Interview
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InterviewInterviewlundi 19 novembre 2007 à 08h50

"Notre métier a méprisé le grand public", Jean-Paul Viguier, architecte DPLG


(LaVieImmo.com) - Environnement, immeubles de grande hauteur, rénovations urbaines, Jean-Paul Viguier, architecte de la refonte du quartier de l'Amphithéâtre à Metz, décrypte pour La Vie Immobilière les nouvelles tendances urbanistiques. Cet interview a été publiée dans le numéro 13 du magazine La Vie Immobilière

La Vie Immobilière : Vous connaissez bien les Etats-Unis pour y mener plusieurs projets architecturaux. La conception de l'urbanisme outre-Atlantique est-elle différente de celle de la France ?

Jean-Paul Viguier : L'approche de l'urbanisme est beaucoup plus pragmatique aux Etats-Unis. Les Américains sont habitués à parcourir de longues distances pour se rendre au travail, faire leurs courses, amener leurs enfants à l'école. Mais le prix de l'essence ayant triplé ces dernières années, ces déplacements constituent aujourd'hui des dépenses considérables pour les foyers. Bill White, maire de Houston (Texas), l'une des villes américaines les plus étendues, a été réélu sur l'idée qu'il fallait repenser l'urbanisme de la ville pour rapprocher les commerces, les écoles et le travail de ses concitoyens. Ce débat a lieu sur tout le territoire. C'est un bel exemple d'adaptation de la ville à l'époque.

La Vie Immobilière : Les Français connaissent peu le travail des architectes. Comment expliquez-vous cet état de fait ?

Jean-Paul Viguier : Les relations entre les architectes français et le grand public sont détestables. Longtemps, notre corps de métier a dévalorisé le logement. Aux Beaux-Arts, le travail sur l'habitat collectif et individuel était à mon époque qualifié de « sordide ». Cette période est révolue, mais nous en subissons encore les conséquences car nous nous sommes coupés des citoyens. Les architectes n'interviennent que dans 2 à 5 % des maisons individuelles. En Grande-Bretagne ou en Allemagne, il est courant de faire appel à un homme de l'art pour la construction de son logement.

La Vie Immobilière : La plupart des grandes villes d'Europe construisent des immeubles de grande hauteur (IGH). Existe-t-il des freins à Paris dans ce domaine ?

Jean-Paul Viguier : Paris est l'une des villes les plus homogènes au monde. Les immeubles sont de même hauteur, de même style, construits dans les mêmes matériaux, la moitié de la ville ayant été bâtie en dix-huit ans, sous la houlette du baron Haussmann, de 1852 à 1870. Cependant, il y a des secteurs où la construction d'un bouquet de tours pourrait apporter un plus esthétique à la ville, comme dans le nouveau quartier Masséna, dans le sud de la capitale. Les Verts estiment que la densité doit diminuer à Paris et font obstacle à la construction de nouvelles tours. C'est une erreur. Historiquement, toutes les villes qui ont vu leur densité diminuer ont décliné.

La Vie Immobilière : Vous êtes architecte en chef du projet du quartier de l'Amphithéâtre à Metz, qui prévoit la refonte des abords de la gare TGV sur 200 000 m2. Quelles sont les pistes étudiées ?

Jean-Paul Viguier : Ce projet est une belle occasion d'expérimenter sur un vaste territoire le mélange des fonctions à l'intérieur d'un même bâtiment - commerces, bureaux, logements - et non plus de les segmenter par immeubles, comme cela s'est toujours fait. Il s'agit de créer de l'intensité dans la ville et du lien entre les gens. L'ensemble du chantier est destiné à accueillir des édifices mixtes avec, en proportions égales, des boutiques en rez-de-chaussée, des bureaux dans les premiers étages et des habitations dans les niveaux supérieurs. J'ai ainsi proposé ce concept dans ma réponse à l'appel d'offres pour la construction de la tour Signal à la Défense.

La Vie Immobilière : La question environnementale occupe aujourd'hui une place importante dans le débat public. Comment cette préoccupation se traduit-elle en architecture ?

Jean-Paul Viguier : Les investisseurs institutionnels exigent désormais que les immeubles construits s'inscrivent dans la démarche HQE (haute qualité environnementale), notamment pour avoir des garanties sur la durabilité du bâtiment. L'utilisation de certaines technologies coûte plus cher, mais c'est un investissement pour le futur. La problématique est différente pour l'immobilier résidentiel, car ce n'est pas encore un argument de vente. La construction d'un immeuble labellisé « bio habitat » par Nexity à Courbevoie* avait donné lieu à un surcoût de 8 %, différence exceptionnellement prise en charge par le promoteur. Mais les acquéreurs ont acheté pour la localisation, pas pour les prestations environnementales.

* Lire également La Vie Immobilière n° 6 d'avril 2007, rubrique Architecture, p. 80.

Jorge Carasso

Propos recueillis par LaVieImmo.com - ©2016 LaVieImmo
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