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InterviewInterviewvendredi 17 juin 2011 à 12h55

UNPI : "Les HLM ne bénéficient plus à ceux qui le devraient"


Jean Perrin, président de l'UNPI
Jean Perrin, président de l'UNPI
Jean Perrin, président de l'UNPI (©dr)

Dans un rapport intitulé « La vérité sur le logement social », le président de l'Union nationale de la propriété immobilière, Jean Perrin, dénonce les dérives dans le logement social aujourd’hui. Des aides déséquilibrées par rapport au privé, un logement social qui ne bénéficie plus à ceux qui le devraient, ou encore un « monde opaque », l'UNPI jette un pavé dans la mare des bailleurs sociaux.

(LaVieImmo.com) - Vous dites que le logement social « remplit de moins en moins son rôle ». Pourquoi ?

Jean Perrin : Au départ, le logement « public » a été mis en place pour les plus modestes. Il s’agissait de pouvoir loger les ménages situés dans les deux premiers déciles de revenu [entre 13 040 euros et 14 640 euros nets par an selon les chiffres de l’Insee, NDLR]. Or, aujourd’hui, 60 à 70 % de la population peut prétendre à un logement social, y compris des personnes dont les revenus dépassent les plafonds instaurés. Dans ce contexte, le fait que de nombreuses voix s’élèvent pour demander de « construire plus » ne semble pas la bonne solution : il faut surtout libérer de la place ! Car rappelons que 53 000 familles parmi les plus aisées de France occupent des HLM en France, et plus de 300 000 foyers aisés en bénéficient. Ce sont ainsi quelque 300 000 places qui pourraient revenir aux 800 000 demandeurs de logements sociaux.

Vous préconisez également une suppression des aides à la pierre, l’instrument majeur de l’Etat au soutien du logement social

Jean Perrin : Oui, car ces aides ne remplissent pas leur rôle. Le dispositif Scellier, dont l’objectif initial était de soutenir la construction, a montré ses limites en participant à la montée des prix de l’immobilier, tout en profitant majoritairement à des locataires aisés. Il est scandaleux qu’un tel dispositif n’ait pas été affecté qu’aux zones les plus tendues, comme l’Île-de-France ou la région PACA ! Plus généralement, il faudrait réorienter les aides sur les personnes qui en ont réellement besoin. Car la déperdition est très forte : si les aides à la pierre - dont le total est estimé à 40 milliards d’euros aujourd’hui - étaient redistribuées entre les 6 millions de bénéficiaires des aides, on aboutirait à 6 666 euros par an par personne. Soit le montant moyen des loyers dont ils s’acquittent… La construction est nécessaire, et c’est une solution pour les zones tendues. Mais ailleurs, non. L’aide à la pierre devrait être remplacée par une aide à la personne, pour une meilleure distribution.

Votre rapport tend à montrer que le logement privé subit une forme de « concurrence déloyale » du logement public. Peut-on vraiment mettre les deux sur le même plan ?

Jean Perrin : D’un côté, le secteur privé du logement subit une lourde fiscalité, et ne reçoit qu’une faible partie des fameuses aides à la pierre. On peut donc parler de concurrence déloyale, quand, à qualité de logements égale, le logement public bénéficie de prêts bonifiés et de la majorité des soutiens de l’Etat, alors que les efforts pour le parc privé sont réduits à peau de chagrin. Or, le marché libre continue à attirer bon nombre de personnes, il loge tout de même 42 % des locataires les plus pauvres de France.

Ne portez-vous pas là un coup aux bailleurs sociaux, que vous qualifiez par ailleurs de « monde opaque » ?

Jean Perrin : Les bailleurs sociaux reçoivent près de 4 milliards d’euros d’aides, soit 5 fois plus que les bailleurs privés. Sur fond, effectivement, d’opacité. Cela peut s’observer tant dans l’attribution des logements que dans les comptes présentés pour montrer leurs attentes financières. Enfin et surtout, on peut déplorer le fait que les revenus des locataires de ce parc ne soient pas non plus rendus publics.

Quelles solutions propose l’UNPI ?

