Interview
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InterviewInterviewjeudi 15 janvier 2009 à 10h58

"L’Etat n’a pas envie de s’engager pour mettre fin au mal-logement"


(©dr)

A quelques heures d’un nouveau rendez-vous au ministère du Logement, décidé à faire un point sur le relogement des familles pour lesquelles l’Etat s’était engagé voici plus d’un an, Jean-Baptiste Eyraud, président de l’association Droit au logement (DAL) revient pour Lavieimmo.com sur l’avancée de la situation des mal-logés en France. Entre Droit au Logement Opposable (DALO), équipement des communes en logements sociaux, hébergement d’urgence, … Le sujet est large, et plus que jamais d’actualité.

(LaVieImmo.com) - Lavieimmo.com : Depuis le 15 décembre, l’association Droit Au Logement (DAL) organise à nouveau des marches, demandant un rendez-vous à Matignon. La semaine dernière, vous avez annoncé avoir établi un contact par téléphone… Qu’en est-il aujourd’hui ?

Jean-Baptiste Eyraud : Comme vous le savez, Matignon refuse toujours de nous recevoir. Pour eux, c’est le ministère du Logement qui est seul compétent. Mais nous sommes reçus aujourd’hui au ministère du logement…

Lavieimmo.com : Quel est votre plan d’action ?

Jean-Baptiste Eyraud : Nous nous y rendons prudemment. Après une première rencontre infructueuse où ils nous ont écouté sans agir… Cette fois-ci, auront-ils quelque chose à nous proposer ? A force de dire que les blocages dans les opérations de relogement viennent du DAL, la discussion n’est pas constructive… Il faut dès à présent mettre en place un nouvel échéancier, avec des objectifs hebdomadaires, de nouvelles dispositions, par exemple faire appel aux bailleurs privés. Au besoin, ayons recours à des réquisitions ! Chirac l’a bien fait en 95 alors pourquoi la droite ne pourrait-elle pas le faire aujourd’hui ?

Lavieimmo.com : Le DAL a décidé malgré tout de continuer d’organiser ces marches dominicales. En dépit des violences auxquelles vous avez dû faire face récemment (cliquez ici), vous serez bien dans la rue dimanche…

Jean-Baptiste Eyraud : Il y a eu du violences policières c’est vrai, mais dorénavant, nous la préfecture nous avant notre passage. Nous avons établi un itinéraire. Les choses devraient moins déborder, mais après tout, on ne sait jamais. La police peut être brutale. D’ailleurs, nous avons porté plainte à l’IGS.

Lavieimmo.com : Augustin Legrand affirmait récemment vouloir « engager un rapport de force » avec l’Etat, et mener des opérations coup-de-poing dans le cadre de l’action des Don Quichotte (cliquez ici). Qu’en est-il pour le DAL ? Les marches dominicales resteront-elles vos principales manifestations ?

Jean-Baptiste Eyraud : Ces marches, nous sommes amenés à les poursuivre, si l’Etat ne débloque pas de moyens complémentaires, et ne respecte pas ses engagements. Quant aux autres actions, nous ne les annonçons pas. Nous ne jugeons pas utile de faire monter la mayonnaise avant.

Lavieimmo.com : Où en êtes-vous de votre condamnation en justice pour avoir « embarrassé la voie publique » (cliquez ici). Comptez-vous médiatiser votre recours en appel ?

Jean-Baptiste Eyraud : Nous sommes toujours décidés à faire appel. Rendez-vous le 4 mars, devant la troisième chambre du Palais de justice. Le procès sera bien entendu l’occasion de médiatiser la cause des mal-logés, mais rien n’est encore cadré. Nous avons seulement reçu le jugement vendredi dernier…

Lavieimmo.com : Le tribunal de Police de Paris n’est seul à faire le procès du DAL. Christine Boutin, récemment, rejetait sur vous la responsabilité des retards en matière de relogement. L’association lui aurait transmis « trop tard » les dossiers des familles, certaines ayant même refusé les propositions qui leur auraient été faites (cliquez ici)…

Jean-Baptiste Eyraud : Christine Boutin se défend maladroitement. Il y aura certainement une plainte au parquet : nous voulons saisir le procureur. Nous avions remis au ministère 143 dossiers fin décembre 2007. En plus d’un an, 60 d’entre eux sont toujours en attente de relogement. 127 nouveaux dossiers ont ensuite été déposés début mars 2008. Les deux tiers sont encore en attente. Pendant l’été, nous en avons encore remis 72. Neuf sur dix restent à reloger…

Seulement 30 dossiers n’ont pas, à ce jour, été déposés au ministère, car ils n’avancent pas. Le ministère du logement a relogé par lui-même seulement 76 familles. De son côté, le DAL en a relogé 71 ! Pour la première fournée au moins, ils ont eu largement le temps nécessaire et tous les éléments en main ! L’Etat n’avance pas. Il n’est pas volontaire. Il en fait de moins en moins et c’est pourquoi nous nous mobilisons. En tout, sur les quatre derniers mois, il n’a fait que 27 propositions. C’est très peu…

Lavieimmo.com : Qu’en est-il des refus de relogement invoqués par Christine Boutin ?

Jean-Baptiste Eyraud : Il y a effectivement eu beaucoup de refus… mais des refus de la part des bailleurs ! 57 bailleurs ont refusé les propositions. Du côté des familles, ils ne sont qu’une trentaine. Mais seulement un ou deux de ces refus sont contestables. Les autres concernent des logements inadaptés. Certaines propositions de relogement éloignent beaucoup trop les personnes de leur lieu de travail… alors si être relogé abouti à une perte d’emploi !

Le problème est le même pour faire appliquer le DALO. En Ile-de-France surtout, beaucoup de propositions concernent des logements situés dans d’autres départements. Et en cas de refus, les familles perdront leur droit selon le projet de loi. On aboutit alors à des refus en cascade, qui apurent les obligations de l’Etat. C’est un peu facile, non ?

Nous luttons contre ces mesures perverses mais l’Etat n’a pas envie de s’engager, et cherche à minorer le poids des associations d’accompagnement aux mal-logés. Dans le cadre de la loi Boutin, un amendement a d’ailleurs été adopté par le rapporteur, qui ferait disparaître les associations de défense comme le DAL aux côtés des usagers dans l’exercice de leur DALO. Et pourtant, ce sont ces mêmes associations de défense des mal-logés qui sont à l’origine du DALO

Lavieimmo.com : Justement, quel est votre point de vue sur la loi Boutin et les dernières mesures annoncées par le gouvernement. Qu’en attendez-vous ?

Jean-Baptiste Eyraud : Le gouvernement se contente d’agir en faveur des promoteurs. Les locataires sont laissés en retrait. La loi Boutin entérine un certain nombre de choses négatives, comme les expulsions locatives, dont le délai de mise en œuvre pourrait être réduit (cliquez ici). Au lieu de cela, Madame Boutin aurait pu saisir l’occasion d’améliorer la mise en œuvre du DALO : l’Etat n’arrive même pas aujourd’hui à loger les demandeurs prioritaires.

Propos recueillis par Aurélie Rodriguez

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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