dans les grandes villes chinoises a accentué fortement les besoins en logements. Par ailleurs, l'absence de législation contraignante jusqu'à 2006 a favorisé l'investissement chinois et étranger ces dernières années. Les prix ont beaucoup grimpé depuis 2005 mais, aujourd'hui, on observe un ralentissement du marché. Cependant, cette inflexion de tendance est largement volontaire. Le gouvernement chinois ne souhaite pas que les prix grimpent trop vite. L'Etat a donc mis en place une série de dispositifs pour combattre la spéculation et freiner la hausse des prix. Avec succès. A Pékin, par exemple, le coût des appartements de haut de gamme a reculé de 3,4 % en un trimestre, même s'ils ont augmenté de 29 % sur douze mois.

La Vie Immobilière : Cet interventionnisme est-il justifié ?

Eric Majou : Un assainissement du marché était probablement nécessaire. Avant ces lois, deux tiers des achats concernaient l'investissement et non l'achat de résidences principales. Un appartement pouvait changer de mains trois ou quatre fois avant d'être construit. Les Chinois ont profité de ces dernières années pour utiliser l'immobilier comme un investissement à court terme, car il existe peu de placements financiers développés dans le pays. Cette période est derrière nous. Désormais, le nombre d'emprunts a été réduit à un par foyer. L'impôt sur les plus-values a été fixé à 25 % du gain réalisé si l'on revend avant deux ans. L'achat par les étrangers est désormais réservé aux résidents installés depuis un an possédant un contrat de travail en cours de validité. Il reste possible pour une société étrangère d'investir dans la pierre. Mais, là aussi, les procédures se sont complexifiées.

La Vie Immobilière : Les prix vont-ils repartir à la hausse ?

Eric Majou : Le marché connaît un coup de mou mais les prix devraient grimper de nouveau, d'autant que l'on assiste à un retour de l'inflation ces derniers mois, avec un pic à 8,5 % en avril sur un an. Les prix n'ont probablement pas atteint leur plus haut. Le coût du mètre carré pour un appartement de haut de gamme tourne autour de 29 200 yuans (2 730 euros) à Pékin, et moitié moins pour du milieu de gamme. On peut sans risque miser sur une croissance des prix de près de 10 % par an dans les prochaines années. Le marché immobilier chinois est relativement jeune, puisque l'accès à la propriété ne date que des années 1990. La majorité des produits disponibles a à peine cinq ans. Aujourd'hui, on assiste à une amélioration sensible de la qualité, avec en parallèle une construction de plus en plus rapide. Par ailleurs, les acheteurs sont de plus en plus exigeants. On arrive à une phase de maturité du marché.

La Vie Immobilière : L'annonce des Jeux olympiques à Pékin a-t-elle eu une influence sur les prix et sur la demande ?

Eric Majou : Les JO ont agi comme un accélérateur de la montée des prix. Cependant, à l'approche de l'ouverture des jeux, cet effet s'est inversé. Les promoteurs se sont concentrés sur la construction d'équipements et d'infrastructures et n'ont quasiment pas développé de projets résidentiels. Peu ou pas de programmes sont aujourd'hui en vente à Pékin. Le marché devrait repartir après l'été.

La Vie Immobilière : L'immobilier chinois est en plein essor ; pourtant, peu - ou pas - d'entreprises françaises sont présentes sur ce marché. Pour quelles raisons ? *

Eric Majou : Concrètement, elles ne pourraient être compétitives. Il leur serait difficile de lutter avec des compagnies d'Etat, qui ont des coûts de production planchers et qui s'arrogent les meilleurs marchés. Aucun promoteur français n'est présent en Chine, même si Bouygues, par exemple, est implanté à Hongkong. Ce n'est pas une spécificité française. Très peu d'entreprises européennes travaillent dans ce secteur. Lorsqu'elles sont présentes, elles le sont sous forme de joint-venture, c'est-à-dire en association avec une société chinoise. En revanche, les entreprises chinoises sont très actives sur les marchés étrangers. C'est le cas par exemple de China State Construction, une compagnie gouvernementale cotée à la Bourse de Hongkong. Cette société construit à Dubai, à Singapour, en Afrique. Comme d'autres, il est probable qu'elle vise des implantations sur les marchés européens et états-uniens dans les années à venir

Propos recueillis par Jorge Carasso

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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