Jean Perrin : En premier lieu, il faut subordonner à un strict respect des conditions de ressources le droit au maintien des locataires dans le parc HLM, pour éviter ces abus. L'objectif est de remettre à égalité parc public et parc privé. Nous suggérons en outre de créer des agence immobilières spécialisées dans le parc public, payées comme des agences ordinaires, mais qui se rémunèreraient sur les loyers. En ce qui concerne la répartition géographique des HLM, l’UNPI demande la suppression de l’article 55 de la loi SRU, qui impose un quota de logements aux communes de plus de 3 500 habitants touchées par la vacance. Cette disposition est en effet devenue inutile, dans de nombreuses zones concernées par la loi, il n’y a plus de logements sociaux. Enfin, je pose la question : cela fait 60 ans que la politique de soutien au logement par l’Etat reste forte, et la situation reste toujours problématique. Ne faudrait-il pas changer de cap ?

Propos recueillis par Léo Monégier - ©2016 LaVieImmo
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  • 0 Reco 20/06/2011 à 17:30 par JJG

    Si la bulle éclate je soufflerai très fort dans ma machine à bulle pour en faire une autre. Ne vous inquiétez pas les amis ! Bisous

  • 0 Reco 20/06/2011 à 17:27 par judor

    Que tout ce système post-stalinien se pète le gueule . . . se sera pas une mauvaise chose!

  • 0 Reco 20/06/2011 à 17:08 par MisterHadley

    Les données étant tout simplement disponibles et gratuitement consultables sur le site du Ministère...

    Les financements étant donc sur fonds publics...

    Les loyers étant eux aussi plafonnés...

    Comment fais-tu donc pour "faire de l'argent"..?

    Une SA d'HLM construit des HLM...

    Comment justifies-tu donc tes "fonds propres" s'ils ne servent donc pas à la construction de HLM..?

    Une SA d'HLM n'est pas une association à but non lucratif, évidemment...

    ... mais a une vocation et un objet "social"...

    ... incompatible avec toute notion de "faire de l'argent"...

    Message édité 20/06/2011 à 17:11

  • 0 Reco 20/06/2011 à 10:53 par Suricate

    Les SA d'HLM ne sont PAS des organismes à but non lucratif. Votre raccourci loyers plafonnés = 0 profits est un peu rapide.

    Les aides à la pierre sont la contrepartie de loyers plafonnés. Pour le reste on dégage quand même une marge (des fonds propres) qui permet d'investir dans la construction de nouveaux logements (qui seront eux mêmes financés en partie par des aides à la pierre), etc. C'est un cercle vertueux. Sans ces aides à la pierre il est plus compliqué d'équilibrer les opérations de développement et on risque le blocage pur et simple.

    Quant à savoir si la meilleure politique en matière de mixité sociale serait de déloger tous les "riches" des logements sociaux, je ne suis pas en mesure de dire si c'est vraiment une solution valable, même si les exemples passés et présents hors de nos frontières, de regroupement de "pauvres" entre eux, sont quand même éloquents.

  • 0 Reco 18/06/2011 à 13:35 par MisterHadley

    Pour obtenir une très belle surface habitable à "loyer modérée", le tout pour leur RP dont ils sont évidemment locataire, ce qui leur ouvre royalement la voie pour tout le reste, à savoir, s'en mettre encore bien plus dans les poches ainsi...

    C'te bonne blague...

  • 0 Reco 18/06/2011 à 13:13 par Judor

    Mais pourquoi tous ces mecs occupent ils indument tous ces HLM ?

  • 0 Reco 17/06/2011 à 15:45 par UFFA92

    Encore un article qui traite des dérives des "aides à la pierre". Le gouvernement ne pourra pas dire qu'il n'était pas prévenu. Dire qu'il y a quelques semaines les ministres concernés se sont "félicités" du succès du PTS + ! Quel gachis payé par le contribuable

  • 0 Reco 17/06/2011 à 14:32 par MisterHadley

    Comment peux-tu "faire de l'argent" alors que tu es dans l'obligation d'avoir des loyers plafonnés, justement..?

    Et comme les SEM savent dès le départ ce qu'ils génèreront comme CA, puisque les loyers sont donc obligatoirement plafonnés, sur quoi vas-tu donc bien "faire de l'argent"..?

