Interview
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Interviewjeudi 12 juillet 2012 à 10h01

"Trouver un logement étudiant, c'est le parcours du combattant"


Marthe Gallois / Nathalie GiraudMarthe Gallois / Nathalie Giraud (©DR)

Nathalie Giraud, accompagnée de Marthe Gallois, toutes deux juristes chez De Particulier A Particulier (PAP), sortent aux éditions Eyrolles un guide, intitulé Étudiants, Trouvez votre logement. Au fil des 160 pages de l’ouvrage, elles proposent des conseils et idées aux jeunes étudiants, afin de les aider à trouver un endroit où vivre. Nous leur avons posé quelques questions au sujet du logement étudiant, afin d’offrir à ceux qui cherchent actuellement des pistes de réflexion

(LaVieImmo.com) - Quelles sont les différentes formes de logements étudiants ?

Nathalie Giraud : Il en existe plusieurs formes différentes. Tout d’abord, les résidences universitaires réservées aux étudiants boursiers. Il faut s'y prendre tôt, puisqu’il faut déposer un dossier complet entre janvier et avril. Là, par exemple, c’est déjà trop tard pour espérer une chambre. Environ 10 % des étudiants sont logés dans des résidences universitaires, 37 % vivent chez leurs parents ou dans un bien familial, le reste se dirige vers le privé. Ils se tournent alors vers des logements appartenant à des propriétaires privés, des logements ou des appartements. Cela peut être assez cher, malgré les aides de l’Etat. Pour diviser les dépenses, la colocation peut être une bonne option. Enfin, une autre possibilité qui tend de plus en plus à se développer, c’est le logement contre un service. Je pense par exemple au logement intergénérationnel, où l’étudiant vit avec un senior, et lui rend des services (courses, cours d’informatique, etc) en échange d’une chambre gratuite. C’est une solution très intéressante pour les jeunes qui aiment le contact humain, et qui sont prêts à sacrifier un peu d’indépendance contre la gratuité d’un toit. Il est possible de passer par des associations comme Paris Solidaire, qui mettent en lien les intéressés. D’autres offres de ce type existent, comme le « campus vert », l’hébergement à la ferme contre quelques heures de travail. On peut aussi penser aux foyers de travailleurs, qui acceptent parfois de recevoir des étudiants. Mais malgré tout, les locations « classiques » restent les plus courantes.

Y a-t-il des normes précises pour les logements étudiants ?

Marthe Gallois : Oui, on ne peut pas louer n’importe quoi ! Pour les locations, ce sont les mêmes pour tous : un minimum 9 m² ou 20 m3. Toutes les normes sont regroupées dans le décret 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent. Je pense que globalement, même si beaucoup de biens ne sont pas aux normes, on assiste à une amélioration générale du parc locatif. Les propriétaires prennent davantage conscience de leurs obligations, les locataires sont de mieux en mieux informés. On voit une véritable limitation des « marchands de sommeil ».

Quels conseils donner à un étudiant cherchant un logement dans une ville qui lui est inconnue ?

Nathalie Giraud : Il n’y a pas de secret, il faut s’investir dans sa recherche ! Il faut s’intéresser au marché local, étudier les quartiers… Et surtout faire très attention aux marchands de listes ! Beaucoup de jeunes passent par les marchands de listes, ils paient entre 200 et 400 euros pour une liste de logements fausse ou erronée. Il est important que les jeunes comprennent qu’il ne faut surtout pas payer quoi que ce soit avant d’avoir signé le bail !

Quelles sont les premières choses à savoir au sujet d’un logement ?

Marthe Gallois : Déjà, il faut faire attention au fait de savoir s’il s’agit d’un logement vide ou meublé ! Les étudiants optent en général plutôt pour la deuxième option. Là, il faut être vigilant aux charges. Si elles sont sous forme de provisions, cela signifie que c’est une estimation, et qu’elles peuvent être réajustées par la suite, donc revues à la hausse, ce qui peut créer de mauvaises surprises. Si elles sont forfaitaires, en revanche, elles ne bougeront pas. Notons aussi que pour les meublés, le propriétaire peut demander un dépôt de garantie d’un à deux mois, qui sera encaissé, puis restitué lorsque le locataire quitte les lieux. Un diagnostic est obligatoire pour la performance énergétique, l'état des risques naturels et technologiques (ERNT), et le plomb si le logement a été construit avant 1949. Les locataires sont globalement bien protégés. Par exemple, les loyers ne peuvent pas augmenter une fois le bail signé, ils sont simplement indexés sur l’inflation de 1 à 2%.

Durant une visite et/ou un état des lieux, que faut-il impérativement regarder ?

Nathalie Giraud : En dehors du montant des loyers et des charges, je conseille de se balader dans le quartier, de faire l’aller-retour jusqu’à l’école, d’observer quels sont les commerçants dans le coin… Pour l’état des lieux, je sais bien que beaucoup ne le font pas, mais il faut TOUT regarder en détail. En principe, les locations sont en bon état, mais il faut faire très attention aux fenêtres, aux portes, aux robinets. Être accompagné d’un parent peut être une bonne idée, pour avoir un œil avisé. Par exemple, attention aux murs, aux sols. S’il y a une fissure sur un mur ou une tache sur la moquette, il faut absolument le signaler ! L’étudiant risque sinon à sa sortie de payer pour un dégât qu’il n’a pas commis.

