Interview
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InterviewInterviewlundi 15 novembre 2010 à 14h19

"Une accélération des loyers parisiens est peu probable"


Geneviève Prandi
Geneviève Prandi
Geneviève Prandi (©dr)

Geneviève Prandi est directrice des études de l’Observatoire des loyers de l’agglomération parisienne (Olap). Pour LaVieImmo.com, elle revient sur la tendance à la décélération des loyers en Île-de-France, constatée depuis 2008. Si une baisse de loyers semble exclue, il semble d'ores et déjà acquis que la hausse de l'année 2010 sera moins importante que celle constatée en 2009.

(LaVieImmo.com) - Les loyers franciliens progressent moins vite : de 2,9 % en moyenne en 2009, après des hausses de 3,1 % en 2008 et 3,8 % en 2007. Cette tendance a-t-elle des chances de se poursuivre ?

Geneviève Prandi : Les progressions restent sensibles, comprises entre +1,9 % pour la grande couronne et +3,3 % pour Paris intra-muros. Néanmoins, on assiste effectivement depuis deux ans à une légère décélération de la croissance des loyers. Cette tendance devrait s’être poursuivie, voire accélérée en 2010 en raison de la part importante des locataires stables dans la hausse des loyers. En effet le taux de rotation au sein du parc locatif privé est d’environ 20 % à Paris et dans sa proche banlieue, et de 25 % en grande couronne. Autrement dit, la majeure partie des locataires de la région subit chaque année une réévaluation de loyer calquée sur les variations de l’IRL [l’indice de référence des loyers, calculé par l’Insee, NDLR], qui est lui-même indexé sur l’inflation. Dans la mesure où cette dernière a fortement ralenti cette année, une hausse globale des loyers supérieure à ce qu’on a pu observer en 2009 est peu probable. La progression du loyer de marché [loyer moyen des locataires ayant emménagé durant l’année, NDLR] jouera, bien entendu, mais son impact restera comparativement limité.

Une baisse de loyers est-elle possible ?

Geneviève Prandi : A priori, rien n’est impossible… Depuis la création de l’observatoire, en 1987, nous avons connu une période de quasi stagnation des loyers de 1995 à 1997, avant une nouvelle phase de hausses significatives dès le début de la décennie 2000. Mais si elle est possible, une baisse semble, a priori, peu probable à l’heure actuelle, en raison, notamment, de l’inadéquation croissante entre une offre de logements disponibles très limitée et une demande sans cesse croissante. Ce décalage est renforcé par la progression du taux de propriétaires (de 0,5 % par an environ en Île-de-France), qui limite de facto la taille du parc locatif, et par les rachats de logements anciens effectués par les pouvoirs publics dans le cadre de la loi SRU [loi de Solidarité et de renouvellement urbains, qui oblige notamment les communes franciliennes de plus de 1 500 habitants à posséder au moins 20 % de logements sociaux, NDLR]. Cette inadéquation est bien évidemment plus marquée à Paris, où on construit peu de logements locatifs privés, mais on l’observe également en petite et grande couronnes, ne serait-ce que parce qu’un grand nombre de ménages se reporte du centre vers la banlieue, où les logements sont à la fois plus grands et plus accessibles.

Vous montrez que l’écart de loyers entre Paris et la province ne varie pas dans le temps.

Geneviève Prandi : S’il varie, c’est très faiblement. Début 2010, le loyer moyen pratiqué dans les onze villes et agglomérations de province* que nous suivons était de 8,8 euros par mètre carré, contre 19,7 euros à Paris. Soit plus de 2 fois plus. Contrairement aux idées reçues, cet écart se maintient depuis dix ans. Il est intéressant de noter que l’écart entre les loyers mensuels, qui représentent les dépenses des ménages en logement, lui, est inférieur à 2, avec des loyers mensuels moyens de 994 euros à Paris et 551 euros en province, où les logements sont plus grands : 63 m² en moyenne, contre 50 m².

*Aix, Grenoble, Lyon, Rennes, Toulouse, Bordeaux, Lille, Strasbourg, Besançon, Nancy et Brest

Propos recueillis par Emmanuel Salbayre - ©2016 LaVieImmo
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