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La Vie immobilière N° 15Paru le samedi 1 mars 2008 à 00h00

J'ai construit ma maison bioclimatique


Moins chère à moyen terme grâce aux économies d'énergies, la construction d'un habitat écologique est un parcours semé d'embûches.

La Côte d'Emeraude a beau être toute proche, la principale attraction de la commune de Créhen dans les Côtes-d'Armor n'est pas sa proximité avec la mer. En contrebas de ce village, la maison construite par Emmanuel Thoreux, biomécanicien de formation, fait, elle, figure de curiosité. Le bâtiment en bois massif a été pensé selon les principes bioclimatiques. En clair, il tire profit du rayonnement solaire et de la circulation naturelle de l'air pour réchauffer les pièces sans trop pousser le thermostat. Chose encore plus rare, ce trentenaire féru d'écologie a installé dans son jardin une éolienne de 11 m de haut. Visible de loin, elle lui fournit une grande partie de son électricité hors chauffage. « Au total, quatre ans auront été nécessaires entre l'achat du terrain et la finalisation du bâtiment. Et encore, la décoration et les peintures ne sont pas terminées », sourit-il. Le coût total de ce projet proche du bord de mer, autour de 296 000 euros pour 260 m2, a de quoi en convertir plus d'un à l'écologie. Ce serait oublier que cette expérience fut semée d'embûches.

Printemps-été 2003

Achat du terrain

A l'époque, Emmanuel Thoreux et sa famille se sentent à l'étroit dans une maison de 80 m2 qu'ils louent 600 euros par mois à Ploubalay, une petite bourgade bretonne. Ils décident donc d'acheter un terrain pour y construire un logement plus spacieux. Très vite, le couple tombe sous le charme d'un lopin de terre situé à 8 km de leur domicile. La surface est importante, près de 7 000 m2, le tout à 1 km de la mer. Le prix est jugé abordable, autour de 22 000 euros, et il est finançable sans emprunt grâce aux économies du couple. « Sur le coup, nous n'avons même pas négocié, tant le terrain nous plaisait », se rappelle Emmanuel Thoreux. Reste à valider la constructibilité du terrain par les services de l'urbanisme. C'est chose faite en août 2003.

Septembre 2003- avril 2005

Dessin des plans

Certes, concevoir les plans d'une maison n'est pas une mince affaire. Notre architecte en herbe a pour idée de privilégier les espaces communs et de minimiser la frontière entre l'intérieur et l'extérieur grâce à de larges baies vitrées. Reste à matérialiser cette vision. Durant deux ans, Emmanuel passe son temps libre à noircir des cahiers, à dessiner des plans. Au total, il réalise une vingtaine de versions différentes. Il feuillette aussi des magazines spécialisés, s'oriente peu à peu vers la construction bois, plus isolante que la pierre, penche vers l'éolien pour alimenter son futur logement en énergie, « d'un meilleur rapport qualité/prix que le solaire ».

Au final, le bâtiment sera conçu selon des principes bioclimatiques. Sur le papier, les pièces à vivre (salon, chambres, cuisine...) sont toutes orientées en fonction de l'ensoleillement. Au rez-de-chaussée, les pièces profitent d'une avancée du toit, large de un mètre, pour laisser entrer le soleil d'hiver et se protéger de ses rayons en été. Par ailleurs, les pièces de stockage sont situées au nord, à l'arrière de la maison, et servent de zones tampons contre le froid. Plus classiquement, le bâtiment, d'une surface habitable de 260 m2, est pensé sur deux niveaux. En bas, les espaces communs ; à l'étage, les chambres, distribuées en étoile autour d'une salle de lecture.

Mai-novembre 2005

Bataille à la préfecture

Emmanuel Thoreux dépose un permis de construire en mai 2005. L'aménagement intérieur ne pose pas de problèmes. Cependant, l'architecture en croix est atypique. De plus, les grandes ouvertures prévues ne sont pas conformes aux usages locaux. Il obtient un avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France et de la direction départementale de l'équipement (DDE). Fort de l'appui du maire, Emmanuel défend son dossier auprès de la préfecture, qui vérifie la conformité du projet avec le Code de l'urbanisme. « Ce n'est pas le goût des uns ou des autres qui doit primer mais bien la loi », argue-t-il. La bataille dure six mois. Il obtient finalement gain de cause. L'aide de son élu lui aura été précieuse, mais elle n'était pas obligatoire. En cas de refus du maire, il est toujours possible d'attaquer sa décision au tribunal administratif.

Hiver 2005

Bois made in Finlande

Reste à trouver un fournisseur pour la construction bois. Les fabricants français sont légion mais les prix semblent prohibitifs : autour de 430 000 euros pour une maison clés en main. Après plusieurs devis, il déniche un fournisseur finlandais grâce à une annonce dans la presse spécialisée. Celui-ci livre du bois massif (difficile à trouver en France), mais il faut tout monter soi-même. Le calcul est rapidement fait : 122 000 euros pour les matériaux, auxquels il faut ajouter le coût du montage, de la couverture en ardoise naturelle et de la fosse sceptique. La facture s'élève alors à près de 185 000 euros, sans compter le second oeuvre. La commande est passée. Six mois plus tard et après avoir parcouru 2 500 kilomètres, deux semi-remorques chargés de bois se garent dans son jardin.

Printemps 2006

Finitions écolos

La maison a fière allure mais tout reste à faire à l'intérieur : plomberie, électricité, parquet, peinture. A partir de mars 2006, Emmanuel y passe tous ses week-ends. Notre maître d'oeuvre a dans la tête de n'utiliser que des matériaux écologiques pour l'isolation et les peintures. L'idée est louable mais revient cher. Les aides gouvernementales en matière d'isolation concernent la rénovation, pas le neuf. De plus, la construction bois entraîne quelques contraintes. « Ce matériau de faible inertie protège bien du froid, mais l'habitation se transforme vite en fournaise l'été. » Il choisit donc de la fibre de cellulose comme isolant, protégeant aussi bien du chaud que du froid. Pour les murs, Emmanuel opte pour du Fermacell, un matériau dense permettant avec le bois et l'isolant d'avoir des murs qui respirent. L'humidité de l'air est maintenue à niveau constant et participe à la sensation de chaleur. « Dans ces conditions, chauffer une pièce à 19 °C permet de s'y sentir comme s'il y faisait 21 °C ». En revanche, le prix est plus élevé, entre 20 et 30 % plus cher que le Placoplâtre.

Autre chantier mené de front, l'alimentation du bâtiment en énergie. Notre maître d'oeuvre a définitivement opté pour un système d'éolienne. Le modèle choisi, d'une puissance de 5 kW, servira à alimenter 80 % des besoins du foyer hors chauffage. Elle sera placée sur la partie la plus élevée du terrain, au nord-est. Lorsqu'il vente fortement, des batteries emmagasinent le surplus d'électricité produite pour le réutiliser lorsque le temps s'assagit. Le coût est certes élevé, 17 000 euros - desquels il faut retrancher 8 400 euros de crédit d'impôt -, mais les économies réalisées permettent de rentabiliser cet investissement au bout de sept à douze ans. Le mécanisme fournit entre 7 500 et 9 000 kW annuels. Une belle réussite, et son installation fait aujourd'hui figure de site témoin.

La maison est habitable. Emmanuel Thoreux peut enfin lever le pied. La décoration laisse encore à désirer mais il s'y remet régulièrement. Le prochain chantier ? Un système de récupération des eaux de pluie. « Mais pas pour tout de suite. Peut-être dans un ou deux ans », sourit-il. Histoire de, lui aussi, recharger ses batteries...

Jorge Carasso

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