Comment réduire le budget « logement » pour un étudiant ?

Marthe Gallois : Tout d’abord, en demandant les aides d’état, les ALS ou APL. Il faut le faire rapidement, car elles ne sont plus rétroactives ! Sinon, hormis le cas particulier du logement contre service, le mieux est de s’éloigner du centre de la ville, pour s’installer dans un quartier périphérique, et donc moins cher. Il faudra prendre plus longtemps les transports en commun, mais cela permettra au locataire de disposer d’un habitat plus grand et moins cher.

Que conseiller à un étudiant qui fait face à un problème matériel dans son appartement ?

Nathalie Giraud : Face à une perte de clef, un problème de serrure, un dégât des eaux ou n’importe quel souci de ce type, le premier réflexe est de contacter immédiatement le propriétaire ! Il faut tout signaler, même si ce n’est qu’une petite fuite ou quelque chose qui pourrait paraître minime. On a souvent des cas où le jeune ne fait pas attention à une fuite qu’il ne juge pas importante, et qui finit par se détériorer. Les sinistres doivent impérativement être déclarés. Quand on ne sait pas, on demande au propriétaire, on n’agit pas seul.

Quelques mots sur votre livre, pour conclure ?

Marthe Gallois : L’idée de Etudiants, trouvez votre logement est de rassembler des conseils simples, mais essentiels pour les étudiants. Sur Internet, on peut trouver beaucoup de choses, mais tout est éparpillé. Dans notre ouvrage, nous avons essayé d’aider les jeunes à comprendre toutes les démarches, à voir leurs options, et surtout à se protéger le mieux possible. Nous avons par exemple consacré des chapitres au budget à prévoir, aux différentes aides financières, à ce qu’il faut mettre dans un dossier, aux différences entre vide et meublé, aux obligations du propriétaire, ou encore à comment se désengager d’une location. Il y a un cruel manque de places pour les jeunes, et trouver un logement étudiant peut devenir un parcours du combattant !

Propos recueillis par Laura Makary - ©2014 LaVieImmo
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  • 0 Reco 22/08/2012 à 11:27 par Onaniste

    il faut aller peupler la creuse

  • 0 Reco 14/07/2012 à 00:07 par louison

    Plus de logements : fin d'un pays. Je souhaite une belle mort à la France. Pas sûr qu'on s'en souvienne dans 30 ans, de ce pays.

  • 0 Reco 13/07/2012 à 12:47 par primo pigeon parisien

    Pas de logement étudiant > moins d'étudiant > moins de diplomé > baisse du pouvoir d'achat des acheteurs > baisse de l'immo!

    L'immo tue l'immo :D

  • 0 Reco 13/07/2012 à 12:42 par milito topissimo

    Il faudra prendre plus longtemps les transports en commun, mais cela permettra au locataire de disposer d’un habitat plus grand et moins cher.

    Marthe, les facs ne sont plus en centre-ville ...

  • 0 Reco 12/07/2012 à 19:02 par Friand

    ...systèmes quasi impossible à maîtriser entièrement puisque chaque domaine nécessite au moins 5 ans d'expérience réelle pour arriver à un niveau correct... ça fait rigoler !

    Et puis quand tout le monde sera ingénieur ou chercheur on finira bien par se rendre compte que le monde ne peut pas tourner comme ça. C'est pas en tant assis le cul sur une chaise qu'on construit des immeubles !

  • 0 Reco 12/07/2012 à 18:59 par Friand

    Pour les posteurs précédents : le plus simple serait que les gens arrêtent de tous s'obstiner à devenir ingénieurs et faire de grandes écoles dans des villes qui sont au-dessus de leurs moyens... avec une surenchère des diplômes et des compétences qui devient aussi folle que la météo et le cours de la bourse.

    Quand je vois par exemple des annonces pour des postes informatiques, demandant des bac +5 pour faire du développement... avec une liste de langages/frameworks/syst

  • 0 Reco 12/07/2012 à 18:51 par Friand

    "Je pense par exemple au logement intergénérationnel, où l’étudiant vit avec un senior, et lui rend des services (courses, cours d’informatique, etc) en échange d’une chambre gratuite"

    => Point de vue gentil du monde des bisounours.

    Malheureusement dans la vraie vie j'ai plutôt l'impression que ces "services" basculent de plus en plus du côté obscur (sexe + magouilles...)

  • 0 Reco 12/07/2012 à 15:45 par L'enclume

    Faites vos études à Limoges

  • 0 Reco 12/07/2012 à 15:33 par ouèouèouè

    Bien vu héhé. Sauf que les bords du parc en périphérie des moyennes et petites agglo a tourner en scoot', ca débilise encore plus que le pont des Arts, mec.

  • 0 Reco 12/07/2012 à 15:07 par hé-hé

    déménagez les écoles en province, TOUT le monde sera content !! Vivre dans une ville où il faut gagner 4000 EUR net minimum pour avoir un logement décent. Cela n'est pas compatible ni avec le budget d'un étudiant ni avec le salaire d'un prof. Et tout ce qui tourne autour, berges de Seine, ponts des arts, les boulevards, bars et cafés, ainsi que m'as-tu-vu et le reste du monde des "fasheune victims" n'est pas compatible avec le bon déroulement des études. Au contraire ça débilise.

  • 0 Reco 12/07/2012 à 14:59 par Onaniste

    un guide entier pour dire que louer en tant qu'étudiant c'est galère ?