Interview
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InterviewInterviewlundi 14 janvier 2008 à 11h05

« L’objectif de 500 000 constructions par an fixé par Sarkozy ne devrait pas être atteint à court, voire à moyen terme », François Jouven, président d’Akerys


(LaVieImmo.com) - François Jouven, président du groupe Akerys, est récemment monté au créneau pour défendre le dispositif Robien dans les petites agglomérations. Il revient pour Lavieimmo.com sur les raisons qui l’ont amené à le faire, avant de décrire la situation sur le secteur de la construction en France.   Lavieimmo.com : Il y a des rumeurs de suppression du Robien en zone C. Récemment, vous avez pris sa défense. Ce dispositif est-il réellement menacé dans les petites villes ?   François Jouven : Il s’agit effectivement de rumeurs récurrentes. En temps normal, je n’aurais pas pris la peine de commenter. Cependant, compte tenu de la chute prévisible des mises en chantier, ces projets me sont apparus en complète contradiction avec les ambitions affichées par le Président de la République.   Les rumeurs en questions portent sur une éventuelle suppression du dispositif dans ce qu’on appelle la zone C. La loi Robien découpe la France en quatre zones géographiques, A, B1, B2 et C, selon un critère de densité de population. Chaque zone est assortie d’un plafond de loyer que les propriétaires s’engagent à ne pas dépasser pour profiter des avantages fiscaux prévus par le régime Robien. La zone C comprend les agglomérations de moins de 50 000 habitants, ce qui représente 90% du territoire et 40% de la population française.   Les partisans d’une suppression du Robien en zone C avancent que ces marchés seraient saturés et qu’il n’est plus ni possible ni souhaitable d’y construire des logements. Ceci n’a aucun sens. Les zones les plus saturées en France ne sont pas en zone C mais en zone B, Montauban, par exemple, qui est fréquemment citée comme une ville saturée, ne se trouve pas en zone C mais en zone B. Idem pour Vichy, Colmar, Albi, ou encore Limoges, pour n’en citer que quelques unes. A l’inverse, on trouve en zone C des villes comme Beaune, qui est une agglomération prospère, située au milieu d’un nœud de communication, et où il y a de vrais besoins en logement. Il en est de même pour Dreux, Voiron, Draguignan, Toul, Aix les Bains, etc. On ne peut pas se permettre de généraliser. Il y a des villes à marché saturé en zone C et des villes où le marché est demandeur. La zone C et la zone B ne sont pas uniformes. Elles sont constituées d’une série de micro-marchés, dont les uns sont suffisamment pourvus en logements, et les autres prometteurs ou offrant un parc locatif vieillissant, inadapté voire insuffisant.   On peut réfléchir à améliorer le zonage ; on peut rechercher d’autres critères comme le niveau d’activité ou les mouvements migratoires : il y a peut -être une piste à explorer mais on ne peut pas imaginer de supprimer purement et simplement le dispositif dans une zone où il permet chaque année la construction d’environ 20 000 logements. En tout cas pas quand le gouvernement s’est fixé l’objectif de 500 000 nouvelles constructions par an et qu’on est loin du compte.   Lavieimmo.com : Ne pensez-vous pas que ces logements pourraient être construits sous le régime Borloo ?   François Jouven : Non. Les plafonds du régime Borloo sont inférieurs de 20% à ceux dispositif Robien, la rentabilité locative qu’ils offrent en zone C n’est donc pas suffisamment incitative pour permettre de sortir de telles opérations. Le Borloo est théoriquement possible en zone C. Mais dans les faits, je n’en connais pratiquement pas en zone C. Les seuls qui existent sont en zone A ou en zone B.   Lavieimmo.com : Vous faisiez référence un peu plus tôt à l’objectif du gouvernement de construire 500 000 nouveaux logements neufs par an. Vous semble-t-il réalisable ?   François Jouven : C’est peut-être la première fois en France que les experts immobiliers et les politiques sont d’accord sur ce point. On doit faire face à la fois à la croissance des ménages qu’on avait sous estimés jusqu’en 2030 et à l’insuffisance des constructions du passé. Je ne suis pas très optimiste, et je doute que l’objectif soit atteint à court, voire à moyen terme. 430 000 logements ont été mis en chantier en 2007, soit un peu plus qu’en 2006. Cependant, tout porte à croire qu’on devrait rapidement repasser en dessous du seuil des 400 000, peut-être même dès cette année… Vous savez, ce n’est pas parce qu’un permis de construire a été délivré qu’un programme sera effectivement mis en route : les promoteurs, et c’est bien légitime, préfèrent renoncer à un projet s’ils savent qu’ils auront des difficultés à le vendre.   Au problème de solvabilité des ménages, s’ajoute le problème des coûts de construction. Ceci devrait continuer à croitre au cours des prochaines années. Les mesures prises dans le cadre du Grenelle de l’environnement, sont individuellement toutes légitimes. Il est évidemment nécessaire de construire des immeubles plus respectueux de l’environnement, moins consommateurs d’énergie. Mais si on met en œuvre, sans échelonnement toutes les mesures envisagées, on aura une augmentation d’environ 20% des coûts. Ceci veut dire encore moins de mises en chantier, pour des acheteurs dont la solvabilité connait des limites évidentes.   Propos recueillis par ES

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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