Interview
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InterviewInterviewlundi 5 novembre 2007 à 14h50

"Pas de crise des "subprimes" à la française… du moins pour le moment", Jacques Poindron, porte-parole de l’Afub


(LaVieImmo.com) - Le rapport de l’Association française des utilisateurs de banques (Afub) a fait l’effet d’une bombe : entre 35 000 et 50 000 ménages français ayant contracté des crédits immobiliers à taux variables courraient le risque de se retrouver dans une situation financière délicate du fait de la hausse récente des taux. L’affaire a fait grand bruit, au point que Nicolas Sarkozy, qui a reçu les représentants du secteur bancaire à l’Elysée lundi dernier, les aurait exhorté à plus de transparence. En réponse, les banques se sont engagées à « mettre en place une procédure individualisée d’examen de la situation » de ces ménages. Qu’en est-il de l’ampleur des risques encourus ? Doit-on craindre un dérapage à l’américaine ? Jacques Poindron, porte-parole de l’Afub, explique en détail pour Lavieimmo.com les mécanismes de ce que certains n’hésitent pas à qualifier, à tort, probablement, de crise des « subprimes » à la française.

Lavieimmo.com : Vous dîtes avoir reçu 500 plaintes de la part d’emprunteurs à taux variables. Sur quoi exactement portent ces plaintes ?

Jacques Poindron : Nous avons en effet reçu plusieurs centaines de témoignages de désarroi de la part d’emprunteurs choqués de constater que leur endettement se détériorait de manière notable, quelques mois seulement après avoir contracté un emprunt immobilier à taux variable. J’insiste bien sur ce point, il ne s’agit pas d’une évolution lente, sur du long terme, mais bien d’une aggravation rapide, sur une durée d’un an à peine. Cette détérioration peut prendre trois formes : un allongement de la durée des crédit pouvant aller jusqu’à 6 à 7 ans pour une durée initiale de 25 à 30 ans ; un accroissement du montant de l’échéance de 18 % au bas mot mais susceptible de monter jusqu’à 40% dans certains cas ; enfin, lorsque l’augmentation n’est suffisamment absorbée ni par l’allongement de la durée ni par l’accroissement de l’échéance, on se retrouve face à ce qu’on appelle l’« amortissement négatif », soit une situation dans laquelle l’emprunteur en vient à devoir rembourser sans cesse plus….

Lavieimmo.com : Comment en est-on arrivé là ?

Jacques Poindron : Tout cela est la conséquence du fait que l’emprunt souscrit n’est pas à taux fixe mais à taux variable, un taux qui va évoluer en fonction des variations d’un indice de référence. En l’occurrence il s’agit de l’Euribor, qui est le taux auquel les banques se prêtent de l’argent au jour le jour. Or, pour toute une série de raisons, l’Euribor a doublé en l’espace d’un an…

Deux choses sont à dénoncer ici. Tout d’abord cette indexation là est contre-nature : un crédit immobilier est un contrat à long terme - les ménages s’endettent en moyenne sur une durée de 23 ans – tandis que l’Euribor, lui, est un indice à court terme. Voilà pour l’explication technique. L’autre point met directement les établissements prêteurs en cause : pourquoi, à un moment où les taux d’intérêt étaient au plus bas, les banques n’ont-elles pas éclairé les emprunteurs, pourquoi n’ont-elles pas conseillé à leurs clients d’opter pour des taux fixe ? On parle de 2005-2006, quand il n’y avait qu’une différence minime entre le niveau des taux fixes et des taux variables, et qu’il n’était pas nécessaire d’être devin pour prédire que les taux ne pourraient pas continuer à baisser encore très longtemps, ou alors pas de manière marquée. Je n’hésite pas à le dire : les conseillers des banques ont souvent anesthésié les emprunteurs, endormi leurs doutes et leurs questions en faisant valoir le fait que le taux était « capé » et que la variation serait plafonnée. Or, en pratique, cette protection s’est souvent montrée illusoire, en raison d’une rédaction contractuelle souvent obscure.

Lavieimmo.com : Que conseillez-vous à ces particuliers qui vous ont alerté sur la difficulté de leur situation ?

Jacques Poindron : Les solutions passent essentiellement par une renégociation du prêt. Il faut discuter avec la banque prêteuse en exigeant une renégociation au prix du marché. Si les discussions n’aboutissent pas, mais cette situation est relativement rare, il ne faut pas hésiter à aller voir la concurrence et demander un rachat de crédit. Quoi qu’il en soit l’Afub est là pour apporter aux gens les conseils particuliers dont ils ont besoin. Les situations les plus délicates sont certainement celles de prêts à très long terme, supérieurs à 30 ans, pour lesquels la renégociation risque d’être plus difficile. Mais il y a toujours une solution, nous nous y engageons !

Lavieimmo.com : On parle beaucoup, notamment depuis que vous avez alerté l’opinion publique sur le fait que 35 000 à 50 000 ménages pouvaient potentiellement se retrouver dans une situation financière délicate du fait de l’augmentation de leurs mensualités, d’une crise des « subprimes » à la française. Qu’en est-il exactement ?

Jacques Poindron : Non, on ne peut pas, à l’heure actuelle du moins, parler de « subprime » à la française, même si la situation dans laquelle se retrouvent les 500 ménages qui nous ont contacté est inquiétante. Une des différences, et elle est de taille, entre les Etats-Unis et la France, c’est qu’ici l’ajustement se fait en priorité par la durée des crédit plutôt que par le montant des traites, ce qui évite le risque de crise d’insolvabilité. D’autre part, on ne connaît pas d’effondrement du marché immobilier français, tandis qu’aux Etats-Unis on assiste dans certains Etats à des ventes massives de logements et des baisses de 20 à 30% des prix des biens immobiliers.

Maintenant attention à une chose, il n’est pas exclu que la situation devienne beaucoup plus critique dans deux ou trois ans, si l’indexation des crédits à taux variables en venait à entraîner une augmentation continue de l’endettement des ménages concernés. Là, oui, on pourrait parler de crise à la française. Cependant j’ai bon espoir, tout le monde, particuliers, professionnels et politiques, ayant intérêt à ne pas en arriver là.

Lavieimmo.com : Justement, que pensez-vous de la prise de conscience à laquelle on assiste ? Nicolas Sarkozy, qui a réuni les professionnels des secteurs bancaire et de l’assurance en début de semaine, aurait mis les établissements prêteurs en garde contre le manque d’information que vous évoquiez plus haut.

Jacques Poindron : La classe politique, comme les professionnels sont en train de prendre la mesure de la situation et de la nécessité d’agir. C’est un état des lieux. Nous préférons ne pas intervenir pour le moment. Je pense que l’Afub a joué son rôle de mise en garde. Nous restons vigilants cependant, et n’hésiteront pas à faire le nécessaire dès et à chaque fois que nous le pourrons, tout en continuant de conseiller tout ceux qui en ont besoin.

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre

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