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La Vie immobilière N° 19Paru le mardi 1 juillet 2008 à 00h00

La valeur ajoutée de la gardienne


Les copropriétaires remplacent progressivement leur concierge par un employé d'immeuble ou une société de nettoyage. A la base, des motifs économiques.

Les gardiennes ne s'appellent pas toutes Renée et ne travaillent pas toutes rue de Grenelle, à Paris, comme dans le roman de Muriel Barbery L'Elégance du hérisson. Mais si les concierges bénéficient d'une cote d'amour, cela ne les empêche pas de disparaître. Dans sa proposition de loi du 22 janvier, le député UMP Pierre Lellouche a tiré la sonnette d'alarme : il estime à 10 000 le nombre d'emplois supprimés en Ile-de-France ces dernières années et à 100 000 sur l'ensemble du territoire. Les copropriétés ont tendance à recruter à leur place un employé d'immeuble ou une entreprise de nettoyage, pour un motif financier. Sur une copropriété de dix à trente lots, le salaire et les charges sociales du gardien représentent de un tiers à la moitié des dépenses annuelles.

Le député plaide, en vain, pour des dispositifs législatifs et légaux, notamment l'exonération des charges sociales, qui permettraient aux copropriétés de conserver leur gardien au motif qu'il maintient du lien social. Une valeur ajoutée qui ne figure pas dans leur contrat de travail. « En plus de la sortie des poubelles et du ménage, je prends les lettres recommandées, ce qui évite aux occupants de l'immeuble d'aller à la poste ; je récupère les colis, je libère en pleine nuit des gens bloqués dans l'ascenseur, je fais visiter les appartements vacants à d'éventuels locataires », explique Rosa, gardienne dans le 1er arrondissement à Paris. « Mais je fais aussi attention aux personnes âgées. Dans mon immeuble, il y avait une dame qui ne prenait plus ses médicaments ; je suis allée la voir régulièrement pour m'assurer qu'elle suivait son traitement ; jusqu'au jour où elle est tombée, pouvant à peine se relever. Là, j'ai appelé son fils pour qu'il lui prenne une aide ménagère. »

Un service à la carte

Certaines copropriétés attendent que leur gardien atteigne l'âge de la retraite pour supprimer ce poste - sans avoir à payer d'indemnités de licenciement - et recruter un employé d'immeuble ou une société de nettoyage. La loge est alors transformée en local à vélos ou vendue. Laurent Majou, directeur de Stagim, syndic à Paris 9e, se bat pour le maintien de cette fonction. « Sur les quatre-vingts copropriétés que je gère, quatre loges ont été fermées cette année. Or un bon gardien permet de limiter les frais extérieurs par tout un tas de services qu'il rend spontanément. Il désamorce des conflits entre copropriétaires et permet à l'immeuble de maintenir un certain standing. » Comme Virginia, qui ne se contente pas de respecter les modalités de son contrat. « Normalement, je dois laver la cour une fois par semaine, mais si elle est sale je le fais deux fois. De même, quand il pleut, je nettoie les entrées tous les jours, même si, dans mon contrat, ce n'est prévu que deux fois par semaine. »

Serge Ivars, président de la Confédération nationale des administrateurs de biens, déplore cette tendance « défavorable à la qualité de vie ». « Le gardien est l'interlocuteur principal de la copropriété. S'il y a un problème technique, c'est lui qui nous prévient. Et quand une entreprise vient faire des travaux, il guide les intervenants extérieurs. » Les propriétaires bailleurs et les primo-accédants sont les plus enclins à se débarrasser des concierges. Pour les licencier, il suffit d'un vote à la majorité relative. Les « progardiens », eux, plaident pour un vote à la majorité absolue

Alexandra Da Rocha

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