    ;)

  • 0 Reco 17/06/2011 à 14:28 par Suricate

    Pour travailler dans une SA d'HLM (secteur privé donc) je peux vous assurer que le but premier de l'entreprise est de faire de l'argent. Pas sur le dos des locataires mais pour les locataires.

    Certains locataires ont effectivement des revenus élevés mais ils payent ce qu'on appelle un surloyer et qui permet de relever leur loyer au niveau du prix de marché, l'enquête sur les salaires de chaque locataire est effectuée tous les 2 ans et en cas d'absence de réponse c'est le loyer maximum qui s'applique. Certes ils occupent une place qui pourrait être dévolue à un autre, plus pauvre, mais ils participent à la mixité sociale et permettent de ne pas créer des ghettos au sein de barres HLM en logeant, ensemble, des catégories sociales différentes.

    Par ailleurs comme l'a justement relevé Mr_c_trop la contrepartie des aides à la pierre est un plafonnement des loyers. Le privé ne bénéficiant pas de ces aides les loyers sont libres. C'est donnant-donnant.

    Dire que supprimer les aides à la pierre permettrait de subventionner la totalité des loyers des personnes habitant dans des HLM est un peu rapide. Si on va dans ce sens il n'y aurait plus aucune rénovation du parc, plus aucune construction et le secteur deviendrait l'équivalent du secteur privé. Cette vision est trop court-termiste.

    Changer de cap ? Pourquoi pas... mais au lieu de subventionner les propriétaires en diminuant leurs intérêts d'emprunt comme c'était le cas il y a encore peu de temps (quel coût pour quel avantage pour la communauté ?) il vaudrait libérer du foncier et permettre au plus grand nombre de pouvoir construire ou acheter dans le neuf.

  • 1 Reco 17/06/2011 à 14:14 par MisterHadley

    A titre purement personnel, j'estime que la notion de "secteur privé" et "secteur public" n'a plus lieu d'être sous sa forme actuel...

    La notion de "HLM" est depuis des lustres devenue complètement obsolète...

    Ne considéront plus le coté "social" en ne se basant que sur l'immobilier lui-même, mais plutôt sur les individus...

    En gros, abrogation directe et définitive des secteurs "privé" et "public"...

    Une seule et unique façon d'aider "la pierre" quel que soient les "projets"...

    Et aides au logement attachés aux individus, et non aux parcs quels qu'ils soient...

    Résultat : plus de dérives...

    Et une "mixité sociale" enfin réussie, évitant les erreurs de toujours, avec des "ghettos" de "pauvres" mais aussi de "riches"...

    Le tout, géré au niveau national pour chaque décision finale...

    Et ça ferait quelques économies dans la foulée, ce qui n'est pas négligeable... ;)

    Message édité 17/06/2011 à 14:16

  • 0 Reco 17/06/2011 à 14:07 par MisterHadley

    Et il a raison, vu que les "médias" crachent depuis toujours sur le secteur privé, alors que la majeure partie des "aides à la pierre" va directement au secteur public qui ne remplie plus depuis trop longtemps sa mission de service public...

    N'oublions pas non plus que les augmentations de loyers dans le secteur public n'est vraiment pas anodine du tout, parfois identique sinon supérieure au secteur privé...

  • 0 Reco 17/06/2011 à 14:02 par Mr_c_trop

    Sous-jacent à ce discours du président de l'UNPI, il y a la lutte du privé contre le public, dont les enjeux sont bien évidemment les intérêts financiers des propriétaires privés, et ne sont pas l'intérêt général des locataires. Vider les HLM des locataires qui n'y auraient plus droit serait une manne pour le privé qui hériterait ainsi sur son marché d'un accroissement de pouvoir d'achat, ce qui se traduirait in fine par une possibilité donnée aux propriétaires d'augmenter leurs loyers. Mais il n'est pas dit bien sur que cette tolérance permet au secteur du logement public d'assurer une bonne mixité sociale dans ses logements. Concernant la concurrence soit-disant déloyale du public sur le privé, il ne faudrait pas oublier que les loyers des HLM sont encadrés et déterminés en fonctions des revenus, ce qui n'est pas le cas des loyers du secteur privé, et cela justifie les aides diverses dont bénéficie le secteur du logement public. Changer de cap, oui, certainement, mais dans le souci d'une amélioration pour les utilisateurs et non pour la seule défense des intérêts des propriétaires. Sous-couvert de défendre l'intérêt général, les propos du président de l'UNPI visent à défendre avec pugnacité les intérêts financiers des propriétaires. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

