Interview
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Interviewjeudi 30 août 2012 à 09h05

Roms : "Tout le monde est d'accord, les bidonvilles ne sont pas acceptables"


Laurent El Ghozi, co-fondateur du collectif RomEuropeLaurent El Ghozi, co-fondateur du collectif RomEurope (©dr)

Exclusif : Laurent El Ghozi, co-fondateur du collectif RomEurope, fait le point pour LaVieImmo.com sur la polémique récurrente des Roms en France. Alors que les pouvoirs publics viennent de mettre en place une circulaire sur « l’accompagnement » des expulsions, fruit de négociations, M. El Ghozi estime que c’est l’accès au « droit commun de la misère » qui ne leur est pas pleinement garanti.

(LaVieImmo.com) - Où en sont les discussions autour des Roms ?

Laurent El Ghozi : La situation est à la fois simple et confuse. Après la réunion avec Jean-Marc Ayrault, la semaine dernière, nous attendons la mise en place de la circulaire « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d'évacuation des campements illicites », destinée aux préfets, et qui vient d’être signée. Tout le monde est d’accord, les bidonvilles ne sont pas acceptables. On va donc devoir continuer à évacuer ces derniers. Mais cela doit être précédé de consultations et accompagné: il faut aboutir à des diagnostics individualisés et des solutions d’hébergement stables et dignes qui doivent être transparentes et adaptées à chaque cas. Ce qui doit se faire dorénavant sous l’égide des préfets, en lien avec les élus et les associations.

Et pour le long terme ?

Laurent El Ghozi : L’accès au travail doit être garanti aux Roms, ce qui exige la levée totale des mesures transitoires. C'est en passe d’être fait, dans le cadre d’une forte négociation avec la Roumanie et la France. Je suis confiant, nous sommes sur la bonne voie en élargissant avec cette circulaire les métiers qui leur ont accessibles, limités jusqu'alors à 150, en facilitant l’accès à Pôle Emploi et à la formation professionnelle et en supprimant la taxe dissuasive pour les employeurs. Mais nous serons intransigeants sur l'égal accès à tous les droits. Si on ne confère aucun droit aux gens et qu’ils se permettent malgré tout d’exister, ils sont nécessairement hors-la-loi!

En toile de fond, le problème des Roms n’est-il pas lié à celui, plus général, du mal-logement en France ?

Laurent El Ghozi : Oui, bien sur. A ceci près que les Roms n’ont même pas accès au « droit commun de la misère », qui impose de trouver un logement à ceux qui n’en ont pas . Pour autant, nous ne souhaitons pas mettre en place un système de discrimination positive, qui ciblerait spécialement les Roms dans l’obtention d’un logement. Et a fortiori, nous sommes résolument contre la mise en place de structures d’hébergement qui leur seraient exclusivement réservés. Personne ne peut imaginer un endroit qui regrouperait des personnes en fonction de leur origine ethnique !

Quelle est votre position au sujet des récentes expulsions ?

Laurent El Ghozi : Il ne s’agit pas de contester celles qui sont le résultat de décisions de justice anciennes. De la même façon que l’on ne peut pas défendre l’existence de bidonvilles. Mais il faut appliquer toute la loi : c’est-à-dire la scolarisation des enfants, l’accès à l’hébergement, au travail et plus généralement à l’ensemble des droits. En revanche, le cas du récent démantèlement du camp d’Evry, qui a eu lieu lundi 27 août, donc après l'envoi de la circulaire aux préfets, est scandaleux : les Roms occupaient le site depuis 4 mois : il n’y avait donc pas d’urgence à les expulser. Aucun rendez-vous préalable n’a été pris avec la mairie, et il n’y a pas eu de décision de justice pour légitimer cette expulsion.

Parallèlement à toutes les mesures entreprises, n’y a-t-il pas plus structurellement un problème d’image des Roms en France ?

Laurent El Ghozi : Leur image est en effet très négative. Ils sont considérés a priori comme des délinquants qui refusent la loi et marginalisés, tout comme le sont les Gens du voyage, qui, précisons-le,sont citoyens français. Le dénigrement est fort au sein de la population, particulièrement en Roumanie, où n’oublions pas que jusqu’en 1856, les Roms étaient esclaves. Il y a donc un travail de lutte contre les discriminations, de valorisation culturelle, qui doit être fait.

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2014 LaVieImmo
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  • 2 Reco 30/08/2012 à 10:36 par marco

    mettre le problème des roms avec le probleme de mal logement en france est périlleux et risque de ne satisfaire personne et surtout les 3 000 000 de chomeurs en France en 2012 et les 5-6 000 000 de personnes pauvres ! c'est toujours la même inéquation entre misère mondiale et possibilité d'intégration sur notre sol ! il est temps de se réveiller, la France est une terre de pauvreté maintenant. Le problème des Roms est un problème européen mais surtout roumain et bulgare. n'en déplaise aux associations.