  • 0 Reco 17/06/2011 à 14:02 par Mr_c_trop

    Sous-jacent à ce discours du président de l'UNPI, il y a la lutte du privé contre le public, dont les enjeux sont bien évidemment les intérêts financiers des propriétaires privés, et ne sont pas l'intérêt général des locataires. Vider les HLM des locataires qui n'y auraient plus droit serait une manne pour le privé qui hériterait ainsi sur son marché d'un accroissement de pouvoir d'achat, ce qui se traduirait in fine par une possibilité donnée aux propriétaires d'augmenter leurs loyers. Mais il n'est pas dit bien sur que cette tolérance permet au secteur du logement public d'assurer une bonne mixité sociale dans ses logements. Concernant la concurrence soit-disant déloyale du public sur le privé, il ne faudrait pas oublier que les loyers des HLM sont encadrés et déterminés en fonctions des revenus, ce qui n'est pas le cas des loyers du secteur privé, et cela justifie les aides diverses dont bénéficie le secteur du logement public. Cette idée de créer des agences immobilières pour le secteur public serait un gouffre financier, ce qui bien sur serait dans l'intérêt du privé, comme cela serait aussi de supprimer l'article 55 de la loi SRU. Changer de cap, oui, certainement, mais dans le souci d'une amélioration pour les utilisateurs et non pour la seule défense des intérêts des propriétaires. Sous-couvert de défendre l'intérêt général, les propos du président de l'UNPI visent à défendre avec pugnacité les intérêts financiers des propriétaires. Mais comment pourrait-il en être autrement ?

  • 0 Reco 17/06/2011 à 13:50 par MisterHadley

    300000 familles aisées, dont 53000 "riches", logent en HLM...

    Qu'ils quittent donc déjà leurs 300000 logements "à loyers modérés"..!

    Ca fera donc immédiatement 300000 logements qui se libèreront instantanément dans le secteur public dont les listes d'attentes sur plusieurs années sont scandaleuses et pas si "objectives" non plus...

    Ca fera également de fait 300000 familles qui devront donc faire comme les "pauvres" et trouver un logement dans le secteur privé...

    ... ce qui rééquilibrera déjà chacun des deux secteurs, redonnant un caractère "social" et "accessible" aux secteur public, et justifiera ainsi la hauteur des loyers dans le secteur privé...

    Ce qui fera donc par extension se maintenir, voir se performer, les prix du secteur privé, à la location, mais aussi à la vente... ;)

  • 0 Reco 17/06/2011 à 13:35 par RECTIFICATION

    Très juste MisterHadley ; effectivement l'opacité des organismes bailleurs sociaux est bien réelle ; par contre "6 666 euros par an par personne. Soit le montant moyen des loyers dont ils s’acquittent", euh, là, c'est un peu un raccourci, je trouve...

  • 0 Reco 17/06/2011 à 13:24 par MisterHadley

    ... ainsi et surtout que celles allouées chaque année à très grands coups de milliards d'euros aux "HLM" qui ne remplissent donc plus leur vocation initiale, le tout pour y loger des "locataires" qui, eux, ont des revenus scandaleusement élevés, et dont une bonne grosse partie bien juteuse sont en parallèle "propriétaires bailleurs", et dans le privé.

    Il est temps de faire un très grand ménage dans tous ces abus sur le dos du bon peuple...

    Que les "bailleurs sociaux" le fassent de gré, ou que le gouvernement prenne enfin à bras le corps ces dérives pour les faire cesser.

    Message édité 17/06/2011 à 13:26

  • 0 Reco 17/06/2011 à 13:18 par RECTIFICATION

    Très juste !
    De surcroît, il est intéressant de voir reconnaitre que "... ces aides ne remplissent pas leur rôle...a montré ses limites en participant à la montée des prix de l’immobilier"...bien sûr qu'il faut supprimer le financement public absurde de la bulle immobiliere en France !

  • 0 Reco 17/06/2011 à 13:04 par MisterHadley

    Très bien..!


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